mardi 7 juillet 2026

Frédéric Dard - Le bourreau pleure

Frédéric Dard 

Le bourreau pleure 

Ed. Fleuve Noir 


Frédéric Dard Le bourreau pleure san antonio Fleuve Noir
Un jeune homme, Daniel, roule sur une route déserte, près de Barcelone, lorsqu'une femme avec un étui à violon se jette sous les roues de sa voiture. La victime, inconsciente, semble ne s'en sortir qu'avec une bosse sur la tête. En panique, le chauffeur la ramène à son hôtel et constate dès son réveil que l'accident l'a rendue amnésique ! Pris d'un sentiment de culpabilité et tout à la fois investi d'une mission, Daniel décide de s'occuper de cette personne sans souvenirs ni identité et de l'aider à retrouver la mémoire. Mais quand ses recherches commencent à porter leurs fruits, il se retrouve confronté à un dilemme : doit-il lui révéler la vérité au sujet de ce terrible passé auquel elle a visiblement cherché à se soustraire ou fabriquer de toutes pièces des souvenirs sur mesure pour préserver le paradis artificiel dans lequel ils se sont isolés ?

Car entre ce sauveur improvisé et cette femme sans passé, une passion dévorante, presque maladive, est en train de naître. Mais sous la plume de Frédéric Dard, cette parenthèse amoureuse se fissure très vite pour révéler un piège psychologique d'une cruauté sans nom.

Loin des fioritures de ses œuvres plus populaires, Le père de San-Antonio ne cherche pas à amuser. Dans ce huis clos étouffant, taillé dans le désespoir le plus pur, il déploie une sobriété clinique, doublée d'une poésie désespérée, et distille la tension goutte à goutte. Dépeignant des personnages broyés par la fatalité ou brisés par une triste réalité, il livre des portraits particulièrement bien léchés, croqués par touches. Et tandis qu'il met à nu la psyché complexe de Daniel et l'opaque mystère de la femme au violon, il crucifie ses personnages secondaires au détour de métaphores lumineuses.
"À quelques mois de la retraite, il portait les stigmates d'une vie morne passée dans des bureaux où aucun mystère n'était jamais entré."
C'est de l'orfèvrerie littéraire où chaque fulgurance de style éclaire un peu plus l'abîme qui s'ouvre sous les pieds des protagonistes. On en sort manipulé, bluffé, le cœur au bord des lèvres, avec la certitude d’avoir croisé l'un des plus grands mécaniciens du suspense français.

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