lundi 28 septembre 2020

Rita Indiana - Les tentacules

rita indiana tentacules rue echiquier
Rita Indiana 

Les tentacules 

Ed. Rue de l'échiquier 


Inattentif au possible ou victime malheureuse de la méthode globale, je me suis procuré ce livre sur un gros malentendu - sans aucun doute influencé par la couverture.

Ce n'est qu'arrivé vers la moitié du roman, alors que je commençais à me demander quand est-ce qu'il allait être question d'araignées, que j'ai réalisé que son titre n'était pas Tarentules mais Tentacules. Pas de créatures à huit pattes dans ce livre, donc, mais plein d'autres choses et des personnages atypiques qui cumulent d'étranges caractéristiques : domestique, drogué, obsédé sexuel, artiste, autant d'éléments qui se mélangent, à l'image des époques qui s'entremêlent. Car, confuse et décousue, sous prétexte de retracer l'histoire de la République Dominicaine, l'intrigue saute d'un siècle à l'autre et entraîne personnages et lecteurs dans le temps, d'un vieux gréement aux trottoirs d'une cité futuriste, au risque d'égarer tout le monde dans la course.

Mais à défaut d'offrir une narration cohérente ou même captivante, le livre de Rita Indiana propose une dimension sociale et politique tout à fait intéressante, notamment grâce à sa vision de l'évolution de la société, de son interaction avec la nature ou de la cohabitation entre technologie de pointe et croyances ancestrales. De plus, il soulève des questions pertinentes sur le rapport au corps, l'usage des drogues ou les relations de domination, auxquelles il apporte un point de vue original et engagé.

Ce livre ne m'aura donc séduit ni par son aspect romanesque, ni par ses personnages, Acilde et Argenis. Pour autant, je dois reconnaître que Tentacules, en plus d'assumer son intention d'éveiller les consciences, mélange étonnamment science-fiction et réalisme magique. C'est une lecture crue, à la sexualité exacerbée, suffisamment inattendue et singulière pour sortir du lot.

Même si le livre manque cruellement de tarentules.

Et pour faire le point sur ce challenge, c'est ici.

dimanche 27 septembre 2020

Stefan Wul - L'orphelin de Perdide

Stefan Wul  L'orphelin de Perdide Anticipation Fleuve Noir
 Stefan Wul 

L'orphelin de Perdide 

Ed. Fleuve Noir 


De nombreuses années plus tard, les images d'un film vu dans mon enfance, Les maîtres du temps de René Laloux, restent gravées dans ma mémoire. Il faut dire que le roman dont il s'inspire, L'orphelin de Perdide, est lui-même très visuel et comporte des passages marquants, d'une rare intensité dramatique. La scène d'ouverture, notamment, dans laquelle un homme menace son fils d'un pistolet pour l'obliger à fuir un danger dont il n'a pas conscience, est tragique et poignante.
 
L'enfant, qui se retrouve seul sur cette planète inhospitalière, tente de survivre en suivant les conseils que lui donne une radio laissée par son père. C'est Max, un contrebandier, qui est au bout du fil et qui lui parle tout en pilotant le vaisseau qui file à travers l'espace pour le sortir de cet environnement hostile. Mais la route est longue et semée d’embûches.
 
De son excellence introduction à sa chute inventive et imprévisible, le roman de Stefan Wul est passionnant, bien ficelé et sans flottement. Il fait suivre au lecteur le destin de personnages attachants et charismatiques, tout en l'immergeant dans un décor graphique, résolument poétique et d'une grande imagination. Il est surtout totalement inattendu, à l'image de son incroyable révélation finale.

---


Et pour suivre l’avancée du projet Objectif "231", cliquez sur la fusée !
FNA n°109

lundi 21 septembre 2020

Luc-Michel Fouassier - Les pantoufles

Luc-Michel Fouassier  Les pantoufles Ed. L'arbre vengeur
Luc-Michel Fouassier 

Les pantoufles

Ed. L'arbre vengeur 


Je ne suis pas sûr de savoir quel angle adopter pour rédiger ce billet ; certaines décisions sont difficiles à prendre et ce n'est pas Luc-Michel Fouassier qui me contredira, lui qui n'a de toute évidence pas su trancher entre fine fable littéraire et légère gaudriole. Ainsi, dans son livre, la plume élégante le dispute à la balourdise formelle et la langue éthérée aux gros sabots stylistiques. D'ailleurs, en parlant de sabots - l'occasion était belle, je le concède volontiers - l'intégralité du champ lexical de la chaussure est casé dans ce livre. Vous aurez donc des expressions inventives et des jeux de mots pesants à base de soulier, de chausson, de godillot, de pompe, de grolle, de croquenot, de godasse, de savate - sans oublier de pantoufle, évidemment - en veux-tu en voilà. S'il y a de l'idée, le résultat est inégal, souvent inventif, parfois lourd, à l'image du livre.

En enfermant son personnage hors de chez lui, en pantoufles, et en lui faisant traîner ses guêtres - si je puis dire - dans une ville qui pose sur lui un regard différent, l'auteur fait avancer à pas feutrés une fable sympathique mais anecdotique sur l'apparence, la marginalité et l'affirmation de soi. J'ai marché dans ses pas sans déplaisir mais je dois avouer n'avoir pas vraiment pris mon pied à lire ce court roman qui n'est pas dénué d'intention mais malheureusement d'un peu de consistance. 

dimanche 13 septembre 2020

Arthur C. Clarke - Le diptyque de la Lune

Arthur C. Clarke 

S.O.S. Lune

Ed. Fleuve Noir 


Un séisme a ouvert un gouffre dans les fonds de la mer de poussière sur laquelle voguait le Selene. Le vaisseau de croisière prisé par les touristes fortunés, qui viennent passer leurs vacances sur notre satellite, englouti avec ses passagers, repose maintenant par quinze mètres de fond…

Mais pas de panique ! Plutôt que de se laisser abattre ou de se fatiguer à chercher une solution, Pat Harris, le capitaine, Susan Wilkins, l'hôtesse, et leurs vingt passagers prennent les choses avec philosophie. Au programme : lecture à voix haute, improvisation théâtrale ou encore tournoi de poker. Il règne dans le vaisseau une ambiance de colonie de vacances, ce qui est d'autant plus surprenant que, ignorant que des opérations de sauvetage s'organisent, ils pensent tous qu'il ne leur reste que quelques heures à vivre…

En faisant planer sur son drame une totale décontraction, Arthur C. Clarke balaie les codes du roman catastrophe. D’un côté, une désinvolture à ce point assumée force le respect mais, d’un autre côté, la crédibilité du scénario ne peut qu’en prendre un sérieux coup. Il y a pourtant clairement un souci de cohérence, alors que l’auteur prend le soin d'étayer son intrigue par des argumentations scientifiques, d'y glisser quelques mystères crédibles et de bien fouiller ses personnages.

 
Autant dire que cette première moitié du diptyque est surprenante. Et elle l’est d’autant plus du fait d’une version française... singulière. Le traducteur, B.R. Bruss, était-il motivé par un désir de rester au plus proche du texte ? À moins qu’il ne s’agisse d’un parti pris de traduction minimaliste ou de simples choix douteux ? Toujours est-il que les anglicismes et les expressions transparentes peuvent surprendre. Par exemple, peut-on réellement laisser dans le texte "le computeur" pour parler d'un ordinateur ? Je préfère penser que l'auteur du Mur de la lumière a tenté de coller au maximum à la version d’origine, quitte à parfois sonner un peu faux...

Arthur C. Clarke 

Naufragés de la Lune

Ed. Fleuve Noir 


Après un premier volume concentré, d'une part, sur l'étude psychologique des personnages et, d'autre part, sur les opérations de recherche, la suite s'intéresse à la manière de sortir du vaisseau enseveli les passagers qui "dans le péril s'étaient soudées en un groupe solidaire".

Cette seconde partie poursuit donc logiquement la série et lui apporte une conclusion assez attendue. Pourtant, l'auteur fait tout ce qu'il peut pour créer de la surprise, appliquant à son livre les codes du roman feuilleton, usant et abusant des effets d'annonce. Du fait de toutes les accroches de fin de chapitre, la lecture est captivante et les pages se tournent toutes seules. Mais malgré cette fluidité, quelques bonnes trouvailles et un fond scientifique plutôt solide, il est difficile de ne pas noter le caractère anecdotique de ces deux romans - qui n'en forment réellement qu'un seul : ils n'ont ni la consistance ni l'ambition des œuvres qui ont fait entrer l'auteur de 2001, l'Odyssée de l'espace et de Rama au panthéon des écrivains de science-fiction.

 
---

Et pour faire le point sur ce challenge, c'est ici.

---


Et pour suivre l’avancée du projet Objectif "231", cliquez sur la fusée !
FNA n°206 & 207


vendredi 11 septembre 2020

Frédéric Landragin - Comment parle un robot ?

Frédéric Landragin  Comment parle un robot ?  Ed. Le Bélial'
Frédéric Landragin 

Comment parle un robot ? 

Ed. Le Bélial' 


Ce livre (le deuxième (ou (soyons précis)) le second que je lis ((après Comment parler à un alien (ici) (qui traite de sujets similaires (mais sous des angles d'approches différents (et qui (donc) en offre une approche complémentaire (déjà publié dans la collection Parralaxe (l'excellente collection, devrais-je dire (j'adore cette collection (au catalogue duquel on compte notamment un (non moins excellent) ouvrage sur l'urbanisme ())))))))) de Frédéric Landragin (docteur en informatique-linguistique (et (accessoirement) directeur de recherche au CNRS)) s'intéresse (et nous (ou au moins moi (il est peu probable que je sois le seul)) intéresse) aux machines à langage (les robots qui parlent) dans la science-fiction) et rend parfaitement accessible ((grâce à de nombreux exemples (et de multiples références (littéraires ((mais pas que) il remet (d'ailleurs) une (jolie) couche sur L'enchâssement (de Ian Watson (qui figurait (déjà) en bonne position sur ma pile à lire (Le Bélial'))))) vulgarise (dit-on))) le sujet (diablement technique (d'autant plus diablement qu'il est est mis en parallèle (j'allais dire confronté (je ne suis pas sûr de savoir si c'est plus adapté)) avec l'informatique et l'intelligence artificielle (les trois disciplines impliquées dans ce que l'on nomme le TAL (le Traitement Automatique des Langues))) qu'est la linguistique) et vous apprendra long sur notre rapport à la langue (ainsi que sur la complexité (et la subtilité) du langage)) est passionnant !

Plus d'avis ? Hop !

vendredi 4 septembre 2020

Ward Moore - Frank Merriwell à la Maison Blanche

Ward Moore  Frank Merriwell à la Maison Blanche Passager Clandestin
Ward Moore 

Frank Merriwell à la Maison Blanche

Ed. Le Passager Clandestin 


La vie est une chienne.

Prenez George Clooney. À presque soixante ans, il arbore une chevelure insolente, il a le corps sculpté et bronzé, son sourire ravageur dévoile une dentition éclatante et il s'affiche au bras d'une femme qui culmine à la moitié de son âge. Moi, j'ai quinze ans de moins que lui et pourtant je n'ai plus un poil sur le caillou, je porte des lunettes en culs-de-bouteille, j'ai des ratiches jaunies au café, la peau laiteuse, une brioche flasque et je vis avec une femme qui a encore plus mal vieilli que moi.

Oui, la vie est une chienne. Les années qui passent glissent sur certains d'entre nous et font des ravages sur les autres. Il en va de même avec la littérature.

La nouvelle de Ward Moore, qui nous fait suivre la campagne d'un robot à la présidence des États-Unis, a sans doute été très percutante à sa première publication en 1973, elle semble aujourd'hui datée, voire dépassée. Et pour cause, elle multiplie les références à son époque, autant de références qui n'évoquent assurément plus rien au lecteur du vingt-et-unième siècle. L'éditeur a donc fait le choix - logique et tout à fait légitime - d'inonder le texte de notes. Deux options s'offrent alors au lecteur : ou bien il en fait abstraction et prend le parti de lire la nouvelle sans en saisir toutes les références, ou bien il s'interrompt à chaque note et s'y reporte au détriment de la dimension romanesque de la nouvelle.

Mais, de ces deux choix, y en a-t-il seulement un bon ?

Et pour faire le point sur ce challenge, c'est ici.

samedi 29 août 2020

Tade Thompson - La Survie de Molly Southbourne

Tade Thompson  La Survie de Molly Southbourne Ed. Le Bélial'
Tade Thompson 

La Survie de Molly Southbourne

Ed. Le Bélial'


Après un premier volume aussi original qu'efficace mais en même temps très imparfait, Tade Thompson reprend le fil de son histoire là où il l'avait laissé mais donne cette fois-ci la parole à l'un des doubles de Molly. La nouvelle narratrice, en plus de reprendre le récit, offre un point de vue différent. Et c'est là une très bonne trouvaille. D'autant plus que cette seconde Molly rencontre une femme ayant le même don (ou la même malédiction, c'est selon), sauf que ses doubles ne s'en prennent pas à elle. Pour quelle raison ?

Après avoir mis en place cette nouvelle perspective et posé les bonnes questions, l'auteur troque sa casquette de novelliste contre celle d'analyste. Il se penche alors sur la capacité des uns à surmonter un traumatisme, l'aptitude des autres à en faire une force, et la façon dont chacun le vit en fonction de ses dispositions propres. En creusant le sujet et en approfondissant son personnage, il confirme la dimension psychologique qui n'était que balbutiante dans l'opus précédent. Et en levant un peu le pied, d'autre part, sur l'aspect sanguinolant, il trouve une balance plus équilibrée et plus juste entre littérature de genre et prose cérébrale.

Comme tous les volumes charnières, La survie de Molly Southbourne souffre d'une sérieuse perte d'originalité, l'idée de départ ayant, de fait, perdu son effet de surprise. Toutefois, elle est honorablement renouvelée et très bien exploitée. Maintenant, il reste encore de nombreux points en suspens. Affaire à suivre.

D'autres avis ? Hop !

#DéfiCortex

Et pour faire le point sur ces challenges, c'est ici.

samedi 22 août 2020

Gilbert Lascault - Petite tétralogie du fallacieux

Gilbert Lascault  Petite tétralogie du fallacieux  Ed. L'arbre vengeurGilbert Lascault 

Petite tétralogie du fallacieux 

Ed. L'arbre vengeur 


Publiés dans les années soixante-dix par Christian Bourgois, déterrés et rassemblés en un volume par les orpailleurs que sont les éditions de L'Arbre Vengeur, les textes dont il est question ici auraient de quoi rendre fous les adeptes de la classification du fonds et béats les amateurs de 'Pataphysique. En effet, expérimentale et inattendue, cette tétralogie ne ressemble à rien de connu.

Un monde miné (mensonges et menaces de l'en-dessous)


Le premier des quatre livres s'adresse au spéléologue qui sommeille en chacun de nous. Gilbert Lascault nous y décrit par le menu les gnomes, taupes géantes et autres créatures fantastiques qui peuplent les terres creuses au-dessus desquelles nous évoluons. Sa vision des entrailles de la Terre est folle, débridée, et rappelle volontiers que dans l'obscurité se terre bien plus que le simple fruit de notre imagination… 

Enfances choisies (les trompe-l'œil de l'antérieur)


À l'image d'un Marcel Schwob, Gilbert Lascault nous invite à revivre des anecdotes imaginaires d'une poignée de Grands Hommes. Ou plutôt de Grands Enfants. Car tous ont vécu, enfants, des épisodes marquants ou des évènements significatifs que l'Histoire a choisi de ne pas retenir mais que l'auteur se fait un devoir de nous rapporter.

Un îlot tempéré (un lointain fourbe)


Gilbert Lascault nous fait visiter une île merveilleuse. Merveilleuse ? C'est à voir. Les coutumes sont barbares, les habitants étranges, les contours inquiétants. Une chose est certaine : si cette île existe, mieux vaut en rester à bonne distance...

Voyage d'automne et d'hiver (les équivoques du familier)


Et, pour terminer, l'auteur présente une province française aussi typique qu'improbable, telle que la découvre un voyageur. Celui-ci partage ses impressions, ses sentiments, décrit le paysage et dresse surtout le portrait d'une population bourrue et rustique. La langue est imagée et crue, à l'image de la sexualité exacerbée qui y règne.

Même si, à bien y réfléchir, tout le livre est cru. Mais n'en est pas moins fin pour autant.

Et pour faire le point sur ce challenge, c'est ici.

dimanche 16 août 2020

Peter Randa - La trilogie Ariézi

C'est l'histoire d'un corse qui entreprend de conquérir le monde. Ça vous rappelle quelque chose ?

---

Peter Randa "Survie" anticipation Fleuve Noir
Peter Randa 

"Survie" 

Ed. Fleuve Noir 


Deux condamnés à mort voient leur peine commuée : leur exécution contre un départ pour Vénus. Sur cette planète, depuis peu propriété française, est installée une mission scientifique. Les membres qui y sont installés ne peuvent quitter leur laboratoire sans une combinaison spatiale, l'atmosphère étant irrespirable. Pourquoi y envoyer deux criminels ? Pour pouvoir vérifier si le sérum qui doit permettre aux hommes de pouvoir y respirer librement fonctionne. Mais c'est sans retour possible. Une fois adaptés à l'atmosphère vénusienne, ils ne supporteront plus celle de leur planète d'origine. Ça ou la peine capitale… 

Leur mission est simple : s'installer à portée de la base, explorer les environs, observer la faune, la flore, et faire le rapport régulier de leur état et de la vie en plein air. Mais à peine les deux hommes arrivés, la base est attaquée par des créatures humanoïdes. Plus opportuniste que son camarade, un médecin accusé d'avoir tué l'amant de sa femme et cette dernière, Ariézi le Corse, lui, condamné pour avoir tué un policier, voit là une bonne occasion de mettre en avant ses compétences et compte bien faire tourner la situation à son avantage. 

Il décide de passer du côté des vénusiens et, après avoir découvert que derrière le trompe-l'œil de leur armement désuet se dissimule une civilisation très avancée et un subtil mélange de progrès techniques extraordinaires et de superstitions primaires, de prendre la place de leur chef...
"À l'origine des toutes les conquêtes on trouve le même ramassis de parias, de maudits et d'illuminés qui rêvent de créer un monde à leur image."

Ce premier volume de la trilogie, mené tambour battant, procure un indéniable plaisir de lecture. Le personnage principal est subtil, nuancé, et son comportement, à la fois cohérent et imprévisible, promet une série pleine de rebondissements !

 

Peter Randa  Baroud anticipation Fleuve Noir
Peter Randa 

"Baroud" 

Ed. Fleuve Noir 


Deux ans ont passé. Ariézi a renversé Handa, le chef des vénusiens, et a donc pris leur tête. Il a beaucoup changé et n'emploie plus que vaguement le langage coloré qu'il utilisait alors par forfanterie. Il est devenu un autre, une personne sans aucun rapport avec l'homme du premier volume.
"Vénusien, il l'était devenu au sens le plus étendu du mot. Plus rien dans sa mentalité ne rappelait l'ancien truand. Seul son langage était resté coloré. Une sorte de coquetterie de sa part à laquelle il ne pensait plus toujours."
Moins sanguinaire que Handa, il se conduit toutefois en parfait dictateur, même s'il fait le plus humainement possible des choses foncièrement inhumaines, et tolère la présence des terriens avec lesquels il entretient des rapports tendus. Jusqu'au jour où se posent des vaisseaux saturniens venus envahir Vénus.

L'auteur reprend le personnage d'Ariézi dans une suite digne du premier volume, rythmée, sans temps morts et captivante de bout en bout. Sa plume est sans fioriture et il faut lui reconnaître un certain talent de dialoguiste, notamment dans les réparties argotiques et imagées du Corse. Même s'il a beaucoup changé, celui-ci est toujours aussi intéressant et il est entouré de bons personnages secondaires. Tous évoluent dans un décor visuel et assez débridé.


Peter Randa  Les frelons d'or anticipation Fleuve Noir
Peter Randa 

Les frelons d'or 

Ed. Fleuve Noir 


À bord d'une soucoupe de la taille d'un pâté de maisons, Ariézi a quitté Vénus pour aller explorer l'immensité de l'espace. Il a emmené avec lui Kerill, la Saturnienne aux quatre bras, au visage altier et aux lignes pures. Handa, devenu son esclave, est également du voyage.
 
Arrivés sur une planète qui ressemble bizarrement à la Terre, ils découvrent une société composée de personnages étiolés, rabougris, et des nuées de frelons qu'ils vont combattre, armés d'un désintégrateur saturnien et d'un paralysateur vénusien, deux armes terribles auxquelles s'ajoute pour le Corse un Lüger.
 
Ce troisième et dernier volume, pour ainsi dire indépendant, pourrait presque ne pas être une suite des deux premiers. Les personnages sont les mêmes mais n'ont finalement que peu de points communs avec ceux  des épisodes précédents. Il en est de même pour l'histoire. Mais elle est toujours aussi accrocheuse, efficace, et l'auteur, encore plus que dans "Survie" et "Baroud",  s'y laisse aller en remarques misogynes et en portraits gratinés de faibles femmes :
"En furetant un peu partout dans la ville, elles ont découvert des magasins... Découvert, oui, à moins que leur instinct de femme ne les y ait conduites automatiquement..."
"Kerill détourne les yeux dans un réflexe bien féminin à la vue des rats et le Corse la conduit immédiatement à l'autre bout de la terrasse pour lui épargner la vue de ce spectacle un peu répugnant."

---

En  trois volumes, Peter Randa propose trois époques de la vie d'un homme : Ariézi le criminel, Ariézi le dictateur puis Ariézi l'aventurier. Trois volumes mais une seule histoire. Et quelle histoire !

---

Et pour faire le point sur ce challenge, c'est ici.

---


Et pour suivre l’avancée du projet Objectif "231", cliquez sur la fusée !
FNA n°152, 158 & 168

jeudi 13 août 2020

Thomas Geha - Les Tiges

Thomas Geha - Les TigesThomas Geha 

Les Tiges


Extraite de l'anthologie Destination Univers, Les Tiges s'inscrit dans un cycle dont j'ignorais l'existence jusqu'alors. Heureusement, il n'est pas indispensable de connaître le second pour apprécier la première. Et j'ajouterai même que Les Tiges donne très envie d'aller voir ce que l'auteur a écrit d'autre, cycle ou non.

Fondant son idée de départ sur l'hypothèse de la reine rouge qui dit que "l'évolution permanente d'une espèce est nécessaire pour maintenir son aptitude face aux évolutions des espèces avec lesquelles elle coévolue", la nouvelle de Thomas Geha se déroule dans un futur lointain et met en scène quelques Hommes durant les heures qui voient s'opposer deux races extraterrestres, les Ailaidarlis et les Tiges, qui n'ont pas exactement le même projet les concernant.

Le sujet est assez classique mais il est malin et il est relevé, d'une part, par l'originalité des espèces présentées et, d'autre part, par une habile construction et une chronologie destructurée - celle-ci a toutefois les défauts de ses qualités : le récit est très dynamique mais peut éventuellement laisser comme un léger sentiment de confusion. Surtout, en quelques pages, la nouvelle laisse entrevoir un vaste univers, bigrement stimulant, qui ne demande qu'à être exploré.

D'autres avis ? Hop ! FeydRautha, Lorhkan, Lune et surtout Célindanaé que je remercie et qui sait pourqoui.


Et pour faire le point sur ces challenges, c'est ici.