lundi 19 juin 2017

Quentin Leclerc - La ville fond

Quentin Leclerc La ville fond Ogre Quentin Leclerc 

La ville fond 

Ed. Ogre


Suite à un échange avec l'éditeur, j'ai supprimé cet article qui chroniquait un ouvrage à paraître. Il retrouvera sa place à parution, le 7 septembre.

samedi 17 juin 2017

Homère - Iliade

homere iliadeHomère 

Iliade 

Ed. Folio 


Faisant souvent les choses dans le désordre, ce n'est qu'après avoir lu l'Odyssée que je me suis lancé dans l'Iliade. C'est donc un retour dans le temps et aux évènements qui ont causé l'errance d'Ulysse : sa participation à la prise de Troie grâce au fameux cheval. Sauf que... il n'en est jamais question dans ce livre. Le récit du siège prend fin à la mort d'Hector, avant la prise de la cité.

Commençons par le commencement. La guerre dure depuis dix ans. Une sombre histoire de femme, Hélène, des Dieux qui s'amusent à manipuler les Hommes et se disputent par leur intermédiaire. Des bateaux arrivent en masse, des pages et des pages de descriptions de coques, rames, mats et équipages. Des combats en veux-tu en voilà, des centaines de guerriers qui meurent à peine introduits et quelques Héros protégés ou non par les Dieux selon l'humeur de ces derniers. Pour finir, un duel au soleil. L'action se déroule sur une poignée de jours, en 24 chants et plus de 15000 hexamètres dactyliques.

Autant j'avais trouvé le voyage d'Ulysse laborieux (je crois que c'est le mot), autant là c'est vraiment, vraiment rude. Alors j'imagine que c'est un excellent sujet d'étude et d'analyse mais je crois que ce n'est pas vraiment fait pour être lu comme un roman, et pour cause ce n'en est pas un. La lecture est difficile, il y a une telle quantité de personnages qu'il est impossible de tous les situer et les différentes actions sont généralement assez incompréhensibles. Alors j'ai entamé ma lecture avec un papier et un crayon mais j'ai vite laissé tomber l'idée de prendre des notes. A la place, chaque chant terminé, j'allais en lire le résumé en fin d'ouvrage pour m'assurer que j'avais bien compris. Ce n'était pas toujours le cas. Heureusement, mon édition comporte des dizaines de pages de notes et un index à rallonge. L'un et l'autre me sont vite devenus indispensables.

Encore plus que l'Odyssée, l'Iliade est une lecture masochiste. Il faut avoir envie de se donner du mal. Mais la douleur peut faire partie du plaisir et j'en ai eu à approfondir ma culture. Je ne regrette pas une seconde les heures passées sur cette somme mais je pense pouvoir affirmer sans trop m'avancer que c'est un livre que je ne relirai pas...

jeudi 15 juin 2017

Olivier Bourdeaut - En attendant Bojangles

Olivier Bourdeaut En attendant Bojangles Finitude Folio

Olivier Bourdeaut 

En attendant Bojangles 

Ed. Folio 


Il arrive qu'un livre vous atterrisse entre les mains alors que vous n'aviez pas particulièrement envie de le lire. Dans mon cas, celui-ci par exemple. Avant même de l'avoir ouvert, je fronçai le sourcil à la perspective de sa lecture, drapé dans mon snobisme ordinaire, convaincu que seul un ouvrage médiocre et consensuel avait pu susciter un tel engouement. Je me vois bien obligé de réviser mon jugement hâtif.

Je comprends que ce livre ait eu un tel succès. A la fois court, facile, original, souriant et mélancolique, il contient tous les ingrédients pour plaire. L'histoire est assez simple : un jeune garçon raconte son quotidien et décrit ses parents, sa mère fantasque et son père fou amoureux. Il s'exprime dans une langue simple, naïve et ne met jamais vraiment les mots sur la réalité. Ou du moins, il les met sur la sienne. Car, en vérité, sa mère n'est pas exactement fantasque - appelons un chat un chat, elle est cinglée - mais lui ne voit que l'originalité et la tendresse là où le lecteur perçoit rapidement la fragilité, les failles et la folie. Le livre invite donc le lecteur à interpréter les propos du narrateur et l'incite à tirer ses propres conclusions.

Il offre un joli portrait de femme marginale et celui touchant de son mari transi bien que lucide. Ce dernier prend occasionnellement la parole dans de courts chapitres lourds de discernement et pourtant empreints d'une certaine légèreté. A travers cette belle histoire d'amour tragique et compliquée, l'auteur donne envie de croire en ce couple improbable et romanesque. Il dépeint une vision de la vie déconnectée de la réalité, parsemée de trouvailles astucieuses, d'idées délicieusement inventives et un peu absurdes, une existence finalement aussi criarde et tapageuse que la couverture.

Encore une fois, je comprends qu'il plaise autant et son succès n’ôte rien au plaisir que sa lecture procure, mais je suis tout de même un peu dépassé par le caractère unanimement dithyrambique qui l'auréole. Ce premier roman est insolite et truculent, certes, mais il est vite lu, manque peut-être légèrement de consistance et m'a parfois paru un peu convenu. Un bon livre, je suis content de l'avoir lu, et un succès - mérité, j'imagine - dont rêvent probablement tous les romanciers et leurs éditeurs mais au tournant duquel Olivier Bourdeaut risque fort d'être attendu.

lundi 12 juin 2017

Maurice Pons - Le passager de la nuit

Maurice Pons Le passager de la nuit Points

Maurice Pons 

Le passager de la nuit 

Ed. Points 


Je ne suis pas complètement convaincu par la couverture de ce livre mais je dois bien reconnaître qu'elle illustre plutôt bien son contenu. Une voiture sportive, racée, nerveuse. Au volant, un homme qui, pour rendre service à une amie, transporte un passager, moustachu taiseux, basané et cicatrice au visage, les mains serrées sur son sac. Ils ne se connaissent pas et mettront du temps avant de se parler. La nuit avançant et la promiscuité aidant, les langues se délient et on apprend des choses sur l'un, sur l'autre et sur la sale guerre dont on ne dit pas le nom.

La voiture est importante car c'est le moyen d'expression de son conducteur. Faire gronder son moteur, crisser ses pneus, enfiler les kilomètres, c'est comme ça qu'il communique. Et c'est sur sa banquette que Maurice Pons embarque le lecteur dans cette virée nocturne, sur les routes, dans les villages, pour un arrêt au milieu de rien. Clairement à lire d'une traite, ce livre vous emporte, presque trop vite.

Derrière le portrait du passager se cache celui d'un transporteur de fonds du FLN et derrière le roman, un appel à la réflexion. Le format choisi est celui du roman car il date d'une époque durant laquelle la fiction seule passait, une certaine forme de censure oblige. Pourtant, le propos est limpide et délivré dans une langue simple et très sobre. Je m'attendais presque à quelque chose de plus écrit. Là, c'est d'une telle fluidité que c'en est déroutant. Le livre se lit vite, les personnages parlent peu et pourtant ils ont la densité du sujet abordé.

Le roman aborde la situation algérienne à la manière de phares puissants, d'un éclairage ciblé, très partiel mais intense. Des deux hommes dans la voiture, il n'y a ni bon ni méchant, personne n'a raison ou tort et il ne s'agit pas d'expliquer au lecteur la guerre d'Algérie. La voiture roule vite, très vite et c'est la fugacité du décor qui nous en fait saisir la force et la complexité. Maurice Pons n'entre pas dans le détail, propose un témoignage ouvert et c'est ce qui fait la valeur de son livre.

jeudi 8 juin 2017

O. Joncquel & T. Varlet - L'agonie de la Terre

octave joncquel theo varlet agonie terre epopee martienneOctave Joncquel & Théo Varlet

L'agonie de la Terre (L'épopée martienne - volume II) 

 

Rappelez-vous, Octave Joncquel et Théo Varlet, en parfaits feuilletonistes adeptes de l'accroche de fin de chapitre, avaient abandonné leurs personnages dans une posture inconfortable et le lecteur face à un suspense insoutenable. Vous pouvez de nouveau respirer, L'agonie de la Terre n'est pas que la suite des Titans du ciel, c'est également la fin de L'épopée martienne.

Alors que j'avais lu avec plaisir le premier volet, j'ai eu du mal à y revenir. J'ai probablement laissé passer trop de temps entre les deux volumes. Non pas que j'aie été perdu dans l'intrigue ou que les personnages me soient devenus étrangers (d'autant moins que l'ouvrage s'ouvre sur un résumé de l'épisode précédent), c'est plutôt comme si j'étais passé à autre chose. Il m'a fallu près de la moitié du livre pour me passionner de nouveau pour cette lecture. Mais une fois revenu dans cette histoire alambiquée d'invasion extraterrestre catastrophe, c'est comme si je ne l'avais jamais quittée. On retrouve donc nos héros et, après un premier volume centré sur l'invasion, ce second raconte le mouvement de résistance. C'est l'occasion pour nos romanciers, en véritables chantres de la préférence nationale, de faire une petite piqure de rappel : le français devient donc la nouvelle langue mondiale et nos compatriotes les seuls acteurs de la libération planétaire.

L'agonie de la Terre est dans la droite lignée du premier opus. On y retrouve des idées abracadabrantes, une pointe de grand-n'importe-quoi, quelques remarques machistes, un certain nombre d'incohérences et l'imagination foisonnante et déraisonnable qui caractérisait les doux rêveurs du début du XXème siècle. Mais ce délire extravagant est servi par une langue au charme indéniable et l'enthousiasme de ces auteurs est si communicatif qu'on aurait presque envie d'y croire. Bref, si dans sa catégorie L'épopée martienne n'est pas forcément un incontournable, c'est un roman tout à fait honnête, aussi bien pour les amateurs de feuilletons que de visions apocalyptiques, pour les adeptes de conquête spatiale ou de Paris comme centre du monde.

mercredi 7 juin 2017

Andreas Eschbach - Aquamarine

andreas eschbach aquamarine atalante Andreas Eschbach

Aquamarine

Ed. L'Atalante


Mon opinion est bien trop tranchée pour que je ne cherche à nuancer mon propos. Inutile donc de tourner autour du pot :

J'ai bien cherché et je crois qu'il n'y a rien à sauver dans ce livre. L'intrigue est faible, les personnages sont creux, le style est pauvre. Déjà. Ensuite, ce livre peu inventif recycle des thématiques ultra courues sans rien leur apporter. Enfin, il enfonce quelques portes ouvertes  sur la différence et s'égare en réflexions à la petite semaine sur l'évolution de la société et de l'environnement.

Mais comment Andreas Eschbach a-t-il pu se fourvoyer à ce point ? Comment, après avoir produit l'excellent Des milliards de tapis de cheveux, a-t-il pu ficeler un scénario à ce point cousu de fil blanc ? On se croirait dans un mauvais roman pour ados niaiseux, à mi-chemin entre les aventures d'Harry Potter à Marineland et une version bas de gamme de Waterworld. De quoi faire bien rigoler Patick Duffy.


Ce livre est un pétard mouillé (!).

jeudi 1 juin 2017

Léo Henry / Stéphane Perger - Point du jour

Léo Henry Stéphane Perger Point du jour Scylla

Léo Henry / Stéphane Perger 

Point du jour 

Ed. Scylla 


Voici nos deux briscards de l'entreprise Yirminadingrad réunis pour un nouveau projet ! De son titre complet La Ballade de Gin & Bobi et autres récits de Point du jour, ce recueil de nouvelles ressemble par bien des points à Adar. Richement illustré des dessins de Stéphane Perger, le texte de Léo Henry est abstrait et littéraire. Il obéit à des contraintes formelles, notamment la longue nouvelle de 111 111 signes (je n'ai pas pris la peine de compter). Les titres sont ceux de chansons mais ma culture musicale étant ce qu'elle est - proche du néant - je crains d'être passé à côté de la plupart des références qui y sont faites.

Des nouvelles sont inédites, d'autres non, et l'univers, difficilement perméable, est si éloigné de celui de La Panse qu'il est difficile à croire que les deux puissent être signés du même auteur. Il y a de la cohérence dans la langue et dans les thèmes mais l'ensemble m'a semblé décousu et certains textes sont si particuliers, voire obscurs, que je serais bien incapable de faire le résumé de tout ou partie du recueil. C'est un livre exigeant, difficile, conceptuel, bien moins grand public mais tout particulièrement intéressant. La langue est élaborée, imagée et assez argotique, les illustrations sont sombres, parfois plus parlantes que le texte et la couverture est très réussie. L'objet est beau, pas moins.

Finalement, tout comme parfois je peux contempler un tableau non-figuratif et l'apprécier sans vraiment savoir ce qu'il représente, j'ai du mal à expliquer pourquoi mais j'ai beaucoup aimé ce livre. J'ai aimé l'ambiance générale qui s'en dégage et les impressions qu'il m'a procurées. Pourtant je ne suis pas sûr d'avoir tout compris.