lundi 17 juin 2019

David Mitchell - Slade House


David Mitchell  Slade House L'Olivier David Mitchell

Slade House

Ed. L'Olivier 


Slade House est une "vieille maison massive, austère, grise, à moitié étouffée par le lierre", sise dans une ruelle obscure, derrière une porte noire si petite que vous pourriez passer devant sans la voir. Priez d'ailleurs pour ne pas la voir... car si vous avez le malheur de pousser la porte et d'entrer dans la maison... vous n'en sortirez plus...

C'est ainsi que tous les neuf ans, l'immuable rituel des disparitions se reproduit. En 1979 déjà un garçon solitaire en faisait les frais. En 1988, c'était au tour d'un policier de s'évanouir dans la nature puis, en 1997, une jeune femme adepte des phénomènes paranormaux. Et tous les neuf ans, une nouvelle victime.

Même si chaque cas donne lieu à une histoire propre, ce livre est à lire comme un roman et non pas comme un recueil. Les intrigues s'enchaînent, chacune fait allusion à la précédente et le tout forme un récit complet. Cinq histoires, de 1979 à 2015, et autant de raisons de frissonner. En effet, avec Slade House, David Mitchell revisite le thème de la maison hantée et se montre particulièrement inspiré pour créer une ambiance inquiétante et oppressante. Cette atmosphère doit beaucoup à un décor léché, à un astucieux effet de montage et à une utilisation maîtrisée d'enchaînements troublants et de fondus très graphiques, voire cinématographiques - à croire, d'ailleurs, que l'auteur avait en tête une éventuelle adaptation à l'écran.

Ce n'en est pas une suite pour autant et il n'est pas indispensable de l'avoir lu mais Slade House fait plusieurs références à L'âme des horloges. Le roman est également parsemé de multiples allusions aux autres livres de son auteur. J'en ai loupé beaucoup, ayant fait l’impasse sur quelques titres et n'ayant pas forcément en tête ceux que j'ai lus. C'est un détail assez anecdotique et ce n'est jamais gênant. Je suis d'ailleurs un peu embêté de terminer là-dessus. Alors je vais encore ajouter, en guise de conclusion, que Slade House est un roman de genre assez effrayant, inventif dans sa construction ainsi que dans ses multiples niveaux de langue, très fluide et totalement immersif. C'est mieux de finir comme ça, non ?

mercredi 12 juin 2019

Thomas Ligotti - Chants du cauchemar et de la nuit

thomas ligotti chants du cauchemar et de la nuit dystopia workshopThomas Ligotti 

Chants du cauchemar et de la nuit

Ed. Dystopia Workshop 


Qui n'a pas déjà passé une soirée autour d'un feu à raconter des histoires qui font peur, le visage éclairé par une lampe de poche collée au menton ? À ce petit jeu, Thomas Ligotti doit être redoutable. Ses histoires filent une sacrée frousse et je vous mets au défi de ne pas régulièrement frissonner à la lecture de ce recueil.

La première nouvelle, "Petits jeux", donne le ton. Elle nous fait assister au dialogue entre une femme et son mari, psychologue dans une prison. Un verre à la main et le regard vague, l'homme raconte les doutes auxquels il est confronté et le trouble dans lequel le plonge un patient sans nom. Au fil de la conversation, les éléments sont révélés, le lecteur comprend les raisons de son tourment et la tension monte lentement, jusqu'à une chute très, très classique, assez attendue mais tellement bien amenée qu'elle fonctionne à coup sûr.

Le reste du livre est du même acabit. Le registre reste dans le domaine de l'épouvante mais la langue varie d'une histoire à l'autre alors que l'auteur, formellement inventif, joue avec les procédés narratifs. Vampire, poupée ou encore criminel, Thomas Ligotti n'hésite pas à s'emparer de tout ce qui peut faire dresser les cheveux sur la tête. Ciselant avec raffinement et une grande précision des ambiances terrifiantes, il crée des atmosphères lourdes et effrayantes. Et ça fonctionne. Certes, je n'ai pas forcément retrouvé dans les nouvelles suivantes l'extrême tension de la première histoire mais le livre reste dans l'ensemble très efficace.

Il est aussi noir que la magnifique couverture signée Stéphane Perger.

lundi 10 juin 2019

San-Antonio - Passez-moi la Joconde


san antonio passez moi la joconde fleuve noirSan-Antonio 

Passez-moi la Joconde 

Ed. Fleuve Noir


Quand San-Antonio part en vacances, il n’attend pas la deuxième page pour mettre la truffe dans un truc louche. Un truc louche doté d'une truffe : un chien. De fil en aiguille, le voilà embarqué dans une histoire de planche à faux billets. De repos dans les Alpes, le commissaire reprend du service sur son temps libre.

Nous sommes en 1954 et, à cette époque, les enquêtes de San-A sont des intrigues qui tiennent la route, des scénarios bien ficelés mais encore assez classiques. À part "le vieux", son supérieur, les personnages secondaires sont pour ainsi dire absents, Bérurier n'est que vaguement évoqué et les autres ne figurent pas encore à l'appel. Quant à la langue, elle est déjà très inventive bien que relativement sage. Pour autant, l'auteur de Berceuse pour Bérurier nous offre déjà un joli florilège des positions de son kamasutra maison et dont les noms sont évocateurs. Jugez plutôt : "le coup du serrurier", "la fleur tropicale", "le triporteur hindou", "l’amour à la cul-de-jatte", "le soleil de minuit", "la tablette de chocolat" ou encore "papa-maman chez les Turcs".

« Elle, son vice, c’etait la brouette chinoise. C’est moi qui faisait le jardinier, bien entendu. »

Le roman est bouclé en 188 pages réglementaires, la taille calibrée de la collection "spécial police" chez Fleuve Noir. 188 pages de franche rigolade, de vocabulaire croustillant, de testostérone, d'expressions imagées et de références à la France des années cinquante. Un moment bien agréable.

dimanche 2 juin 2019

Yves Letort - Le fort

yves letort le fort l'arbre vengeur

Yves Letort 

Le fort

Ed. L’Arbre Vengeur 



La littérature a son lot de variations sur le thème du Désert des Tartares. Des bonnes, des moins bonnes. Avec cette histoire d'officier envoyé inspecter un fort en terrain depuis longtemps pris à l'ennemi, le roman d'Yves Letort revisite en règle le chef d'œuvre de Buzzati et rentre indéniablement dans la première catégorie. Ainsi, tout comme Giovanni Drogo, Quernand, son personnage, expérimente l'ennui, le temps qui passe et l'absurdité d'un conflit invisible dont on a même oublié les causes.

Le fort, clairement inspiré de littérature de genre et de romantisme noir, est un hommage assumé au surréalisme et une pièce qui, semble-t-il, occupe la place centrale dans le vaste univers romanesque de son auteur. Très stylisé et riche d’une plume raffinée, il parvient à créer du mystère autour de personnages secondaires somme toute assez anodins et à rendre énigmatique un simple décor humide presque vide. C’est d’ailleurs ce vide, à commencer par l’absence du prédécesseur de Quernand, disparu sans laisser de trace, qui contribue à forger l’atmosphère d’étrangeté qui règne sur le livre.

Roman d’ambiance aussi singulier que poétique, ce court livre transporte le lecteur hors du temps et, s’il donne bien envie de relire le classique italien auquel il fait allusion, il invite également à aller plus avant dans l’univers d’Yves Letort. Ce dont j’ai bien l’intention.

lundi 27 mai 2019

Lawton "Disco" Grinter - I Hike again


lawton grinter disco hike again grand mesa pressLawton "Disco" Grinter

I Hike again

Ed. Grand Mesa Press


Sept ans et 5 000 miles après I Hike, Lawton "Disco" Grinter revient avec un nouveau concentré de ses aventures. Le jeune américain nous entraîne encore sur ses traces le long des grands trails américains ainsi que, cette fois-ci, sur quelques sentiers du reste de la planète. Et, comme dans son livre précédent, il partage son quotidien sur les chemins, empile les anecdotes - parfois sérieuses, souvent désopilantes - et développe sa philosophie du contact avec les éléments et de la proximité avec la nature. Il fait également la part belle à ses camarades de randonnées et les rend si vivants qu'on a le sentiment de les connaître en l'espace de quelques pages.

Toujours aussi sympathique, même s'il a une fâcheuse tendance à penser comme un américain et à ne considérer le reste du globe que comme la grande banlieue rétro et poussiéreuse des États-Unis, il est doté d'un fort sens de l'auto-dérision et manie avec aisance une langue délicieusement imagée. Il est surtout motivé par une passion communicative et donne fichtrement envie de partir le sac au dos.

Get on the trail!

vendredi 24 mai 2019

Pierre Bayard - Le plagiat par anticipation


pierre bayard le plagiat par anticipation minuitPierre Bayard 

Le plagiat par anticipation

Ed. Minuit


Deuxième opus du cycle thématique de Pierre Bayard sur l'anticipation dans la littérature, cet essai est la suite logique et le prolongement nécessaire de Demain est écrit. Après s'être interrogé sur les auteurs qui ont mis en scène leur propre futur dans les pages de leurs livres, il se demande maintenant dans quelle mesure on peut être le plagiaire de ses successeurs. Voltaire reprenant les méthodes de Conan Doyle ? Maupassant s'inspirant du style de Proust ? Pourquoi pas ? Cette idée, qui vient directement de l'Oulipo, n'est pas aussi étrange qu'elle en a l'air. Et elle ouvre surtout bien des horizons.

Pierre Bayard nous a habitué aux ouvrages conceptuels et à une profonde originalité. Mais c'est surtout sa capacité à proposer une réflexion différente qui tape juste, encore une fois. Ce livre, qui offre une vision insolite de l'histoire de la littérature, invite à repenser la chronologie, à redéfinir la notion d'influence et à remettre en perspective nos connaissances. Ludique, accessible, solidement argumenté et étayé de nombreux exemples, il est aussi crédible que son idée est curieuse.

Reste maintenant à savoir comment il conclut son cycle. Le titre du troisième volume laisse rêveur : Le Titanic fera naufrage.

dimanche 19 mai 2019

Tade Thompson - Les meurtres de Molly Southbourne

tade thompson les meurtres de molly southbourne belial

Tade Thompson

Les meurtres de Molly Southbourne

Ed. Le Bélial'


Si tu vois une fille qui te ressemble, cours et bas-toi.
Ne saigne pas.
Si tu saignes, une compresse, le feu, du détergent.
Si tu trouves un trou, va chercher tes parents.


Molly est une petite fille qui vit isolée dans une ferme et dont les parents répètent en boucle les quelques lignes ci-dessus. Et pour cause, elle est dotée d'une étrange capacité : chaque goute de sang versé génère un double maléfique d'elle-même. Le roman relate son histoire, telle qu'elle est racontée à une femme enchaînée dans une cave par sa ravisseuse, Molly Southbourne.

En une petite centaine de pages, on découvre sa vie, son quotidien si singulier et les raisons qui conduiront à la situation du prologue. Disons qu'on finit par en découvrir les raisons si on ne les a pas devinées au bout de dix pages. En effet, c'est la grosse lacune du livre, l'intrigue est cousue de fil blanc et on en voit venir la chute d'entrée de jeu. Mais bon, c'est moins sur un suspens fou que sur un très bon concept que le livre fonctionne. L'idée est bonne, l'histoire est simple mais je me demande d'ailleurs, à voir la rapidité avec laquelle elle est bouclée, si le format est parfaitement adapté à une novella qui abuse des raccourcis scénaristiques et aurait bien mérité d'être étoffée. D'autant plus que le personnage est intéressant et que son cas ouvre de nombreuses pistes de réflexions et soulève des questions psychologiques qui sont, malheureusement, toutes plus ou moins laissées en plan, à la libre disposition du lecteur.

Malgré tous ces défauts, il est difficile de ne pas lire Les meurtres de Molly Southbourne d'une traite. Le style est d'une redoutable fluidité, l'idée franchement originale et le sort du personnage fascinant. De plus, même si on est plus proche du roman horrifique que de la SF pure, Tade Thompson mêle habilement les registres. D'ailleurs, en parlant de registre et pour revenir à ses défaut, le livre est abusivement - voire gratuitement - sanguinolent. Âmes sensibles...

Pour aller plus loin, voici les avis favorables de Célindanaé, de Gromovar, d'Apophis et de Artemus Dada et du Chien Critique.

jeudi 16 mai 2019

Walter Campos de Carvalho - La lune vient d'Asie

walter campos de carvalho la lune vient d'asie l'arbre vengeur

Walter Campos De Carvalho

La lune vient d'Asie

Ed. L'Arbre Vengeur


"À seize ans je tuai mon professeur de logique."

Dès les premières lignes, ce roman fleure l'étrangeté et la folie, un ton qui ne sera pas démenti au fil des pages. Étrange et complètement fou. C'est même à se demander si on peut vraiment être sain d'esprit quand on écrit un tel livre.

En entreprenant le récit de sa vie, le narrateur de ce roman brésilien nous entraîne dans une fresque singulière aux apparences trompeuses. Ainsi, persuadé d'être pensionnaire d'un hôtel alors qu'il est clairement enfermé dans un asile, Astrogildo - comme il se plait à s'appeler quand il s'appelle - confond volontiers l'infirmière avec la femme de chambre, le docteur avec le réceptionniste. Il perçois le monde à travers le prisme déformant de ses lubies, voit ce qu'il lui plait de voir et clame haut et fort les idées qui se bousculent dans sa tête selon un ordre difficile à saisir. Les chapitres du livre sont d'ailleurs organisés suivant une logique qui perturbera les plus maniaques d'entre nous.

Mais si à l'asile il raconte la folie de l'intérieur, c’est seulement en prenant la poudre d’escampette qu’il pourra mettre en perspective les éléments de son quotidien. Pour autant, sera-t-il moins dérangé hors les murs ?

Concentré de prose poétique acerbe et corrosive, La lune vient d'Asie est un roman absurde, profondément insolite et aussi fou que son personnage. Il n'y a probablement rien à comprendre dans ce livre sans queue ni tête, peut-être  faut-il juste se laisser porter par cette saine démence et l'envisager comme une parenthèse baroque dans un monde parfois bêtement normal.

samedi 11 mai 2019

Alain Damasio - Les Furtifs

Alain Damasio Les Furtifs La Volte

Alain Damasio 

Les Furtifs 

Ed. La Volte 


Laborieusement arrivé à un peu plus de la moitié de ce livre tant attendu, je cale. J'ai vaguement parcouru les quelques centaines de pages supplémentaires par acquis de conscience mais sans aucun plaisir. Le nouveau roman d'Alain Damasio commence pourtant sur les chapeaux de roue. Dès les premières pages, il plonge le lecteur dans une scène d'examen final captivante et particulièrement prometteuse. Lorca Varèse achève sa formation alors qu'il ambitionne de devenir chasseur de furtifs, des créatures pour le moins intrigantes, invisibles pour le commun des mortels et dont on sait alors assez peu de choses. Les éléments seront lâchés avec parcimonie. Peut-être même un peu trop de parcimonie. Là où j'arrête, quatre cents pages plus loin, on n'en sait pas beaucoup plus, même si on se doute que les furtifs dissimulent une allégorie et qu'on peut y voir la frange de la population non connectée, qui vit sans smartphone, ne fréquente pas les réseaux sociaux et n'a en tout et pour tout qu'une vie IRL.

L'action se déroule dans un futur proche. Les citoyens sont hyper-connectés, il ne vient à l'idée de personne de sortir sans son IA personnelle, la publicité, qui est omniprésente, pousse à une consommation excessive et les villes sont les propriétés de grands groupes (LVMH, Orange...). Cette société, qui est une vision peu originale et à peine extrapolée de ce vers quoi nous nous dirigeons, dénonce clairement les dérives du libéralisme, de la dépendance générale à internet et aux nouvelles technologies. Le discours politique, qui est évident, surtout venant d'un auteur très engagé et se revendiquant lui-même comme déconnecté, prend le pas sur une intrigue qui manque de tonus et qui m'a perdu à plusieurs reprises.

Au fil des pages, on en apprend un peu plus sur Lorca Varèse, un personnage qui se révèle plutôt intéressant et qui est, à mon sens, la vraie réussite du livre. Père endeuillé depuis la disparition de sa fille unique et convaincu qu'elle a été enlevée par les furtifs, il intègre l'équipe des chasseurs dans le but de la retrouver. On lui doit quelques passages, beaux et sobres, sur le rapport filial, le manque et l'espoir. Il pose des mots justes sur ces sentiments. En revanche, quand ce n'est pas lui qui s'exprime, on ne peut plus vraiment parler de sobriété. Les furtifs est un livre polyphonique dans lequel l'auteur de La horde du contrevent recycle un procédé narratif qui avait certes fait ses preuves dans son précédent roman mais qui ne fonctionne plus aussi bien. Les différents personnages utilisent un langage parsemé d'une ponctuation propre à chacun, bariolé, bourré de barbarismes et de langues mixées. D'abord exigeante, la lecture devient à la longue vraiment difficile. Sur sept cents pages c'est même indigeste.

Bref, j'ai abandonné.

Le problème vient-il de l'auteur, de l'éditeur ou du lecteur ? Ou des trois ? Ou de tout à fait autre chose ? À mon humble avis, il aurait fallu sérieusement défricher tout ça. En couper un bon tiers. On y aurait vu plus clair. Et j'aurais peut-être terminé le livre.

mardi 7 mai 2019

Emmanuel Chastellière - Célestopol

Emmanuel Chastellière Célestopol Phébus Libretto Instant

Emmanuel Chastellière

Célestopol

Ed. Libretto


D'après la légende, on pourrait distinguer la Grande Muraille de Chine à l’œil nu depuis la Lune. Vrai ou faux, là n'est pas la question. D'ailleurs on s'en fout, c'était juste une manière rhétorique d'entamer ce billet et d'introduire ce qui suit : Célestopol est une cité lunaire que le habitants de la Terre contemplent certainement - à l’œil nu ou non - avec envie. En ce début de vingtième siècle, cette annexe sélénite de l'empire de Russie, qui abrite sous son dôme une magnifique existence de démesure, de fleuron architectural et de progrès scientifique, représente une certaine image du futur, de la liberté et du bien-être. Mais la réalité est plus nuancée. D'un quartier à l'autre, des canaux de Sélénium aux tripots gérés par la communauté chinoise en passant par le palais du puissant duc Nikolaï, la vie n'est pas si différente que sur la planète bleue...

En posant ce cadre cohérent et particulièrement visuel, Emmanuel Chastellière fait de Célestopol son personnage principal. Dans ses artères circulent des mercenaires, des ouvriers, des employés du casino, des automates et toutes sortes de mines patibulaires ou de figures interlopes. Mais surtout, à l'intérieur de cette cité palpite un cœur, celui du duc, un homme craint, qui brille par sa puissance et par sa complexité. Certains de ces personnages ne font que passer et d'autres reviennent régulièrement d'une histoire à l'autre. C'est vrai, j'oubliais de vous dire, le livre d'Emmanuel Chastellière est un recueil de nouvelles et non pas un roman. Et c'est justement là que ça coince partiellement. Car si elles respectent l'unité de temps et de lieu, si dans l'ensemble elles fonctionnent, les différentes intrigues peinent à créer le fil rouge que, de toute évidence, l'auteur a tenté d'instaurer en égrainant régulièrement des rappels aux histoires précédentes. J'imagine qu'il aurait gagné à faire un choix plus tranché dans sa forme : roman ou recueil de nouvelles.

Mais ce n'est pas ce que j'en retiendrai. Fortement influencé par le steampunk et multipliant les références à la littérature russe ainsi qu'à la culture slave, Célestopol reste un livre globalement efficace et peuplé de très bons personnages - notamment Wojtek, un ancien soldat dont le cerveau a été transplanté dans le corps d'un ours - confrontés à des questionnements intéressants. C'est également un livre servi par une belle langue, très élégante, et dont l'atmosphère, palpable et réaliste, vous enverra assurément dans la Lune.

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