vendredi 15 septembre 2017

Louis Chadourne - Le conquérant du dernier jour

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Louis Chadourne 

Le conquérant du dernier jour 

Ed. L'Arbre Vengeur 


Le conquérant du dernier jour est un ouvrage posthume, un recueil des nouvelles inspirées d'une vie de voyages et d'aventures. Il ne s'agit pas pour autant des récits romanesques d'un jeune baroudeur mais plutôt d'un concentré de littérature sensible, d'une prose poétique, mélancolique et contemplative. Et tout comme certaines musiques peuvent s'écouter à faible volume mais ne peuvent s'apprécier qu'à fort, c'est un livre à lire à voix haute.

Les différentes histoires pourraient se résumer, bien sûr, mais l'intérêt du livre tient plutôt dans ce qui ne peut se décrire. Louis Chadourne, d'une aisance déconcertante et d'une stupéfiante sobriété, parvient à clairement évoquer des sentiments et à identifier l'indicible. Il fait preuve d'une large palette de vocabulaire et on a pourtant l'impression qu'une poignée de mots justes pourrait lui suffire pour dépeindre les émotions les plus complexes.

En l'espace de quelques textes courts, l'auteur de Terre de Chanaan nous emmène en voyage, nous fait découvrir de vastes horizons et parvient surtout à nous tenir en équilibre sur une brèche vertigineuse, au bord de la rupture avec nos certitudes.

François Szabowski - L'amour est une maladie ordinaire

François Szabowski  L'amour est une maladie ordinaire  Ed. Le Tripode 

François Szabowski 

L'amour est une maladie ordinaire 

Ed. Le Tripode 


Une vie de lecture a ceci de comparable à un repas gargantuesque que deux gros livres copieux et goûtus s'enchaînent mieux si un trou normand fait digérer le premier tout en préparant au second. Dans cette catégorie d'ouvrages intercalaires qui désinfectent le palais et rincent la tête, L'amour est une maladie ordinaire ne mange pas de pain mais remplit son rôle.

Contrairement à ce que cette introduction pourrait laisser penser, il n'est pas question de nourriture dans ce livre mais bel et bien d'amour. François Szabowski nous en offre là une conception toute personnelle à travers les mésaventures d'un personnage tordu et obsessionnel qui, pour mieux survivre dans le souvenir de ses maîtresses, met régulièrement en scène sa mort. Mais disparaître aux yeux des gens qui l'aiment finit par avoir des conséquences insoupçonnées et il voit rapidement sa vie prendre une tournure plus complexe qu'il ne l'imaginait.

Derrière son packaging original et son bandeau accrocheur se dissimule une comédie facile et ludique, aussi vite avalée que digérée. La trame est sympathique, l'humour fonctionne plutôt bien, il y a quelques bonnes idées et la chute a le mérite d'être inattendue, certes. Mais c'est finalement un livre très moyen, totalement anecdotique, que seuls les caractères secondaires sauvent - plus ou moins. Ainsi, le faire-valoir du personnage principal m'a-t-il semblé plus intéressant que ce dernier, tout comme certaines intrigues secondaires qui auraient mérité plus de place dans la trame. Mais aucun de ces éléments n'est suffisamment exploité ou développé. Pour résumer, alors qu'il y avait là, en principe, tous les ingrédients indispensables à une comédie efficace, cinglante et à l'humour subversif, ce n'est qu'un petit livre léger et inoffensif.

Je referme ce roman - et cet article culinaire -  toujours sur ma faim. A défaut d'un trou normand, je vais me faire un kebab. Salade, tomate, oignon.

dimanche 10 septembre 2017

Maurice Garçon - Journal (1939-1945)

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Maurice Garçon 

Journal (1939-1945) 

Ed. Perrin 


Maurice Garçon est un fameux avocat de la première moitié du vingtième siècle, un personnage imposant, à la haute stature, la proverbiale éloquence et la rigoureuse coiffure. Académicien et passionné de Lettres, à la limite de la graphomanie, il a laissé derrière lui un journal conséquent, dense et captivant. Des milliers de pages relatant son quotidien, revenant sur ses affaires et plaidoiries, ses impressions et sentiments, des réflexions sur son époque et ses contemporains. Toute une vie retranscrite sur papier, au jour le jour. L'édition qui nous intéresse aujourd'hui reprend les années de guerre et présente dans une version expurgée (de plus de mille pages tout de même) les passages les plus emblématiques de sa vie durant cette période trouble.

Je m'étais lancé dans la lecture de cette somme pour en savoir plus sur Georges Arnaud et le déroulement du procès évoqué dans La serpe de Philippe Jaenada. Mais, n'en parle-t-il pas ou les passages ont-ils été expurgés, on n'en apprend pour ainsi dire rien du tout. C'est probablement mon seul regret et il est très relatif.

Dans cet ouvrage, il est donc principalement question de la guerre. L'auteur noircit des pages et constate l'évolution d'un conflit qu'il vit de l'intérieur. Il critique les décisions du gouvernement et s'indigne de bon nombre d'entre elles, il analyse la politique, la cohabitation avec l'occupant et ses conséquences, s'intéresse à l'opinion publique et à la perception que celle-ci a de celle-là. On assiste, avec les mois qui passent, à son revirement total d'opinion au sujet de Pétain. Surtout, comme il connaît tout le monde, il fréquente les personnalités les plus marquantes et les intellectuels les plus influents de son époque. Il émet des appréciations sur de nombreux sujets, a souvent un avis tranché et très personnel sur son entourage et ne se prive jamais d'un portrait bien senti des gens qu'il croise, souvent imagé, élogieux ou lapidaire, selon les cas.

Mais, si le Journal de Maurice Garçon est un stupéfiant travail d'archives, de sondage et de compréhension d'une époque, ce n'est pas qu'un simple témoignage, aussi précieux soit-il. C'est également une œuvre littéraire à part entière, un texte passionnant qui brille par la pertinence de ses propos, la clarté de ses paroles et la finesse de sa plume.

jeudi 7 septembre 2017

Victor Pouchet - Pourquoi les oiseaux meurent

Victor Pouchet  Pourquoi les oiseaux meurent  Ed. Finitude 

Victor Pouchet 

Pourquoi les oiseaux meurent 

Ed. Finitude 


Figurez-vous que même les oiseaux meurent. Parfois collectivement. Il arrive qu'on en retrouve des brouettes pleines dans les champs. Alors en apprenant qu'il a plu des oiseaux morts dans son village natal, en Haute-Normandie, le jeune Victor Pouchet décide de quitter Paris et de se rendre sur place pour en savoir un peu plus sur le phénomène. Et comme on n'observe jamais aussi bien la nature - et les oiseaux - qu'au ralenti sur la Seine, c'est en bateau qu'il la descendra. L'occasion de prendre son temps, de fuir son quotidien, de concevoir des théories, de faire des rencontres, des découvertes et de partager ses lubies.

Dans ce premier roman, l'auteur et personnage se lance dans un drôle de voyage. Il n'y aura ni tempête, ni pirates, ni mutinerie, son bateau est "un car de retraités sur l'eau". Présenté comme ça, le périple peut ne pas s'annoncer très palpitant, certes, mais il a le mérite d'être loufoque et totalement inattendu. N'y connaissant rien en oiseaux, vivants ou morts, notre apprenti enquêteur et ornithologue en herbe se jette dans toutes les directions et, par principe, n'écarte aucune possibilité. Vous pouvez donc vous attendre à des échafaudages alambiqués de spéculations, à des histoires abracadabrantesques de pigeons-pilotes ou encore de génération et de mort spontanées. Rajoutez à cela une intrigue amoureuse et un questionnement familial, un heureux hasard au musée d'histoire naturelle de Rouen, une bonne dose d'insolite et emballez le tout d'une jolie plume, drôle et enlevée.

Sans surprise, Victor Pouchet en apprendra finalement beaucoup plus sur lui que sur les oiseaux. Et vous propose à tire d'aile un agréable moment de littérature.

Isabelle Monnin - Mistral perdu ou les événements

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Isabelle Monnin 

Mistral perdu ou les événements 

Ed. JC Lattès 


Isabelle Monnin raconte ici sa vie et les évènements tragiques qui l'ont ponctuée. Alors elle retrace le cours de son existence, jette en vrac les souvenirs propres à ses différents âges, dresse le portrait d'une époque, d'une enfance dans les années soixante-dix et d'une adolescence dans les années quatre-vingt. Avant d'arriver au drame. Aux drames.

Mistral perdu est le récit d'une enfant puis d'une femme sensible qui a grandi dans une famille heureuse et politisée en écoutant Renaud. C'est une catharsis basée sur du ressenti et des souvenirs pesants, parsemée de passages très justes, de quelques remarques pertinentes et de détails qui ne peuvent certainement pas laisser indifférents. J'imagine que le sujet peut toucher et faire vibrer la corde nostalgique de certains mais le récit est monotone et cruellement peu rythmé. J'ai l'impression que la voix est bien trop monocorde pour être touchante et le livre trop uniformément grave, voire pathos, pour trouver écho. Je comprends l'état d'esprit de l'auteur - pour preuve, je m'abstiens des quelques bons mots et des métaphores glaçantes que j'avais en tête - mais la douleur de ses sentiments pourrait bien avoir pris le pas sur les impératifs stylistiques à mon sens indissociables de la prose. L'auteur égraine des souvenirs, enfile des perles à la manière d'un inventaire mais tout cela manque clairement de corps. C'est sûr, son histoire est cinglante et tout le monde aurait besoin de s'épancher après avoir été touché de la sorte par un destin aussi tragique. Mais... voyons... disons, en quelques mots, que  le livre est formellement assez faible et qu'un peu de liant n'aurait pas fait de mal à ce concentré de solennité. 

En revanche, il y a un degré de gravité absent à ce livre mais qui y aurait eu toute sa place, c'est le deuxième accent du mot "événement" qui aurait pu ne pas être aigu. Mais ça, c'est la touche de subtilité qui ne parlerait probablement qu'au psychopathe qui vit en moi.

dimanche 3 septembre 2017

Roger Zelazny - 24 vues du Mont Fuji. par Hokusai

Roger Zelazny  24 vues du Mont Fuji. par Hokusai  Ed. Le Bélial' 

Roger Zelazny 

24 vues du Mont Fuji. par Hokusai 

Ed. Le Bélial' 


S'inspirant librement de 24 estampes d'Hokusai, Roger Zelazny promène son personnage autour du Mont Fuji et dresse en autant de chapitres un somptueux tableau. Le pèlerinage relaté dans ce court roman ramène Mari sur les traces de son passé, dans une réflexion sur le deuil et la résilience, pour une prise de recul nécessaire suite au décès de son époux. Mais si celui-ci est toujours présent dans son esprit et dans son coeur, il  pourrait bien être plus proche encore qu'elle ne le pense.

Chaque chapitre s'ouvre sur une description du Mont Fuji tel que le maître de l'estampe japonaise l'a représenté dans l'une de ses vues. Puis, par petites touches, l'auteur des Princes d'Ambre personnalise l'ensemble et rajoute des détails à ce qui ressemble rapidement au décor d'une intrigante quête personnelle et amoureuse. L'ambiance est parfaite et Roger Zelazny plonge le lecteur dans un environnement poétique, hautement bucolique. Mais, il faut être honnête, l'histoire de Mari, à mi-chemin entre la fable technologique et l'idylle ésotérique, n'est pas totalement convaincante. Son parcours trouble ne tient pas complètement la route et certaines scènes de communion d'un monde à l'autre tombent comme un cheveu sur la soupe miso. Malgré cela, l'ensemble fonctionne, notamment grâce à l'omniprésence de la montagne, à la beauté que l'auteur lui prête et à la large palette de celui-ci.

On peut voir en ce livre - qui a tout de l'exercice d'écriture à contrainte - un bel hommage au Vieux Fou de dessin et, plus qu'un énorme moment de science-fiction, le joli morceau d'une littérature sensible.

lundi 28 août 2017

Rafael Pinedo - Plop

Rafael Pinedo  Plop  Ed. L'Arbre Vengeur 

Rafael Pinedo 

Plop  

Ed. L'Arbre Vengeur 


J'ai passé peu de temps à lire ce livre, beaucoup plus à y réfléchir. Très court, vite lu, je l'ai refermé le sourcil froncé, totalement perplexe, convaincu d'être passé à côté d'un incroyable roman, d'un Quinzinzinzili argentin. Après réflexion, je crois que j'ai plutôt consacré deux heures à une supercherie grotesque.

Je m'explique.

Ce livre met en scène un personnage, Plop, et la tribu dans laquelle il évolue. En une série de courts chapitres thématiques, sur fond de décor post-apocalyptique dégénéré, on le suit depuis sa naissance jusqu'à sa chute annoncée. Les différents épisodes, qui le confrontent à des rituels, à ses semblables, au quotidien et à l'exceptionnel, sont régulièrement fondés sur de bonnes idées, souvent prometteuses. Mais elles sont peu exploitées, uniquement survolées et éventuellement laissées à la libre imagination et interprétation du lecteur. De même, les personnages ne sont jamais creusés et on n'en verra, dans le meilleur des cas, que la surface. Au final, les portraits, le sien et celui de sa société décadente irrécupérable, ont peu de relief. On peut même dire que, dans l'ensemble, ce roman ne brille définitivement pas par ses nuances.

Le fil conducteur du récit, plus que dans l'évolution de Plop ou de son univers, réside dans un registre récurrent d'ultra-violence et de sexualité aussi crue qu'exacerbée. L'une et l'autre m'ont régulièrement semblé gratuites.

Comme je le disais, j'ai d'abord eu le sentiment d'être passé à côté de Plop, mais finalement... Le titre fait référence au bruit que fait le personnage en tombant dans la boue. Vraiment ? J'ai une autre interprétation, toute personnelle, le son d'un bon gros pétard mouillé.

jeudi 24 août 2017

Erwan Larher - Le livre que je ne voulais pas écrire

Erwan Larher Le livre que je ne voulais pas écrire QuidamErwan Larher 

Le livre que je ne voulais pas écrire 

Ed. Quidam 


Elle m'a tendu ce livre en me disant il faut que tu le lises alors j'ai jeté un œil distant sur la couverture et blasé j'ai répondu en substance que le massacre du Bataclan c'était dramatique et tragique mais que ce n'était pas pour autant que je voulais lire les témoignages de tous les survivants donc elle a insisté un peu elle m'en a fait l'article comme quoi c'est plus qu'un témoignage c'est un objet littéraire que le gars raconte son expérience mais pas que et qu'en plus c'est un livre sensible et très fort à la fois grave et plein d'autodérision écrit d'une plume fluide précise touchante sous forme d'un roman choral et qu'il arrive à mettre des mots sur des sentiments et des émotions et des choses indicibles et que c'est pour toutes ces raisons que le livre n'est pas qu'un récit que c'est bien plus que ça alors elle a bien vu que je commençais à me dérider et qu'elle avait capté mon attention donc elle en a rajouté une couche au cas où ses arguments n'auraient pas suffi alors elle m'a dit qu'en plus le livre est publié chez Quidam que j'adore et qu'elle avait encore le cœur tout serré en repensant à ce qu'elle venait de lire alors qu'en plus elle a rigolé parfois froncé les sourcils et grincé des dents et qu'elle avait envie de rencontrer l'auteur pour lui dire qu'elle l'aime et comme elle l'a trouvé sympa et drôle et expressif et poignant et qu'il avait une telle puissance d'évocation et un traitement si original et qu'il avait fait de sa blessure une force et qu'elle voudrait le serrer dans ses bras maintenant et elle s'est aussi dit que la vie est vraiment une chienne et qu'elle est pourtant belle et que l'humanité est pourrie mais qu'il faut continuer à y croire et qu'il faut se battre et qu'on a de la chance et elle a continué à me parler mais elle n'avait plus vraiment besoin d'en rajouter parce qu'elle m'avait donné envie et elle a ensuite rajouté je t'en dis pas plus parce que je voudrais pas t'en dire trop sinon il n'y aura plus de surprise alors tiens prends-le et lis-le dès que tu seras chez toi et on s'est séparés là-dessus je lui ai dis je te tiens au courant à bientôt puis je suis rentré chez moi j'ai ouvert le livre et je ne l'ai refermé que quelques heures plus tard à la dernière page.

Elle avait raison sur toute la ligne.

Michal Ajvaz - L'âge d'or

michal ajvaz age or miroboleMichal Ajvaz

L'âge d'or

Ed. Mirobole


De retour d'un séjour sur une île perdue en Atlantique, le narrateur de ce roman te raconte, cher lecteur, les trois années qu'il y a passées. Enfilant tour à tour les costumes d'explorateur, de sociologue, d'ethnologue ou d'observateur naïf, il décrit par le menu les us et coutumes d'une société qui pourra te sembler étrange tant son mode de vie et son fonctionnement sont éloignés du tien. Tout est différent, on n'y porte aucun nom défini, le quotidien obéit à des règles difficiles à comprendre, les priorités ne sont pas les tiennes et l'insularité est poussée à l'extrême. Surtout, cher lecteur, la notion d'Art y est unique. L'île ne compte qu'une œuvre, une seule, un livre aux caractéristiques multiples. Il circule depuis toujours entre les habitants qui le lisent, le modifient et le font vivre. Perpétuellement inachevée et en constante évolution, la lecture est donc inédite à chaque fois, chacun y rajoute sa touche, ôte ou altère tout ou partie de celle du précédent lecteur / contributeur puis voit s'éloigner l’œuvre qu'il ne retrouvera jamais exactement comme il l'a laissée.

La description de cette île est le travail cohérent et minutieux d'un perfectionniste qui dresse là un portrait scrupuleux et passionnant. Il se penche sur son organisation, ses traditions, son administration, sa population, son architecture, a pensé à tout et dans tous les détails. Il s'adresse à toi, cher lecteur, s'offre le droit de t'interpeler et de te tutoyer. Mais, considérant sans doute qu'une étude de l'île et de ses habitants ne pouvait suffire à ce projet, il a agrémenté son récit d'histoires dans l'histoire. Et c'est là, je pense, son erreur. L'auteur se disperse inutilement en anecdotes parallèles qui diluent le livre plus qu'elles ne l'agrémentent. Ainsi on suit des courses poursuites sur les toits parisiens, des amourettes du passé et d'autres épisodes que j'ai régulièrement été tenté de sauter pour revenir au sujet principal.

Les heures passées sur cette île en compagnie de ce guide espiègle, cher lecteur, sont indéniablement stimulantes. Elles font voyager, proposent une mise en perspective qui fait relativiser notre mode de vie mais je ne suis pas sûr pour autant d'aller y passer mes vacances...

André Lafon - L'élève Gilles

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André Lafon 

L'élève Gilles 

Ed. L'éveilleur 


Le roman d'apprentissage est un filon très fourni qui a son lot de classiques incontournables. Si je ne devais en citer que quelques uns, je pense que celui-ci en ferait partie. J'ignorais pourtant jusqu'à son existence il y a encore une semaine.

On trouve dans ce livre tous les éléments propres au registre en question. Ainsi, les yeux grands ouverts sur le monde, en quelques mois à la campagne puis en pension, le jeune homme dont le livre porte le nom découvre la nature, l'amour, l'amitié, la mort. Les grands évènements de l'existence, en somme. C'est un roman contemplatif, un ouvrage de solitude et de silence, de recueillement et d'émerveillement devant la nature. Son auteur, mort dans la fleur de l'âge durant la première guerre mondiale, manie une langue magnifique, très XIXème, et la met au service d'une littérature sensible, classique, d'une profonde poésie et d'une remarquable sobriété.

André Lafon est méconnu, son roman également, ce qui pourrait en faire un livre d'initiés. Mais les (excellentes) éditions L'éveilleur en ont décidé autrement avec cet audacieux projet de multiplier le nombre des heureux élus. J'en fais partie !