lundi 14 janvier 2019

Franck Bouysse - Grossir le ciel


franck bouysse grossir le ciel manufacture de livres

Franck Bouysse 

Grossir le ciel 

Ed. La manufacture de livres 


Le roman de Franck Bouysse s'ouvre sur un registre de bucolisme noir. Le personnage principal, Gus, est un paysan solitaire, bourru et taiseux, qui vit avec son chien dans une ferme isolée des Cévennes. À quelques centaines de mètres de là vit un autre paysan, Abel, même profil. Dès les premières pages, la description du personnage est si parlante et Franck Bouysse le présente avec tant de justesse et de précision qu’on a l’impression de le connaître depuis toujours. On vit avec lui, on partage son quotidien, ses soucis et sa mélancolie.

La suite enfoncent le clou et plonge le lecteur en pleine littérature du désespoir. Gus a le verbe rare. Et quand d’aventure un banquier ou un évangéliste toque à sa porte, la repartie se fait cinglante, incisive. Franck Bouysse révèle alors ses talents de dialoguiste. Il ne met pas de gants et frappe juste. Pas de place pour les mondanités, on dit ce qu’on pense, sans détour et on minimalise les relations humaines. Gus n'a que faire des autres, il n’a réellement d’affection que pour son chien, Mars, et il préfère être seul avec ses souvenirs. Car Gus porte un lourd passé qui nous est égrené au cours du récit. Les flashbacks sordides se succèdent. Et un beau jour, le comportement du voisin change. Il commence à se passer des choses étranges, une atmosphère très intrigante se met en place et la tension monte d’un cran, palpable. Les pages se tournent toutes seules.

Franck Bouysse a su insuffler de la poésie dans un environnement rigoureux à l'extrême, sa narration est d'une grande fluidité, son personnage a de la profondeur et il communique des sentiments forts. C'est un styliste, tout en finesse et en nuances… jusqu'à quelques pages de la fin. Car au moment où on se dit qu'on veut savoir… on réalise qu'on aurait préféré… ne pas savoir… ne pas assister à… ça. Une chute en forme de tarte à la crème. Un truc énorme. Mais énorme !

J'aurais dû m'arrêter avant la fin, tiens. J'aurais probablement été un peu frustré de ne pas avoir le fin mot de l'histoire mais je serais au moins resté sur les qualités du roman. Plutôt que de finir par cette scène lamentable qui tombe à ce point comme un cheveu sur le chabrot.

samedi 12 janvier 2019

Fanny Wallendorf - L'appel


fanny wallendorf appel finitude

Fanny Wallendorf 

L'appel 

Ed. Finitude 


Je n'y ai pas vraiment fait attention sur le coup et je ne vais pas le relire pour vérifier mais je suis presque sûr que le nom de Dick Fosbury n'apparait jamais dans les pages de ce livre. Et pour cause, s'il s'inspire librement de la vie de l'athlète, L'appel est une fiction et non pas une biographie. La courte introduction confirme d'ailleurs que si les faits sportifs sont là, le reste est de la broderie.

Pas de Dick Fosbury, donc, mais le jeune Richard, son alter égo romanesque promis à révolutionner sa discipline. On le suit dans son quotidien - l’Amérique middle class des années soixante sur laquelle plane l’ombre de la guerre du Vietnam - de l'école à la vie de famille en passant par les relations amoureuses ou amicales. Et les entraînements. Car le sport est très présent - les scènes sportives sont d'ailleurs particulièrement bien rendues et Fanny Wallendorf parvient même à créer une certaine forme de suspens lors des compétitions. Pourtant, à bien y réfléchir, le saut en hauteur n'est pas réellement le sujet du livre, L'appel n'est pas un ouvrage sportif mais un roman d'apprentissage sur le dépassement de soi et l'accomplissement personnel, sur la différence et le regard des autres. L'athlétisme est une allégorie et la technique dorsale l'illustration de cette différence.

C'est un premier roman réussi, sobre et sans fioriture. Son personnage un peu gauche est très attachant et son destin semble d’autant plus incroyable qu’il est authentique. C'est un plaisir de le voir évoluer, persister, s'assumer et s'affirmer, seul contre tous, jusqu'à cette fameuse finale des jeux olympiques de México en 1968.

jeudi 10 janvier 2019

Pierre Bayard - La vérité sur "Dix petits nègres"


Pierre Bayard  La vérité sur "Dix petits nègres"  Minuit

Pierre Bayard 

La vérité sur "Dix petits nègres" 

Ed. Minuit 


Après s'être frotté à Arthur Conan Doyle, William Shakespeare et Agatha Christie, Pierre Bayard récidive et se mesure de nouveau à "la Reine du crime". Estimant que Le meurtre de Roger Ackroyd n'est pas son unique roman à multiplier les invraisemblances, il nous invite, pour le quatrième volume de son cycle sur les "critiques policières", à revenir sur l'Île du Nègre, théâtre de la fameuse tragédie macabre.

Il donne alors la parole au/à la véritable meurtrier/ère qui livre sa confidence et rétablit la vérité sur cette grossière erreur judiciaire. Armé d'un bon sens stupéfiant, de ses connaissances en psychanalyse et de sa solide culture littéraire et philosophique, l'auteur nous démontre une fois de plus que même les plus grands peuvent se tromper. Et, sous la forme d'un polar machiavélique, il introduit des théories dans divers domaines des sciences humaines et propose des pistes de réflexion sur la littérature.

Cet essai, découpé en quatre parties (Enquête, contre-enquête, aveuglement, et désaveuglement - plus, bien entendu, un prologue et un épilogue), s'appuie principalement sur le phénomène de l'attention sélective et sur les nombreuses formes d'illusions d'optique. Il fait mettre le doigt sur des détails qu'on voit d'autant moins qu'ils crèvent les yeux. Comme souvent, il multiplie les références, en particulier à John Dickson Carr, à la mémoire duquel l'ouvrage est dédié, et la démonstration est aussi ludique et captivante que le projet est ambitieux.

Et Pierre Bayard, l'impertinent, le provocateur, réussit une fois de plus son pari. Si la solution proposée par Agatha Christie tenait la route mais semblait assez invraisemblable, cette version alternative est indéniablement plus cohérente. Un essai brillant qui propose de nouvelles perspectives, bouscule les certitudes les mieux ancrées et qui, au passage, (re)met Agathe Christie en boîte.

jeudi 3 janvier 2019

Nicolas Chemla - Monsieur Amérique

Nicolas Chemla Monsieur America Séguier

Nicolas Chemla

Monsieur Amérique

Ed. Séguier


Il est beaucoup trop tard, vous devriez être au lit. Mais vous êtes un peu défoncé, dans un état second, ou peut-être juste trop fatigué pour dormir et vous comatez devant la télé. Et au hasard d'un tour de zapette, vous tombez sur un quelconque reportage improbable. Vous regardez le début et soudain vous réalisez que vous venez de bloquer quatre-vingt-dix minutes devant un documentaire sur le culturisme.

Ça vous est déjà arrivé, n'est-ce pas ?

C’est ce qui vient de se produire avec cette lecture. J'ai ouvert ce livre un soir un peu tard, épuisé mais intrigué par sa photo de couverture. Un type en slip, musclé comme c'est pas permis, épaisses moustaches et bannière étoilée. Ce type porte un nom : Mike Mentzer. Je découvre alors l'existence de ce bodybuilder professionnel, Mr. America 1976, et quelques jours plus tard, je réalise que je viens de lire sa biographie complète, six-cent pages sur l'histoire du culturisme.

Monsieur Amérique est un ouvrage factuel, journalistique bien que peu impartial, qui communique volontiers un enthousiasme mais manque de recul et de nuances dans ses personnages. Radicalement acquis à la cause de Mike Mentzer, il dresse le portrait d'un athlète atypique, homme controversé, philosophe amateur et théoricien de l'entraînement sportif. Mais surtout rival malheureux d'Arnold Schwarzenegger. Le "Chêne autrichien" incarne parfaitement le rôle du grand méchant dans cette description manichéenne des relations entre compétiteurs. Un peu benêt, doué mais surtout arriviste et prêt à tout pour gagner, il n'aura de cesse de s'acharner sur le pauvre Mike, son éternel challenger, trop bon et trop honnête pour s'abaisser aux méthodes discutables qui mènent à la victoire. Ainsi, pour être resté droit dans ses bottes plutôt que de s’y plier, il termine tragiquement au fond du gouffre après avoir représenté durant une dizaine d'années la perfection dans son domaine et effleuré le sommet de son art.

Cette immersion dans l'univers fascinant du culturisme nous fait vivre l'époque bénie des malabars hypertrophiés, dégoulinants de stéroïdes et de testostérone, luisants de produits bronzants. Mais ce roman de l'adoration du corps, récit d’un destin dramatique et portrait du rêve américain est surtout l'occasion pour l'auteur de partager ce qui semble être une passion.

À ce sujet, monsieur Chemla, chapeau ! Vous avez réussi à me faire lire six-cent pages d'une biographie de bodybuilder.

Éric Chevillard - L'explosion de la tortue

eric chevillard explosion de la tortue minuit

Éric Chevillard 

L'explosion de la tortue

Ed. Minuit 


Amis des animaux et petits cœurs sensibles, prenez garde, la scène d'ouverture de ce roman vous fait assister à la mort d'une tortue domestique – on est loin de la boucherie, la scène est soutenable. Mais qu'est-ce que la vie d'un reptile à carapace si ce n'est le prix à payer pour le cheminement intellectuel d'un garçon toujours aussi surprenant ?

La mort d'une tortue, donc, et voilà le narrateur lancé dans de jouissives extrapolations sur le sens de la vie, l'amour, le travail d'écriture, la propriété intellectuelle ou encore la porosité des bouchons de baignoires. Car, en effet, en quoi peut-on encore croire si les bouchons eux-mêmes ne bouchent plus ? En quoi ? Et dans sa tentative de réponse, vous l'aurez compris, Éric Chevillard, en grande forme, nous fait partager ses délires les plus décomplexés.

Formellement proche de son fameux Autofictif, L'explosion de la tortue est un roman fragmentaire corrosif. C'est une leçon de choses pleine de détachement et un exercice d'écriture aux multiples niveaux de lecture, loufoque, souvent drôle et d'autant plus brillant qu'il donne toujours cette feinte impression de légèreté et de facilité.

mercredi 2 janvier 2019

Camille Leboulanger - Malboire

Camille Leboulanger  Malboire L'Atalante

Camille Leboulanger 

Malboire 

Ed. L'Atalante 


On dit que c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes. Mais y fait-on les plus originales ? Pas sûr. En matière de pots, ici on est dans le vieux. La recette est ancestrale et j'ai rapidement eu l'impression qu’elle m’avait déjà été servie cent fois. Et pourtant, malgré le manque flagrant d’originalité, ça fonctionne, la soupe est bonne.

Alors de quoi retourne-t-il ? La Grande Première a eu raison de ceux du Vieux Temps. Il ne reste maintenant qu'une terre globalement dévastée. L'eau est impropre à la consommation, polluée aux engrais et aux produits chimiques, et les petits groupes de survivants sont dispersés, agrippés à des croyances absurdes ou à des cultes obscures. Tous ne peuvent plus que compter sur la pluie et vivent dans l'attente d'une averse. Tous ? Non. Car Arsen, un vieil original solitaire, assisté de Zizare et Mivoix, deux jeunes qu'il a pris sous son aile, a confectionné une foreuse qui leur procure l'eau qui dort sous la Malboire. Ils vivent ainsi jusqu'au jour où ces deux derniers décident de partir tenter leur chance, trouver ce barrage mythique qui retiendrait une immense réserve d'eau…

Quand je vous disais que tous les ingrédients classiques y étaient : le cataclysme annoncé, le vieux savant un peu fou, la prophétie, le voyage initiatique, la fable morale avec le message environnemental… Tout y passe, à croire que Camille Leboulanger a scrupuleusement suivi la charte du roman post-apocalyptique écolo.

À défaut d'être très inventif, le scénario est bien ficelé, les personnages tiennent la route et la langue, propre, fait dans la sobriété. Surtout, le roman offre régulièrement des paysages marquants et des images très visuelles, notamment celle des silhouettes de ces gigantesques machines agricoles. Pour le reste, donc, on est dans un roman de bonne facture mais sans aucune surprise. Au moins, dites-vous qu'il n'y en a pas de mauvaise…

lundi 17 décembre 2018

Robert Montgomery Bird - Sheppard Lee

Robert Montgomery Bird  Sheppard Lee, écrit par lui-même Aux Forges de Vulcain

Robert Montgomery Bird 

Sheppard Lee 

Ed. Aux Forges de Vulcain 


Inutile d'être un chat pour avoir plusieurs vies.

Sheppard Lee, un simple péquenot de Pennsylvanie, se découvre un beau jour le pouvoir de métempsychose, la capacité de migrer d'un corps à l'autre. Un simple souhait et voilà qu'il quitte celui qu'il incarne pour celui fraîchement trépassé d'un autre. Les années passent et le jeune homme multiplie les existences et les expériences, mais également les déconvenues. En effet, entre son éternelle insatisfaction, ses mauvais choix et son incapacité à utiliser intelligemment son pouvoir, il tombe de Charybde en Scylla, jusqu'à la morale de cette délicieuse fable picaresque.

Roman fantastique ? vous demanderez-vous. Pas exactement. Il semble rapidement évident que l'intérêt principal du livre ne réside pas dans son caractère fabuleux. Certes le don que possède ce Sheppard Lee est extraordinaire mais il n'est au final qu'un prétexte pour un projet bien plus vaste et ambitieux. D'ailleurs, l'auteur n'abuse pas du procédé, il ne répète pas à outrance les réincarnations et, de fait, ne tombe jamais dans le piège du scénario systématique. Au contraire, il prend le temps de creuser le personnage, d'étudier chaque nouveau profil, le milieu dans lequel il évolue et les conditions auxquelles il est confronté. Il va ainsi s'intéresser à différentes problématiques, de la vie de couple aux problèmes d'argent en passant par des phénomènes de société, l'esclavage ou encore la politique.

Car c'est bien ça le vrai sujet de ce récit d'aventures teinté de merveilleux : Robert Montgomery Bird s'est ni plus ni moins fixé comme objectif de dresser le portrait satirique de la société contemporaine, l'Amérique du début du dix-neuvième siècle. Et Sheppard Lee en interprète tous les rôles principaux. Multipliant donc les points de vue, ce conte philosophique, magnifiquement écrit, grinçant à souhait, est une immense comédie humaine.

mercredi 12 décembre 2018

Pierre Bayard - Et si les oeuvres changeaient d'auteur ?

Pierre Bayard Et si les oeuvres changeaient d'auteur Minuit

Pierre Bayard 

Et si les oeuvres changeaient d'auteur ? 

Ed. Minuit 


Dix ans après Comment améliorer les oeuvres ratées ? Pierre Bayard se lance dans une nouvelle critique d'amélioration. Cet opus, qui s'inscrit dans le prolongement naturel du précédent, y apporte un complément nécessaire. Comme l’indique son titre, il propose, en leur attribuant de nouveaux auteurs, de modifier le regard que nous portons sur certains textes. Et en effet, la réputation des premiers impactant fortement l’image que l’on se fait des  seconds, se prêter à cet exercice offre une multitude de possibilités et apporte un regard neuf sur la littérature comparée.

Ainsi, il revient sur les révélations Gary/Ajar et Vian/Sullivan, s’amuse à confondre D.H et T.E Lawrence ou encore intervertit Molière et Corneille. Mais son exemple le plus frappant concerne L’Étranger : Signée Kafka, l'oeuvre demeurerait identique mais prendrait une perspective singulière. Il faut alors resituer Meurseault immergé dans l'univers paranoïaque et cauchemardesque du romancier tchèque et son cas jugé à la lumière de l’absurdité administrative. La démonstration développée dans cet ouvrage est particulièrement convaincante, en plus d'être originale, ludique et pleine d'humour.

Puis, après avoir revisité quelques classiques, soulevé certains mensonges biographiques et procédé à plusieurs interversions, Pierre Bayard invite le lecteur à ne pas s'arrêter sur les filiations définitives et à étendre ce principe à tous les domaines. Peinture, cinéma, musique, toutes les oeuvres peuvent changer d'auteur. Ce sont alors autant de nouvelles voies ouvertes qui dynamisent les oeuvres, en rénovent la lecture et permettent de les découvrir sous un angle inédit.

lundi 10 décembre 2018

Yumeno Kyûsaku - Dogra Magra

Yumeno Kyûsaku Dogra Magra picquier
Yumeno Kyûsaku 

Dogra Magra 

Ed. Picquier 


J’ai lu les cent premières pages de Dogra Magra avec le sourire du bienheureux.

D'entrée de jeu, ce classique de la littérature japonaise, daté de 1935, s’annonce comme un grand moment de lecture dérangeante, un morceau de solide folie, une intrigue déroutante, aussi stimulante que complexe. Le roman s'ouvre sur le réveil du personnage, brumeux, ignorant qui il est, où il se trouve et encore plus pourquoi il est enfermé dans cette pièce close. Il est rapidement confronté à un docteur qui lui apprend qu'il est entre les murs d'un hôpital psychiatrique, impliqué dans une histoire d'homicides. Mais qu'il se rassure, tout est mis en oeuvre pour que lui revienne la mémoire. Il est d'ailleurs le sujet d'une expérience psychiatrique hors du commun, un protocole peu orthodoxe mais révolutionnaire.

Les deux cent pages suivantes font froncer les sourcils. Le docteur part en spéculations médicales et se perd dans une spirale d'obscures théories cliniques. Le lecteur voit s'enchaîner les tentatives d'explications abracadabrantes et le livre perd toute teneur romanesque. Là, il faut s'accrocher.

Encore deux cent pages au forceps, perdu dans les méandres d’une imagination extravagante, égaré dans l'inconscient d'un personnage dérangé. La lecture devient vraiment laborieuse. Il est difficile de faire la part des choses. Beaucoup de questions, peu de réponses. Qui est fou ? Qui est la victime ? Quelles sont les raisons de tout cela ?

Les trois cent dernières pages conserveront leur mystère. J’ai finalement abandonné à la page cinq cent. À trop vouloir perdre le lecteur, l’auteur de ce roman labyrinthique a atteint son objectif, il m’a perdu.

lundi 3 décembre 2018

Alasdair Gray - Lanark

Alasdair Gray  Lanark Métailié

Alasdair Gray 

Lanark 

Ed. Métailié 


Avec son premier roman, fruit de trente ans de travail, Alasdair Gray frappe fort. Très fort. Trop fort ? C'est un livre compliqué, aussi difficile à cerner qu'il est impossible à résumer. Je ne vais donc pas m'y risquer. Disons juste qu'il est composé d'un prologue, de quatre livres et d’un épilogue - pas nécessairement dans cet ordre - et qu'il nous invite à suivre la (les ?) vie(s) de Lanark, peintre à Glasgow, thérapeute de dragons à ses heures perdues, amnésique et suicidaire. Je crois.

À la croisée des genres, roman fantastique, intrigue amoureuse, réflexion sur la folie, quête identitaire et récit d'apprentissage, ce livre totalement abscons et résolument expérimental est avant tout un parfait exemple de littérature du désespoir. C’est un livre qui dresse le portrait d'une vie totalement fucked-up, comme diraient les concitoyens de l'auteur. Il ne se contente pas de vous plomber ou de vous filer le bourdon mais, radical dans son ton, il véhicule une détestation copieuse de l’humanité. Autant dire que par cet aspect il a su me parler. Mais pour le reste, je dois bien avouer ne pas avoir tout compris. Y a-t-il seulement quelque chose à comprendre ? Je n'en jurerais pas. L'histoire est décousue, les personnages sont troubles et le résultat général est très dispersé. Alasdair Gray a sans doute voulu mettre trop de choses dans un même livre et me donne l'impression d'avoir été dépassé par son ambition.

Certes, les illustrations de l'auteur sont très élégantes et l'épilogue, qui en toute logique arrive quatre chapitres avant la fin, d'une grande richesse, est tout simplement génial. Durant quelques pages, il révèle les subtilisations littéraires, avoue les plagiats (en bloc, enchâssé ou diffus) et multiplie les références. Puis le temps d'un dialogue avec Lanark, le démiurge entre dans les pages de sa création et négocie son destin. Alors le roman se termine sur une apothéose. Pour autant, je le referme assez dérouté, perplexe.