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jeudi 16 septembre 2021

Franz Bartelt - Of course

Franz Bartelt 

Of course 

L’Arbre Vengeur 

 
"Le temps c’est de l'argent, sauf à un moment donné." 
 
Le temps. 

* Regarde l'heure - 21h04 *
 
franz bartelt of course arbre vengeur
Le temps, parlons-en. On le dit absolu, on le pense relatif et j’essaie de gérer le mien de manière pragmatique. Comment vous expliquer ça... tiens, quand je cuisine, par exemple : je mange vite, sans enthousiasme, par nécessité, et j’ai souvent l’impression de perdre mon temps quand je fais ma tambouille. Donc je tache de ne pas consacrer plus de temps à préparer mon repas que je n’en mets pour l’avaler. Pour ce blog, c’est un peu la même chose, si ce n’est que toutes les étapes me procurent du plaisir. Disons que si je lis vite et écris vite, j’évite de passer des plombes sur un article si je n’ai même pas mis une heure pour lire le livre dont il est question. En l’occurrence, ce court roman de Franz Bartelt. 

Lu en un aller-retour en métro entre ici et là-bas, je me donne une demi-heure pour pondre ce billet. Un peu comme un exercice d'écriture à contrainte. Et comme en plus ce roman brille par son économie de moyens et une impression générale de facilité ou de nonchalance, j'ai le sentiment de respecter une certaine forme de cohérence. Une impression de nonchalance, disais-je. Oui mais une nonchalance non dénuée de technique. En effet, le narrateur, apprenti enquêteur et auteur débutant, qui découvre les règles d'or du roman de genre et les applique à la lettre, reconnaît rapidement qu'écrire est plus compliqué et plus technique que prévu. Il suit donc scrupuleusement le manuel du parfait biographe, lui qui confesse avoir découvert le mot "biographie" en se lançant dans celle du commissaire Moncheval. Ce texte nous présente donc le policier - indolent mais bien nommé - et nous fait suivre l'enquête qui lui fit mettre la main sur le tueur en série qui assassinait des femmes à coups de fer à cheval.

Ce faux roman policier est donc autant une parodie de Série Noire qu'un pastiche des techniques d'écriture. Se moquant gentiment du genre et étalant avec dérision sa connaissance des ficelles narratives et des procédés du récit, l'auteur du Fémur de Rimbaud se fait plaisir et offre une véritable démonstration de style, de sens de la formule et d'humour, parfois absurde, souvent grivois. Mais si l'auteur est talentueux, il est aussi un peu faignant. Sa nonchalance saute aux yeux et cantonne Of course à ce qu'il est : un divertissement innocent, sympathique mais peu consistant.

* Regarde l'heure - 21h18 *
 
Quatorze minutes. Pas mal. Pas moins nonchalant, pas plus consistant, cohérent. Pas mal pour quatorze minutes.

lundi 13 avril 2020

Franz Bartelt - Le fémur de Rimbaud

Franz Bartelt 

Le fémur de Rimbaud 

Ed. Gallimard 


"Tout l'art de la brocante consiste à trouver la fable la mieux adaptée à l'objet qu'on expose."

Ça tombe bien, Majésu, brocanteur, maîtrise le boniment comme personne et a même élevé cette discipline au rang des arts. Baratineur hors pair, pour ne pas dire mythomane, il vend des objets insoupçonnés et improbables, tel celui qui donne son titre au roman. Devant son étal, il rencontre un jour une jeune femme extravagante et un peu perdue, Noème. Tous deux partagent des idées politiques extrêmement à gauche ainsi qu'une aversion maladive pour le patronat et l'argent, d'où le rapport conflictuel que la jeune femme entretient avec ses parents, bons bourgeois. L'amour est fulgurant et réciproque, le mariage instantané. Mais à peine Majésu a-t-il passé la bague au doigt de la jeune femme que les parents de celle-ci meurent, la laissant à la tête de la fortune familiale…

Tant qu'il se concentrait sur ses personnages, les élucubrations du brocanteur, l'inventaire de ses articles et les discours politiques sur la lutte des classes et le communisme, le roman était tout à fait truculent. Drôle et déjanté, il fonctionnait sur un sens aiguisé de la caricature, des dialogues caustiques, un vocabulaire argotique et imagé, un sens de l'absurde totalement décomplexé et il offrait quelques scène grotesques d'anthologie. Mais une fois l'intrigue mise en branle, Franz Bartelt oriente son livre vers le roman noir et ne parvient jamais complètement à cumuler non-sens et enquête policière. Rapidement, l'histoire m'a ennuyé - même si la relation que Majésu entretient avec l'inspecteur est très réussie et le numéro de duettistes auxquels les deux hommes se livrent est hilarant - et j'ai été tenté de sauter les passage qui se contentent de faire avancer l'intrigue. Heureusement, la langue est jouissive tout du long et je n'ai rapidement plus lu le livre que pour l'inventivité du phrasé et l'humour de l'auteur.