Pages

dimanche 20 février 2022

Walter Tevis- L'homme tombé du ciel

Walter Tevis L'homme tombé du ciel Gallmeister
Walter Tevis 

L'homme tombé du ciel 

Ed. Gallmeister 


Je l'avais constaté avec L'oiseau d'Amérique (1980), j'en avais eu la confirmation avec Le jeu de la dame (1983), Walter Tevis est l'un des grands auteurs de la littérature dépressive. La réédition du deuxième livre du romancier américain, paru en 1963, nous rappelle qu'il avait entamé l'exploration de ce filon bien avant les années 80. En effet, j'ai rarement rencontré dans les pages d'un livre un personnage aussi neurasthénique que Newton, L'homme tombé du ciel. L'homme ? Justement, c'est toute la question.

Thomas J. Newton vient d'une autre planète. Son monde d'origine se meurt et il est venu sur Terre en explorateur avant d'y faire venir les derniers représentants de son espèce. Pour cela, il prévoit de vendre les brevets que sa technologie avancée lui permet de déposer puis, devenu riche, de construire un vaisseau pour rapatrier ses semblables. Mais Newton a du mal à se faire à son nouvel environnement, à la gravité et, loin de chez lui et peinant à cohabiter avec les terriens, il souffre de la solitude. Il observe les Hommes, tente de les comprendre, de les définir, et constate que sa solitude et sa morosité sont sans doute ses plus grands points communs avec les habitants de la Terre. Le roman propose donc, plutôt que de suivre l'avancée de son plan, de sombrer avec l'extraterrestre, qui s'interroge sur les raisons de sa présence et la pertinence de sa mission, dans un profond mal-être.

Alors que les personnages rivalisent de pessimisme et sont tous en proie à leurs vices, le roman de Walter Tevis fait la part belle à la dimension psychologique. Et c'est de loin son aspect le plus remarquable. Par ailleurs, il propose également un état des lieux de la société de l'époque et se lance dans une réflexion intéressante sur l'évolution de la grande industrie ainsi que sur la manière dont les anciens prolétaires en sont maintenant les nantis, grâce à l'aide des organismes gouvernementaux et par la dérive d'un certain contrat social. Il soulève ensuite quelques problématiques environnementales et s'inquiète d'une éventuelle guerre, deux sujets paradoxalement très actuels et un peu datés. Ces différents points sont malheureusement disséminés le long d'une trame plutôt faible. En effet, le fil narratif est assez pauvre, de même que certains ressorts. Heureusement, ces défauts sont largement comblés par la réflexion sur le désespoir. Dans ce domaine, Walter Tevis est bon. Vraiment, vraiment bon. Et rien que pour ça, il faut lire ce roman, un jubilatoire concentré de pessimisme qui vous rappelle que tant que vous êtes dépressif, c'est que vous êtes vivant.

D'autres avis ? Hop ! Le Maki, Gepe...

4 commentaires:

  1. Heureusement que j'adore l'auteur et que je compte lire tout ce que je peux de lui sans réfléchir, parce que tant de désespoir me fait normalement fuir. Enfin j'imagine que "tant que vous êtes dépressif, c'est que vous êtes vivant", en un sens, c'est de l'espoir, non ?

    RépondreSupprimer
  2. Formidable, ce bouquin est fait pour la pessimiste dépressive en moi!!

    RépondreSupprimer