Larry McMurtry
Cavalier, passe ton chemin
Ed. Gallmeister
C'est systématique : à chaque fois que je pars en vacances, à peine ma porte franchie, j'ai le sentiment d'avoir oublié quelque chose. Je me creuse la tête, je refais le film de mes préparatifs. L'eau ? Coupée. La serrure ? Verrouillée. Mes clefs ? Dans ma poche. Mes papiers ? Dans mon sac. Tout y passe. Je cherche ce qu'il me manque, je cherche, je cherche, je cherche sans trouver - car je n'ai rien oublié.
J'ai vécu la même chose en refermant la dernière page de ce roman de McMurtry. Il manque quelque chose à ce livre. Mais quoi ? Le style ? Propre. Les personnages ? Consistants. La trame ? Cohérente. L'ambiance ? Soignée. Mais alors quoi ?
Reprenons : avec son premier livre, l'auteur de Lonseome Dove nous plonge au milieu des années 50, dans un Texas tel que vous l'imaginez certainement - des ranchs, des bêtes, des bottes, des racistes, des revolvers. Là, coincé entre ses grands-parents et les cowboys, tiraillé entre les traditions ancestrales et la promesse d'un avenir modernisé, Lonnie grandit dans l'ennui. Il faut dire que les distractions sont aussi rares que les perspectives. Alors le temps passe et le jeune homme, en parfait protagoniste de roman d'apprentissage, avance dans la vie en posant autour de lui un regard naïf et pourtant empreint d'une certaine forme de lucidité.
Finalement, que lui manque-t-il ? Peut-être cette impression diffuse que rien ne dépasse vraiment. Comme au moment de quitter la maison, tout est à sa place, tout semble en ordre. Pourtant, le doute subsiste. Ce roman est maîtrisé, indéniablement. Mais où est la surprise ? C'est l'imprévu qui fait défaut. Peut-être qu’il manque simplement ce petit déséquilibre, cette aspérité qui fait qu’une histoire s’accroche et refuse de nous quitter, voire donne envie d'y revenir.













