mercredi 1 février 2023

Léo Henry - Héctor

Léo Henry Héctor Rivages
Léo Henry 

Héctor 

Ed. Rivages 

 
Il y a des romans qui se méritent. Héctor de Léo Henry en est. Pourtant, croyez-le, expérimental ou grand public, original ou énigmatique, s'il est relativement imprévisible, l'auteur de L'autre côté n'est pas toujours difficile d'accès. D'ailleurs, la garantie de l'inattendu qui accompagne chacune de ses publications contribue à son charme. Du charme, il en a - et son dernier ouvrage est à son image.

Fort d'une bourse et d'un projet ambitieux, le romancier s'envole pour Buenos Aires, sur les traces d'Héctor Germán Oesterheld, scénariste de bandes-dessinées et militant de la gauche peroniste, victime de la dictature militaire de Videla. Là, dormeur éveillé, il déambule en un temps incertain, au risque d'égarer son lecteur dans le damier tracé par un urbaniste austère. La réalité rigoureuse laisse alors doucement place à un fantasme dystopique et le fil rouge s'estompe, malgré le lien persistant entre le gaufrier de la ville et celui des BD du créateur de L’Éternaute. Vers quels horizons alors s'oriente le roman ? L'histoire de la ville, sa substance et sa politique ? Les créateurs argentins, Borges, Quino et Pratt en chefs de file, et l'influence qu'ils ont eue sur le reste du globe - et sur Léo Henry lui-même ? Tout cela sans doute.
"Ce livre est une tentative de regarder ce qui s'est joué en ce temps et en ce lieu, à la rencontre du réel, du rêve et du récit."
Entre les descriptions de Buenos Aires et sa superposition avec la ville fictive d'Aquilea, la tenue d'un journal de voyage et des étapes d'une importante documentation, le projet d'élucider le péronisme ou d'apporter un éclaircissement sur le destin d'Oesterheld, il n'est pas simple de savoir sous quel angle observer ce livre. C'est en cela qu'il se mérite. Mais, pour qui se laisse embarquer, c'est le dépaysement assuré !

mardi 31 janvier 2023

Stephen King - Les trois cartes

Stephen King Les trois cartes La Tour Sombre J'ai lu
Stephen King 

Les trois cartes (La Tour Sombre - II)

Ed. J'ai lu 


Il a beau ne s'être déroulé que le temps d'un claquement de doigts dans l'action entre le premier et le deuxième volume, la transition ressemble plus à un cut violent qu'à un fondu enchaîné. Et pour cause, que ce soit dans le style, dans le ton, dans le rythme et dans la langue, on pourrait presque penser que ce ne sont pas les mêmes auteurs qui tiennent la plume du Pistolero et des Trois cartes. Et c'est tant mieux ! Les flottements laissent place à la tension, les longueurs à l'action, les personnages vaguement détourés à des protagonistes plus nuancés.

Il ne s'est déroulé que le temps d'un claquement de doigts dans l'action, disais-je. L'expression est plutôt adaptée : le pistolero, qui se réveille sur une plage infestée de homards géants, parvient à sauver sa vie au prix de l'index et du majeur de la main droite. Cette main ne tiendra plus jamais de revolver. Blessé et malade de l'infection de ses doigts amputés, il sent sa fin proche. Fiévreux, il arpente alors la plage et tombe  bientôt sur une porte. La première d'une série de trois, s'ouvrant toutes sur la ville de New-York, à différentes époques. D'abord, 1987. Le pistolero en ramène Eddie, un jeune toxico. La deuxième porte donne sur l'année 1964. Il en revient avec Odetta - ou Detta - et bientôt nommée Susannah, une femme noire et schizophrène, privée des deux jambes et vissée à son fauteuil roulant. Il franchit la troisième porte, qui mène en 1977, et la repasse seul mais prêt, avec ses deux nouveaux alliés, à se lancer dans sa quête.

Univers parallèles, dépendances aux drogues, traumatismes de l'enfance, politique, luttes sociales et pop culture, on retrouve certains des thèmes chers à l'auteur. On retrouve également plusieurs de ses tics d'écriture, notamment l'insertion dans la narration de pensées décousues, mais on retrouve surtout sa capacité à rendre le lecteur captif, à lui conter une histoire à la fois cohérente et invraisemblable, redoutablement efficace. Maintenant, ça y est, le cycle est bel et bien lancé et il annonce la couleur ! Vite, la suite : Terres perdues !

mercredi 25 janvier 2023

Guillaume Pitron - La guerre des métaux rares

Guillaume Pitron La guerre des métaux rares Les Liens qui Libèrent
Guillaume Pitron 

La guerre des métaux rares 

Ed. Les Liens qui Libèrent 

 
Trois ans avant de partir en voyage au bout d'une like pour en savoir plus sur le bilan carbone du numérique, Guillaume Pitron s'interrogeait déjà sur la transition énergétique et, plus précisément, sur celle des métaux rares. Les métaux rares, vous savez, ce sont ces terres indispensables à la conception et la fabrication des appareils électroniques et dont les propriétés permettent notamment de briller dans la course à leur taille réduite.

Avant de terminer leur route dans nos smartphones, puisqu'ils ne sont pour ainsi dire pas recyclés, ou alors en quantité négligeable, les métaux rares posent d'autres problèmes, à commencer par leur extraction. Séparer le bon grain de l'ivraie, en l’occurrence le métal de la roche, nécessite l'emploi de solvants et autres produits chimiques et engendre des déchets. Comme les mines sont principalement délocalisées par les puissances occidentales en Asie dans des pays dont les normes environnementales ne sont pas exactement rigoureuses, les déchets sont stockés dans des espaces non confinés et polluent. Ainsi, après avoir tué à la tâche les ouvriers, ils contaminent les populations alentours. La délocalisation des exploitations a un autre effet que de simplement exporter la pollution. En offrant le monopole à certains pays qui contrôlent le marché, elle perturbe la balance géopolitique et déséquilibre les rapports de force.

Alors, que faire, surtout quand on sait que les métaux rares ne font pas que réduire la taille de nos smartphones mais sont également très présents dans les outils de la technologie verte ? C'est la question que se pose Guillaume Pitron au terme des six ans d'une enquête passionnante, approfondie et étayée de tableaux, de graphiques et de camemberts. Contrairement à ce à quoi on aurait pu s'attendre, le journaliste, mesuré dans ses propos, se montre lucide et ne se lance pas dans l'apologie de la décroissance. En revanche, il préconise une remise en question des comportements et invite le lecteur, avant de se projeter dans le futur, à se retourner sur notre passé et à se rappeler ce qu'il s'est produit en un autre temps avec l'huile de baleine.

San-Antonio - J'ai essayé : on peut !

San-Antonio J'ai essayé : on peut ! Fleuve Noir
San-Antonio 

J'ai essayé : on peut !

Ed. Fleuve Noir 


San-A et Béru, installés devant un verre, voient arriver celui qu'ils attendaient : le cardinal Duplessis. Celui-ci a des confidences à faire à la police et, comme il tient à éviter les canaux officiels, c'est au troquet qu'il vient rencarder le Gravos, ami d'enfance de Saint-Locdu-le-Vieux, et le commissaire. D'après lui, la vie du Pape est en danger, son prochain passage à Paris lui sera fatal ! Le haut dignitaire refuse d'en dire plus et laisse nos héros, perplexes. 

Quelques jours plus tard, ils apprennent la mort du cardinal, écrasé par un métro. En creusant un peu, ils découvrent que Duplessis n'était pas celui qu'on pensait mais qu'il menait sa barque de charlatan, extorquant les économies de malades en quête d'un miracle, assisté par son épouse, prostituée à ses heures. Cette révélation n'est que la première d'une longue série de retournements...
"Moi, si j'avais su qu'il y aurait autant de coups de théâtre dans ce polar, tu parles que je l'aurais jamais commencé !"
Et, effectivement, de révélations sur l'identité des protagonistes en morts mystérieuses, de disparitions d'éléments de l'enquête en découvertes spirituelles, l'intrigue est imprévisible. Les personnages y évoluent pourtant avec leur verve habituelle, entre Béru, convaincu de finir centenaire, Pinaud, improvisé Pape et en pleine illumination, et San-A qui se projette la bague au doigt. Le lecteur, lui, jubile !


 
Et pour suivre l'avancée de ma lecture complète des aventures du commissaire San-Antonio, cliquez sur le sourire de l'auteur !

mardi 24 janvier 2023

Stephen King - Le pistolero

Stephen King Le pistolero tour sombre j'ai lu
Stephen King 

Le pistolero (La Tour Sombre - I)

Ed. J'ai Lu

 
Au début des années 90, déjà gros lecteur, j'avais lu à peu près tous les romans de Stephen King, dont les trois premiers tomes parus de La Tour Sombre, son grand œuvre inspiré d'un poème de Robert Browning et influencé par les livres de Tolkien et les films de Leone, mais malheureusement inachevé à l'époque. La fin du troisième tome m'avait laissé exsangue. Le temps que paraisse le suivant, presque dix ans plus tard, la frustration avait laissé sa place à l'acceptation et j'étais passé à autre chose. Pour autant, je m'étais toujours promis d'y revenir un jour. Ce jour est arrivé !
 
Je me souviens, j'avais alors quatorze ou quinze ans, je me souviens que j'avais difficilement entamé ce cycle. Le premier tome était lent et long - alors qu'il est de loin le plus court. On y suit le quotidien d'un pistolero taiseux poursuivant un homme en noir à travers un vaste décor de western, dans un monde qui ressemble à une version alternative du nôtre. On ne sait pas vraiment qui ils sont ni ce qui les motive. Peu importe. Trente ans plus tard, je ne l'ai pas du tout relu du même œil. Je l'ai même trouvé passionnant et l'ai dévoré rapidement, quand bien même il ne se passe effectivement pas grand chose. J'y ai découvert une subtilité qui m'avait échappée ainsi qu'une ambition fascinante et une grande maturité. J'imagine qu'il me manquait les références, à moins qu'il ne m'ait simplement manqué la garantie, dont je dispose aujourd'hui, que la suite sera à la hauteur de mes attentes. Car, de mémoire, les tomes suivants, du moins les deux autres que j'ai lus, m'avaient alors embarqué dans une fresque romanesque magistrale dont certaines images sont encore gravées dans mes souvenirs. Autant il ne me restait presque rien du Pistolero, autant les crabes géants et les doigts amputés du deuxième tome, Les Trois Cartes, ou le jeu des devinettes dans le train fou du troisième, Terres Perdues, sont des épisodes encore frais et vivants dans ma tête. Je verrai vite s'ils correspondent à la réalité ou si ma mémoire me joue de sombres tours...

lundi 16 janvier 2023

San-Antonio - La vie privée de Walter Klozett

San-Antonio La vie privée de Walter Klozett Fleuve Noir
San-Antonio 

La vie privée de Walter Klozett

Ed. Fleuve Noir 

 
Quand Walter Klozett sort de prison, San-Antonio et Béru l'attendent et le prennent "par hasard" en stop. L'idée est d'inviter l'ancien détenu à s'exprimer sur le meurtre avoué de son frère. En effet, on sait de source sûre qu'il est innocent de ce crime et que son séjour derrière les barreaux cache quelque chose d'important. Mais, avant que le passager n'ait eu le temps de lâcher quoi que ce soit, le véhicule du commissaire, violemment percuté, finit sa course dans le décor.

Lorsqu'il se réveille à l’hôpital, San-A est dans le coton, incohérent, et nous livre le récit d'un voyage délirant entre cachetons et divagations, piquouses et confusion. Où est-il ? Depuis combien de temps ? Que s'est-il passé ? Et surtout, surtout, qui est-il ? Car, aussi surprenant que cela puisse paraître, on le prend pour Walter Klozett ! Sa mère, Béru, le personnel médical, tout le monde l'appelle du nom de celui en compagnie duquel il a eu son accident.
"Je cunégonde, si tu veux tout savoir. Mais par contre, cherche pas à savoir ce que signifie le verbe cunégonder, il m'est venu dès lors que j’en ai eu besoin. Le mot vrai, le mot juste, c'est pas dans les dictionnaires que tu les trouves, souventement, mais sur ta langue où ils déboulent, frais déglutis de ta machinerie pensatoire."
Jusqu'à ce que la chute finisse par rebattre les cartes et éclairer l'intrigue d'un nouveau jour, celle-ci a tout pour sembler confuse. L'auteur s'amuse à égarer le lecteur, au risque de le perdre, donne parfois l'impression ne pas savoir lui-même où il va, mais retombe heureusement sur ses pattes, présentant au passage une nouvelle facette de son talent. Car cet épisode, qui offre une variation avant-gardiste sur le thème de l'extraction du subconscient, est aussi original que son dénouement est inventif. Mais, paradoxalement, je ne dirais pas que c'est un très bon opus, en particulier car cette excellente idée souffre des contraintes cloisonnantes de la série. Je ne peux d'ailleurs pas m'empêcher de m'interroger sur la pertinence de l'avoir exploitée dans une aventure de San-Antonio alors qu'affranchie de ce cadre et élargie à un contexte plus vaste, j'imagine qu'elle aurait donné un bien meilleur roman, indépendant et plus ambitieux.


 
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vendredi 13 janvier 2023

Les meilleurs récits de Startling Stories

Jacques Sadoul présente Les meilleurs récits de Starling Stories J'ai Lu
Jacques Sadoul présente

Les meilleurs récits de Startling Stories 

Ed. J'ai Lu

 
Né en 1939, Startling  Stories semble avoir été totalement anecdotique jusqu'en 1948. D'ailleurs, aucune des nouvelles rassemblées dans ce recueil ne date d'avant cette année-là. De la même manière, aucune n'est parue après 1953, date à laquelle le magazine a apparemment commencé à décliner avant de périr de sa belle mort, deux ans plus tard. Entretemps, c'est-à-dire durant cinq ans, le magazine aux héroïnes dénudées en couverture a traditionnellement publié un roman, souvent du space-opera à destination d'un jeune public, accompagné d'une poignée de nouvelles de fiction fantastique. Comme, à cette époque, placer des textes dans des magazines était un passage obligé pour quiconque ambitionnait de vivre de sa plume, voire de percer en littérature, de grands noms y ont signé. Ainsi, parmi quelques auteurs inconnus ou oubliés, Arthur C. Clarke, Edmond Hamilton ou encore Richard Matheson figurent logiquement au sommaire de cette anthologie qui propose une sélection des meilleures nouvelles parues à la grande époque du magazine.

Jack Lewis, Qui a copié ?

Un texte soumis à un magazine par un jeune auteur présente de troublantes similitudes avec celui d'un romancier mort. Y aurai-il eu plagiat ? Ce n'est pas si simple : la correspondance entre l'auteur et l'éditeur du magazine pourrait bien mettre en lumière la possibilité d'un paradoxe temporel...
 

Philip José Farmer, Faire voile

Dans un monde parallèle au nôtre, plus avancé, Christophe Colomb navigue vers l'ouest à la recherche d'un passage vers les Indes. Pendant que l'opérateur radio peine à capter quoi que ce soit du fait des interférences, des matelots philosophent et élaborent la possibilité d'un espace-temps différent.
 

Arthur Bertram Chandler, Un art perdu 

Callaghan, fraîchement débarqué  de Deneb V, est abordé dans un bar par Brent, une vieille connaissance qui lui propose de prendre part à une expédition. Très elliptique, celui-ci lui case à demi-mot qu'il est question d'art, de beaucoup d'argent et d'un secret bien gardé.
 

Arthur C. Clarke, Leçon d'histoire 

L'auteur des Naufragés de la Lune imagine que, cinq mille ans plus tard, un vaisseau se pose sur Terre et découvre les vestiges de la société humaine, depuis disparue. L'étude de quelques objets mystérieux sortis de leur contexte leur permet toutefois de se faire une idée des créatures qui la composaient.
 

Lloyd Arthur Eshbash, Les Trois mages

Trois êtres difformes venus du futur souhaitent vérifier de leurs propres yeux si ce que l'on dit du passé est vrai et si le Dr Stoner est bien celui que l'on prétend. Le Dr Stoner ? Le monde entier pose alors le regard sur ce médecin, inconnu mais apparemment futur président et homme fort de la Nouvelle Ère.
 

Ray Bradbury, Automates, société anonyme 

En même temps que l'ami auquel le personnage confie son secret, l'auteur des Chroniques martiennes met le lecteur dans la confidence : pour pouvoir fausser compagnie à son épouse et partir en toute tranquillité, il a acheté un automate à son image qui le remplace à la maison lors de ses absences...

Richard Matheson, La Guerre des sorcières 

Et si, pour s'assurer de la victoire on utilisait les pouvoirs de sept jeunes filles au petit nez retroussé et au rire cristallin ? Des jeunes filles ? Oui, et l'armée des "vilains hommes informes" qui patauge dans la boue se rendra compte que certaines d'entre elles sont plus dangereuses que des bombes.
 

Margaret Saint-Clair, Une arme humanitaire 

On a procédé à l'expérience sur des rongeurs. L'effet est stupéfiant : les sujets ne supportent plus le contact de leurs semblables. Et les singes ! Ils se sont retrouvés prostrés, chacun à un coin de la cage. L'heure est maintenant venue de la tester sur l'Homme. À grande échelle !
 

Henry Kuttner, Ne vous retournez pas tout de suite 

Un journaliste retrouve un homme visiblement nerveux dans un bar. Ce dernier souhaite lui communiquer une information capitale qui doit être diffusée par la presse au plus grand nombre : les martiens sont parmi nous ! D'ailleurs, ne vous retournez pas, l'un d'entre eux est juste là, derrière.
 

Edmond Hamilton, Les Harpistes de Titan 

Le Capitaine Futur arrive sur Titan, accompagné de ses acolytes, Grag le robot, Otho le métaporphe et Simon Wright le cerveau. C'est ce dernier, blessé, qui va se retrouver au centre de cette intrigue : si sa survie tient à la réintégration d'un corps, y sera-t-il aliéné ? Est-ce le prix à payer ?

Leigh Brackett, Les Derniers jours de Shandakor

Un anthropologue planétaire tombe sur un homme à la peau dorée et aux yeux noirs, à la structure faciale n'appartenant à aucune race connue. C'est l'occasion pour l'auteure de La porte vers l'infini de dresser un tableau statistique de l'ethnologie martienne !
 
La ligne éditoriale de Startling Stories n'étant pas très tranchée quant aux nouvelles qui accompagnaient le roman central, celles-ci ne s'articulent autour d'aucune thématique précise. Et c'est tant mieux ! C'est la garantie de surprises et d'une grande diversité. Par conséquent, les onze nouvelles sélectionnées dans cet excellent volume vous transportent vers des horizons originaux et fantastiques, près de chez vous ou dans un lointain espace, en un temps indéfini ou parfois au plus profond de l'âme humaine... Fameux ou inconnus, leurs auteurs vous invitent non seulement à voyager mais également à vous interroger, ce qui en fait les ambassadeurs d'une bonne littérature de genre, d'une bonne littérature tout court.


Et pour en savoir plus sur l'avancée de mes fouilles archéologiques,
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San-Antonio - Des gueules d'enterrement

San-Antonio Des gueules d'enterrement Fleuve Noir
San-Antonio 

Des gueules d'enterrement 

Ed. Fleuve Noir 

 
Comme cadeau pour le mariage de son neveu, le boxeur qu'on avait déjà rencontré dans Ça tourne au vinaigre, Béru lui offre un appareil photo chiné aux puces. Pourquoi pas ? Sauf qu'au moment de lui donner, il réalise qu'une pellicule est déjà engagée dans le boîtier. Une marrade, une boutade, une bourrade et la pellicule termine sa course dans la poche du Gros, avant d'être développée plus tard, par curiosité. Et quelle curiosité ! La trombine d'un macchabée apparaît sur le papier...

San-A et Béru tentent alors de remonter la piste de l'appareil, des puces à leurs fournisseurs, des policiers jusqu'aux tueurs, de ceux qui vivent à ceux qui meurent... L'occasion pour le commissaire, en feuilletant des albums, de livrer quelques réflexions bien à lui sur cette chienne d'existence :
"Les photos datent de longtemps. J'y découvre des personnages morts ou vieillis, des jeunes gens, des rires, des enfants... La pétasse de vie les a gommés... Et, maintenant, cette population fixée sur les rectangles de papier glacé effrangé sont échelonnés, au fil des cimetières. Ou bien ils sont devenus tristes et désenchantés, ce qui est pire..."
Ces considérations pessimistes sont largement rehaussées par le vocabulaire de l'auteur, par le pittoresque des personnages, par la finesse des réparties, par l'incongruité des comparaisons, par un humour implacable et par l'échange hilarant de télégrammes entre San-A et cette vieille baderne de Pinuche, égaré en mission à l'étranger, et qui vaut à lui seul la lecture de ce très bon épisode.
 


 
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mardi 10 janvier 2023

Robert Holdstock - La forêt des Mythagos

Robert Holdstock La forêt des Mythagos denoel Folio
Robert Holdstock 

La forêt des Mythagos 

Ed. Folio 


Dans les années 40, après avoir combattu en France puis séjourné un temps dans le sud du pays, Stephen Huxley rentre chez lui en Angleterre, à Oak Lodge, la grande demeure familiale dans laquelle, depuis la mort de leurs parents, Christian, son frère aîné, vit seul. À son arrivée, il constate que ce dernier passe beaucoup de temps dans la forêt de Ryhope qui borde la propriété. Il s'y aventure parfois durant des jours et en revient toujours marqué et changé. Stephen profite de ces absences pour arpenter la maison, explorer le bureau de leur père et se plonger dans la lecture du journal que celui-ci tenait au sujet de la forêt et des êtes fantastiques qui d'après lui y vivraient, les mythagos.

Le temps s'écoule et, alors qu'il est sans nouvelles de Christian parti en expédition depuis des semaines, Stephen décide de partir à sa recherche, accompagné par Harry, un ancien pilote de la RAF qui a déjà exploré une forêt semblable et qui en porte au visage la cicatrice...
 
La forêt de Ryhope n'est pas une forêt comme les autres, vous l'aviez compris. Elle est peuplée d'êtres magiques, incarnations de créatures mythiques ou légendaires, qui ne partagent ni la réalité des mortels, ni leur courbe du temps. Pénétrer dans la forêt signifie donc évoluer dans un espace différent et faire l'expérience d'une temporalité alternative. Or, la grande force du livre et, en ce qui me concerne, sa limite, tient dans sa capacité à communiquer cet aspect relatif du temps qui passe et déconcertant d'un environnement expurgé de ses points de repères. Ainsi, j'ai suivi Stephen de près à Oak Lodge, alors que l'auteur pose le décor et l'ambiance, installe l'intrigue, présente les personnages et fait la démonstration d'un style irréprochable et hautement visuel, puis j'ai fini par le perdre, distancé dans la forêt de Ryhope, démuni et ne sachant plus à quoi me raccrocher. Le temps m'a alors semblé long et l'orée de la forêt bien loin. À tel point que je referme ce roman sans savoir si je lirai les quatre volumes qui suivent ce premier, par ailleurs incroyablement évocateur.
 

San-Antonio - À tue... et à toi

San-Antonio À tue... et à toi Fleuve Noir
San-Antonio 

À tue... et à toi 

Ed. Fleuve Noir 


Ce soir-là, le commissaire dîne chez Dubois, un vieux pote de régiment. À peine son épouse a-t-elle déposé le plat de cassoulet sur la table que le téléphone sonne. Une urgence - le Dubois en question est toubib. Il promet de ne pas être long et file. Bientôt, le téléphone re-sonne. Dubois au bout du fil. Il faut que le commissaire se radine, et vite, il a deux cadavres sur les bras !

Laissant ses haricots en plan, San-A rejoint son ami et, sur place, découvre un type mort, le cordon du téléphone enroulé autour du cou, et dans la pièce à côté, sa femme, vidée de son sang dans la baignoire. Pour l'inspecteur en charge de ce cas, il s'agit d'un couple suicidé. Pas pour San-A. Bien que de repos, ni une, ni deux, il s'empare officieusement de l'affaire. Malheureusement, suite à un accident qui le laisse l'épaule fracturée et des côtes enfoncées, il est contraint de mener son enquête depuis le lit de la clinique privée de son ami.

L'intrigue, articulée autour de cette contrainte formelle, prend la tournure d'un huis-clos classique, sans fioriture, et se construit à grand renfort de matière grise et de déductions bien formulées, jusqu'à une chute qu'on voit venir un peu tôt mais dont l'approche est intelligente. Les scènes d'actions habituelles laissent donc place à la réflexion, l'auteur en profite pour parsemer celle-ci de pensées sur l'existence et se laisse même aller à une intéressante philosophie pessimiste, voire fataliste.
"Un petit polichinelle se prépare à venir. Dans quelques heures, il commencera son pèlerinage sur la planète Terre. Tu parles d'un voyage en circuit fermé ! On va le gaver de laitage et le guérir de sa première rougeole pour qu'il puisse connaître les bienfaits de la communale, les torgnoles des parents ulcérés par les fins de mois, les humiliations du régiment, les mesquineries du percepteur et celles des femmes !"
Toutefois, ces idées noires ne l'empêchent pas de poser sur l'infirmière un regard appuyé. Et pas qu'un regard...
"Elle a droit à la guitare hawaïenne, à l'ice-cream-soda, au tourniquet grand-sport et à Papa-la-bonne-et-moi !"
 


 
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