vendredi 23 octobre 2020

Stephen Markley - Ohio

Stephen Markley  Ohio Albin Michel
Stephen Markley 

Ohio 

Ed. Albin Michel 


Dix ans plus tard, les quatre protagonistes de ce roman chorale reviennent à New Canaan, bourgade de l'Ohio dans laquelle ils ont grandi et que chacun a quitté pour une raison ou pour une autre. Pourquoi sont-ils partis, pourquoi sont-ils revenus et que s'est-il passé durant leur absence ? La réponse à ces questions est l'occasion pour Stephen Markley de dresser un certain portrait des États-Unis.

Après un prologue saisissant, qui plante le décor et annonce la couleur, chacun des personnages passe sur le devant de la scène, un chapitre après l'autre, le toxicomane, le vétéran, l'intellectuelle et la jeune femme rongée par un désir de vengeance. Le livre revient sur leurs parcours, leurs destins, leurs échecs et prend doucement l'allure d'un roman noir, dont il adopte les codes, plongeant volontiers le lecteur dans une escalade de violence. Il tisse une fresque lucide ou pessimiste de la politique actuelle, fait le constat de la décadence d'un pays marqué par la guerre, le terrorisme, le populisme, les inégalités et surtout la désillusion.
"La maison se trouvait au bout de la rue, délaissée, plantée sur une pelouse marron attestant que le monde ne devient jamais ce que l'on pense et encore moins ce que l'on désire."
Incroyablement abouti, particulièrement fin dans son analyse de la société, très réussi dans sa construction, rythmé et mettant en scène des personnages forts et nuancés, ce livre est un premier roman comme on en lit peu. Il grave d'emblée le nom de son auteur, Stephen Markley, dans la liste de ceux qu'il est impératif de retenir. 

lundi 19 octobre 2020

Tiphaine Le Gall - Une ombre qui marche

Tiphaine Le Gall  Une ombre qui marche L'Arbre Vengeur
Tiphaine Le Gall 

Une ombre qui marche 

Ed. L'Arbre Vengeur 


J'ai été vraiment tenté de laisser ici une page blanche. Vraiment. Mais si certains y auraient vu un hommage appuyé et évident, la majorité serait passée à côté. Une page blanche. Car c'est bien de ça qu'il est question dans ce roman. Une page blanche. Ou plutôt des pages blanches, celles qui composent le livre de Timothy Grall, le célèbre romancier qui envoya un énorme coup de pied dans la fourmilière du monde des lettres en publiant une œuvre vide. Vide ? Justement non. C'est ce que Tiphaine Le Gall entreprend de démontrer dans son premier roman. 

Une ombre qui marche est présenté comme l'essai de Maxime Desvaux, maître de conférence émérite en littérature française et comparée à l'université Sorbonne, Paris IV.  Ancien élève de Timothy Grall et spécialiste de son œuvre, il publie une étude sur les fondements et les enjeux de L'Œuvre absente, le roman aux pages résolument blanches à l'origine de la polémique. Surtout, il parvient - et c'est un bel exploit - à justifier l'injustifiable en donnant une explication à une œuvre qui en semble dépourvue. Car, contre toute attente, un livre peut être dénué de mots et, pour autant, ne pas l'être de sens.

Parsemé de nombreuses notes de bas de page et de références à la littérature, cette biographie fictive et faux essai critique fait très fort. Habile et ludique, Tiphaine Le Gall joue avec la mise en abîme et s'amuse à brouiller les pistes entre réalité et fiction. Mais en se prêtant à un tel exercice de style, elle se heurte à ses inévitables limites. Ainsi, elle m'a parfois perdu avec ses considérations universitaires et m'a également un peu égaré en mettant le doigt sur mes nombreuses lacunes. En effet, pleinement apprécier ce livre demande d'avoir quelques notions du monde de l'édition et de posséder un bagage solide en littérature. Vraiment, vraiment solide.

Trop d'érudition peut-elle tuer l'érudition ? Je crois que oui. Et elle peut surtout transformer un concept intéressant en littérature de niche.

Laurine Roux - Le sanctuaire

Laurine Roux Le sanctuaire editions du Sonneur
Laurine Roux 

Le sanctuaire 

Ed. du Sonneur 


J'ignore s'il s'agit d'un rêve classique chez les ornithologues ou plutôt de leur cauchemar récurrent, mais c'est la vision de Laurine Roux : l'humanité a finalement disparu, éradiquée par une maladie véhiculée par les oiseaux. Seuls quelques rescapés survivent ici ou là, à l'instar de la jeune narratrice, sa sœur et ses parents. Protégés ou emprisonnés - la nuance est mince - dans une parcelle montagneuse, ils vivent entre eux, guettent le ciel et tuent puis brûlent sans scrupule le moindre volatile qui s'aventure dans leur sanctuaire. 

En se focalisant sur les sentiments de la narratrice, qui n'a jamais connu le monde d'avant ni même jamais quitté son territoire, et sous prétexte de couper les protagonistes de la civilisation ou d'immerger le lecteur dans un environnement champêtre, le roman semble s'intéresser à la relation que l'humain entretient avec la nature. Mais derrière ce premier niveau de lecture, il en est un second. La famille dont on suit les mésaventures reproduit à son échelle un schéma classique : le père dirige les membres de sa petite communauté d'une main de fer et tyrannise son épouse et ses filles. De fait, il s'interroge sur le poids de la famille mais également sur le rapport de domination de l'homme sur la femme ainsi que, par extension, sur le modèle patriarcal.

Je pense donc qu'il faut moins voir Le Sanctuaire comme une version minimaliste de roman de genre que comme une fiction illustrant une réflexion sociétale. D'ailleurs, si ce court livre propose une littérature sensible ainsi que des personnages touchants et nuancés, on en voit poindre la chute un peu trop tôt pour que seule son intrigue ne soit une bonne raison de le lire. En revanche, il soulève des questions pertinentes, invite judicieusement à la réflexion et engage à regarder d'un œil neuf les créatures plumées qui nous entourent.

Et pour faire le point sur ce challenge, c'est ici.

lundi 12 octobre 2020

Catherine Dufour - L'arithmétique terrible de la misère

Catherine Dufour  L'arithmétique terrible de la misère Le Bélial'
Catherine Dufour 

L'arithmétique terrible de la misère 

Ed. Le Bélial' 


On dit souvent que la première impression est la bonne. Mais qu'en est-il de la dernière, hein ? Elle est persistante. Voilà. Et dans le cas du livre de Catherine Dufour, c'est bien dommage. Car si le recueil est bluffant, intelligent et dérangeant, il se termine sur un appendice qui fleure le choix éditorial malheureux et laisse comme un curieux arrière goût d'incompréhension. Les deux derniers textes sont donc des nouvelles de littérature blanche, l'une retraçant l'existence d'Alfred de Musset par le prisme de sa vie sexuelle (excellente nouvelle, au demeurant), l'autre offrant une variation sur le thème du torture porn (abusivement sanguinolent et sans réel intérêt). Certes, ils permettent d'apprécier la palette de l'auteure, mais tombent ni plus ni moins comme un cheveu sur la soupe. 

Le recueil n'a à voir ni avec les écrivains romantiques, ni avec le sadisme. C'est de nous tous qu'il est question. Armée d'une imagination fertile ou d'une froide lucidité, d'un phrasé brut, sec, et bien décidée à ne rien épargner à son lecteur, Catherine Dufour dresse le portrait d'une société décadente qui, à un moment ou à un autre, a pris une mauvaise direction et s'enfonce aveuglément dans la déliquescence. Tout le système y passe : nos pratiques du quotidien, nos tendances, nos dérives… Le livre remue, fait grincer des dents.

Mais, la dernière page refermée, ce drôle d'appendice vient parasiter les impressions d'un recueil qui, par ailleurs, touche du doigt la perfection. Il vient surtout ruiner sa plus grande qualité : la cohérence. En effet, d'une parfaite unité de ton et d'une grande harmonie thématique et stylistique, L'arithmétique terrible de la misère est un recueil qui se lit comme un roman et dont les différentes nouvelles, qui s'enchaînent sans temps morts ni flottements, sont autant de pièces d'un ensemble homogène, difficile à décomposer. Et assez brillant.

Reste maintenant à espérer que les prochaines éditions seront tronquées de son dispensable appendice.

D'autres avis ? Hop !

Et pour faire le point sur ce challenge, c'est ici.

mardi 6 octobre 2020

Hervé Le Tellier - L'anomalie

Hervé Le Tellier  anomalie Gallimard
Hervé Le Tellier 

L'anomalie 

Ed. Gallimard 


Alors que j'en suis toujours à me demander si Orbitor a réellement sa place en Folio SF, voilà qu'un pur roman de genre paraît dans la collection Blanche de Gallimard, de quoi encore alimenter ce vieux débat : la place - et surtout la reconnaissance - de la SF dans la littérature.

Mais voilà, le caractère science-fictif du roman d'Hervé Le Tellier résidant dans la clé de l'intrigue, deux choix se sont offerts à moi. Soit aborder le sujet évoqué ci-dessus au risque de dévoiler le coup de théâtre et de gâcher le plaisir des futurs lecteurs, soit préserver la surprise et remettre à plus tard ce débat - il reviendra sur le tapis à un moment ou un autre. C'est ce que je vais faire. Celles et ceux qui liront le livre comprendront mon dilemme - Et si ce débat vous intéresse, je vous invite à lire l'excellent billet consacré à ce sujet par Le Chien Critique.

Il est impératif, concernant ce livre, de rester aussi évasif que possible.

L'anomalie nous présente successivement des personnages très différents les uns des autres. Un écrivain, une avocate, un chanteur, un architecte… Leur unique point commun ? Avoir embarqué quelques mois plus tôt à bord d'un vol Paris-New York, un vol durant lequel s'est produit un… évènement. Comme autant de pièces d'un puzzle machiavélique, les portraits de ces parfaits anonymes s'emboîtent et, sautant de l'un à l'autre, l'auteur tisse une intrigue jubilatoire et vous mène par le bout du nez jusqu'à une révélation spectaculaire. Il est impossible d'en dire plus.

Ce qu'il est possible de dire, en revanche, c'est que ce roman à la fois érudit et grand public fait preuve d'un humour décapant et dresse un portrait acerbe de la religion, de la politique, des milieux intellectuels et de ceux qui les incarnent. Il est particulièrement inventif, sa construction est brillante et sa narration d'une grande fluidité. Mais, et c'est probablement sa limite, il ressemble à s'y méprendre à la novélisation d'un épisode de la Quatrième Dimension. La perspective d'une adaptation ciné, pour laquelle il est d'ailleurs parfaitement calibré, a certainement pris le pas sur la dimension littéraire, à croire que l'auteur a pensé son livre comme un scénario idéal, obéissant à des contraintes hollywoodiennes et demandant le moins de retouches possibles. Du grand spectacle, quoi. Mais du bon ! Du très bon !

Sans doute bientôt dans les salles… 

lundi 5 octobre 2020

Sauve qui peut - Demain la santé

Sauve qui peut Demain la santé La Volte
Sauve qui peut

Demain la santé 

Ed. La Volte 


Après avoir imaginé les conditions de travail du futur dans un précédent volume, les éditions La Volte s'interrogent cette fois-ci sur l'avenir de la santé. S'interrogent ? Pas vraiment : les nouvelles qui composent ce recueil cherchent plus à dénoncer le système actuel – voire à tirer dessus à boulets rouges – qu'à en extrapoler un avenir possible. Et pour cause, les auteur(e)s qui ont répondu à cet appel à textes semblent, pour la majorité, avoir confondu activisme et réflexion. Et cela se ressent dans le caractère résolument affirmatif des nouvelles qui, de fait, ne s'adresseront réellement qu'à un public convaincu d'avance.

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Raphaël Granier de Cassagnac - FeelGood

Cette première nouvelle fonctionne sur une bonne idée, assez intrigante, et propose une construction intéressante. Mais son propos tourne rapidement à la démagogie, ce qui est d'autant plus insupportable que son discours sur le pouvoir au peuple est primaire et ne repose que sur des arguments naïfs.

Mélanie Fievet - Inotropisme

J'ai abandonné la deuxième nouvelle après avoir arrêté de me demander où son auteure voulait en venir et même ce qu'elle essayait de dire avec son vocabulaire aussi expérimental qu'imbitable.

Chloé Chevalier - Les derniers possibles

Cette nouvelle est au-dessus du lot. Déjà par son niveau de langue, ensuite par son usage des temps du récit, enfin par la crédibilité de son scénario qui nous fait suivre avec finesse le parcours d'une femme face à la maladie. De plus, en se demandant si la médecine ne doit être l'affaire que des médecins et en creusant avec pertinence cette question, elle a le mérite de recentrer le débat.

Elio Possoz - Barreuse de faille

La mise en forme qui suggère d'abord une certaine originalité ne trompera finalement personne : elle tente juste de dissimuler derrière un aspect tape-à-l’œil l'absence de contenu d'une conversation qui enfonce des portes ouvertes.

Sylvain Palard - À l'intérieur d'Orchid Naakey

Doit-on parler de fiction ou de brûlot ? Avec son discours anti-vaccination d'une mauvaise foi remarquable, cette nouvelle à la langue argotique et plaisante fait malheureusement sombrer le recueil dans un obscurantisme crasse.

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J'ai définitivement refermé ce livre après la cinquième nouvelle. Un bon texte pour quatre mauvais est un ratio peu satisfaisant. Les dix qui suivent conserveront leur mystère - je m'arrête là, sans scrupule.

D'autres avis ? Hop !

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lundi 28 septembre 2020

Rita Indiana - Les tentacules

rita indiana tentacules rue echiquier
Rita Indiana 

Les tentacules 

Ed. Rue de l'échiquier 


Inattentif au possible ou victime malheureuse de la méthode globale, je me suis procuré ce livre sur un gros malentendu - sans aucun doute influencé par la couverture.

Ce n'est qu'arrivé vers la moitié du roman, alors que je commençais à me demander quand est-ce qu'il allait être question d'araignées, que j'ai réalisé que son titre n'était pas Tarentules mais Tentacules. Pas de créatures à huit pattes dans ce livre, donc, mais plein d'autres choses et des personnages atypiques qui cumulent d'étranges caractéristiques : domestique, drogué, obsédé sexuel, artiste, autant d'éléments qui se mélangent, à l'image des époques qui s'entremêlent. Car, confuse et décousue, sous prétexte de retracer l'histoire de la République Dominicaine, l'intrigue saute d'un siècle à l'autre et entraîne personnages et lecteurs dans le temps, d'un vieux gréement aux trottoirs d'une cité futuriste, au risque d'égarer tout le monde dans la course.

Mais à défaut d'offrir une narration cohérente ou même captivante, le livre de Rita Indiana propose une dimension sociale et politique tout à fait intéressante, notamment grâce à sa vision de l'évolution de la société, de son interaction avec la nature ou de la cohabitation entre technologie de pointe et croyances ancestrales. De plus, il soulève des questions pertinentes sur le rapport au corps, l'usage des drogues ou les relations de domination, auxquelles il apporte un point de vue original et engagé.

Ce livre ne m'aura donc séduit ni par son aspect romanesque, ni par ses personnages, Acilde et Argenis. Pour autant, je dois reconnaître que Tentacules, en plus d'assumer son intention d'éveiller les consciences, mélange étonnamment science-fiction et réalisme magique. C'est une lecture crue, à la sexualité exacerbée, suffisamment inattendue et singulière pour sortir du lot.

Même si le livre manque cruellement de tarentules.

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dimanche 27 septembre 2020

Stefan Wul - L'orphelin de Perdide

Stefan Wul  L'orphelin de Perdide Anticipation Fleuve Noir
 Stefan Wul 

L'orphelin de Perdide 

Ed. Fleuve Noir 


De nombreuses années plus tard, les images d'un film vu dans mon enfance, Les maîtres du temps de René Laloux, restent gravées dans ma mémoire. Il faut dire que le roman dont il s'inspire, L'orphelin de Perdide, est lui-même très visuel et comporte des passages marquants, d'une rare intensité dramatique. La scène d'ouverture, notamment, dans laquelle un homme menace son fils d'un pistolet pour l'obliger à fuir un danger dont il n'a pas conscience, est tragique et poignante.
 
L'enfant, qui se retrouve seul sur cette planète inhospitalière, tente de survivre en suivant les conseils que lui donne une radio laissée par son père. C'est Max, un contrebandier, qui est au bout du fil et qui lui parle tout en pilotant le vaisseau qui file à travers l'espace pour le sortir de cet environnement hostile. Mais la route est longue et semée d’embûches.
 
De son excellence introduction à sa chute inventive et imprévisible, le roman de Stefan Wul est passionnant, bien ficelé et sans flottement. Il fait suivre au lecteur le destin de personnages attachants et charismatiques, tout en l'immergeant dans un décor graphique, résolument poétique et d'une grande imagination. Il est surtout totalement inattendu, à l'image de son incroyable révélation finale.

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FNA n°109

lundi 21 septembre 2020

Luc-Michel Fouassier - Les pantoufles

Luc-Michel Fouassier  Les pantoufles Ed. L'arbre vengeur
Luc-Michel Fouassier 

Les pantoufles

Ed. L'arbre vengeur 


Je ne suis pas sûr de savoir quel angle adopter pour rédiger ce billet ; certaines décisions sont difficiles à prendre et ce n'est pas Luc-Michel Fouassier qui me contredira, lui qui n'a de toute évidence pas su trancher entre fine fable littéraire et légère gaudriole. Ainsi, dans son livre, la plume élégante le dispute à la balourdise formelle et la langue éthérée aux gros sabots stylistiques. D'ailleurs, en parlant de sabots - l'occasion était belle, je le concède volontiers - l'intégralité du champ lexical de la chaussure est casé dans ce livre. Vous aurez donc des expressions inventives et des jeux de mots pesants à base de soulier, de chausson, de godillot, de pompe, de grolle, de croquenot, de godasse, de savate - sans oublier de pantoufle, évidemment - en veux-tu en voilà. S'il y a de l'idée, le résultat est inégal, souvent inventif, parfois lourd, à l'image du livre.

En enfermant son personnage hors de chez lui, en pantoufles, et en lui faisant traîner ses guêtres - si je puis dire - dans une ville qui pose sur lui un regard différent, l'auteur fait avancer à pas feutrés une fable sympathique mais anecdotique sur l'apparence, la marginalité et l'affirmation de soi. J'ai marché dans ses pas sans déplaisir mais je dois avouer n'avoir pas vraiment pris mon pied à lire ce court roman qui n'est pas dénué d'intention mais malheureusement d'un peu de consistance. 

dimanche 13 septembre 2020

Arthur C. Clarke - Le diptyque de la Lune

Arthur C. Clarke 

S.O.S. Lune

Ed. Fleuve Noir 


Un séisme a ouvert un gouffre dans les fonds de la mer de poussière sur laquelle voguait le Selene. Le vaisseau de croisière prisé par les touristes fortunés, qui viennent passer leurs vacances sur notre satellite, englouti avec ses passagers, repose maintenant par quinze mètres de fond…

Mais pas de panique ! Plutôt que de se laisser abattre ou de se fatiguer à chercher une solution, Pat Harris, le capitaine, Susan Wilkins, l'hôtesse, et leurs vingt passagers prennent les choses avec philosophie. Au programme : lecture à voix haute, improvisation théâtrale ou encore tournoi de poker. Il règne dans le vaisseau une ambiance de colonie de vacances, ce qui est d'autant plus surprenant que, ignorant que des opérations de sauvetage s'organisent, ils pensent tous qu'il ne leur reste que quelques heures à vivre…

En faisant planer sur son drame une totale décontraction, Arthur C. Clarke balaie les codes du roman catastrophe. D’un côté, une désinvolture à ce point assumée force le respect mais, d’un autre côté, la crédibilité du scénario ne peut qu’en prendre un sérieux coup. Il y a pourtant clairement un souci de cohérence, alors que l’auteur prend le soin d'étayer son intrigue par des argumentations scientifiques, d'y glisser quelques mystères crédibles et de bien fouiller ses personnages.

 
Autant dire que cette première moitié du diptyque est surprenante. Et elle l’est d’autant plus du fait d’une version française... singulière. Le traducteur, B.R. Bruss, était-il motivé par un désir de rester au plus proche du texte ? À moins qu’il ne s’agisse d’un parti pris de traduction minimaliste ou de simples choix douteux ? Toujours est-il que les anglicismes et les expressions transparentes peuvent surprendre. Par exemple, peut-on réellement laisser dans le texte "le computeur" pour parler d'un ordinateur ? Je préfère penser que l'auteur du Mur de la lumière a tenté de coller au maximum à la version d’origine, quitte à parfois sonner un peu faux...

Arthur C. Clarke 

Naufragés de la Lune

Ed. Fleuve Noir 


Après un premier volume concentré, d'une part, sur l'étude psychologique des personnages et, d'autre part, sur les opérations de recherche, la suite s'intéresse à la manière de sortir du vaisseau enseveli les passagers qui "dans le péril s'étaient soudées en un groupe solidaire".

Cette seconde partie poursuit donc logiquement la série et lui apporte une conclusion assez attendue. Pourtant, l'auteur fait tout ce qu'il peut pour créer de la surprise, appliquant à son livre les codes du roman feuilleton, usant et abusant des effets d'annonce. Du fait de toutes les accroches de fin de chapitre, la lecture est captivante et les pages se tournent toutes seules. Mais malgré cette fluidité, quelques bonnes trouvailles et un fond scientifique plutôt solide, il est difficile de ne pas noter le caractère anecdotique de ces deux romans - qui n'en forment réellement qu'un seul : ils n'ont ni la consistance ni l'ambition des œuvres qui ont fait entrer l'auteur de 2001, l'Odyssée de l'espace et de Rama au panthéon des écrivains de science-fiction.

 
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FNA n°206 & 207