vendredi 1 mai 2026

San-Antonio - Ça ne s'invente pas

San-Antonio Ça ne s'invente pas Fleuve Noir
San-Antonio 

Ça ne s'invente pas 

Ed. Fleuve Noir 


Tout commence ce jour-là par le "grand concours inter-police de Passage à Tabac". Cette scène, hilarante et durant laquelle chacun à la maison poulaga y va de ses trouvailles personnelles pour faire parler un suspect, donne à San-Antonio l'occasion de se pencher sur le vaste sujet des violences policières. Bref, les confidences du malheureux qui fait les frais de cet interrogatoire musclé mettent le commissaire et Béru en route vers un match de hockey sur glace : ils viennent d'apprendre qu'un échange de drogue doit avoir lieu sur la patinoire, en marge de la rencontre entre l'équipe de France et celle d'Inde. Voilà nos héros partis pour la plus foldingue des aventures ! Et encore, ils ignorent alors qu'ils sont sur le point de s'envoler en direction de Khunsanghimpur, au pays de Gandhi...

À peine nos protagonistes sont-ils arrivés en Inde que l'auteur commence à vider son sac de clichés sur le pays. Citez-en un, n'importe lequel, il y figure. Vaches sacrées ou éléphants, Maharajahs, enturbannés ou fakirs, avaleurs de sabres ou joueurs de flûte dresseurs de serpents, tout y passe. C'est désopilant ! Car l'absence totale de complexes de l'auteur est doublée de cette voix unique, de ce débit mitraillette où l’argot se frotte à des images improbables, où chaque phrase semble vouloir dépasser la précédente en audace, en culot et en inventivité. Les métaphores et les calembours s’invitent à chaque coin de page, et on avance dans le livre comme dans une conversation avec un conteur survolté, volontiers grossier, mais toujours inspiré. Il y a cette forme de liberté jubilatoire : celle de ne jamais écrire comme il faudrait, mais toujours comme ça vient - et ça vient drôlement bien. Ainsi, guidé par son "septième sens" (oui oui), San-A mène cette enquête à sa manière, sans aucun respect du protocole littéraire ou romanesque, et ce jusqu'à une résolution qui tient autant du pied de nez que du dénouement policier. Disons-le clairement : de surprises en détours et de digressions en embardées, il se passe beaucoup de choses, mais pas forcément celles qu’on attend. Tant mieux, non ?


 
Et pour suivre l'avancée de ma lecture complète des aventures du commissaire San-Antonio, cliquez sur le sourire de l'auteur !

samedi 25 avril 2026

Jean-Sébastien Steyer - Anatomie comparée des espèces imaginaires

Jean-Sébastien Steyer 

Anatomie comparée des espèces imaginaires 

Ed. Le Cavalier Bleu 


Jean-Sébastien Steyer Arnaud Ralaelian Anatomie comparée des espèces imaginaires Le Cavalier Bleu
D'Alien à Hulk ou des Gremlins à Totoro, le bestiaire de la culture populaire regorge de créatures plus ou moins improbables. Qu'elles viennent de la science-fiction ou du fantastique, ces créatures semblent cohérentes vis à vis de l'univers dans lequel elles vivent. Mais qu'en serait-il dans le nôtre ? Comment y évolueraient-elles ? Le Marsupilami parviendrait-il seulement à se déplacer avec sa queue disproportionnée ? La lune aurait-elle suffisamment d'influence pour transformer certains hommes en Loups-Garous ? Et que dire des griffes de Wolverine, des oreilles de monsieur Spock ou encore de la fourrure de Chewbacca ?

Voici un aperçu des questions que se pose Jean-Sébastien Steyer. Déjà bien connu de nos services pour ses contributions à l’excellente collection Parallaxe des éditions du Bélial’, ce paléontologue, spécialiste de l’évolution des faunes, entreprend d’abord d’esquisser une nouvelle classification du vivant capable d’intégrer ces créatures. Puis, accompagnées de planches signées Arnaud Rafaelian, il les examine une à une, les décortiquant pour distinguer ce qui relève du fantasque de ce qui s’ancre dans le réel. Car quoi de mieux qu’un cabinet de curiosités imaginaires pour confronter la fiction à la rigueur scientifique, pour éclairer certaines réalités anatomiques et aider à mieux comprendre les contraintes du vivant et les lois qui les régissent ? Scruter l’irréel pour mieux voir le réel est aussi l’occasion de rappeler que notre monde recèle, lui aussi, son lot d’étrangetés - certaines simplement mieux déguisées que d’autres.

jeudi 23 avril 2026

Stefano Massini - Manhattan project

Stefano Massini 

Manhattan project 

Ed. Globe 


Stefano Massini Manhattan project Globe bourgois
Des immigrés hongrois 
une poignée d'entre eux 
à peine
juste quelques uns.

À travers leur parcours
Stefano Massini nous raconte
la création de

    la
        bombe
            atomique

La Bombe Atomique.

Nous sommes en 1938
Hitler dirige l'Allemagne 
l'Europe tremble
certaines personnes n'ont pas intérêt
vraiment pas intérêt
à y rester.

Ils sont hongrois
Ils sont juifs
Ils ont peur
Ils sont savants
Ils ont des compétences
Ils sont réfugiés
Ils sont aux États-Unis

Robert Oppenheimer est un nom familier
Enrico Fermi ou
Albert Einstein également

ces scientifiques hongrois sont inconnus,
eux.
Leó Szilárd 
Edward Teller 
restent dans l’ombre. Pourtant
ils pensent
avant les autres
plus vite
plus loin.

Nous sommes en 1938

Ils sont inconnus mais ils vont 
contribuer
à la création de la bombe
La Bombe Atomique.

Stefano Massini se met
à hauteur d'hommes
à hauteur
de ceux qui comptent.
Le temps également compte.
C'est une course
    contre la montre
    contre l'ennemi
    contre la guerre.

Il n'y aura qu'un vainqueur,
un seul.

Même si tout le monde perd à la fin.

Quoique.

Celui qui ne perd pas c'est
le lecteur
bienheureux lecteur
qui se prend de passion pour
la science
    l'Histoire
        l'histoire
            la littérature
                la langue
                    la prose
                        poétique
                            le vers libre
                                le monde libre

mercredi 8 avril 2026

Claire North - La maison des jeux

Claire North 

La maison des jeux 

Ed. Le Bélial' 


Claire North La maison des jeux Le Bélial'
Imaginez un monde dans lequel les jeux ne sont pas que des distractions mais de véritables épreuves d’ingéniosité, de stratégie… et de survie. C’est précisément ce que nous propose Claire North avec sa série La Maison des Jeux, dont les trois opus sont ici réunis - élégamment réunis, devrais-je d'ailleurs préciser.

Au fil des volumes, qui mêlent habilement suspense, mystère et personnages complexes, le lecteur est plongé dans un univers fascinant. Chaque partie met en scène de nouveaux joueurs, de nouveaux enjeux et des contextes variés - des salons feutrés de l’Europe aux sphères du pouvoir politique et économique. Toutes ces parties obéissent à une même logique implacable : celle d’un jeu dont les règles restent en partie dissimulées.

Les intrigues s’articulent ainsi autour de plusieurs niveaux : d’un côté, les joueurs, souvent recrutés pour leurs talents particuliers, qui doivent naviguer entre manipulation, stratégie et prise de risque ; de l’autre, les maîtres du jeu, figures insaisissables qui orchestrent ces affrontements et semblent poursuivre des objectifs dépassant de loin les simples victoires individuelles. À mesure que les récits avancent, une toile plus vaste se dessine, laissant entrevoir une lutte d’influence à l’échelle internationale, où chaque partie n’est que le fragment d’un affrontement plus global.

Au cœur de ces récits se dessine également une forme d’émancipation. Certains personnages, d’abord enfermés dans des rôles qu’ils n’ont pas choisis, vont progressivement chercher à comprendre les mécanismes qui les contraignent, voire à s’en affranchir. Cette quête de liberté, intellectuelle autant que morale, donne une profondeur supplémentaire à l’ensemble. Par ailleurs, l’intérêt de l’œuvre tient aussi dans sa narration singulière, qui accorde au lecteur une place privilégiée.
"Nous sommes les observateurs qui ne prennent pas part au jeu, les arbitres qui jugent tout un chacun mais ne peuvent être jugés."
Ainsi, le lecteur devient un spectateur lucide, presque complice des événements. Cette position renforce l’immersion tout en instaurant une distance troublante : nous voyons les pièges se refermer, les stratégies se déployer, sans jamais pouvoir intervenir. De cette tension naît une atmosphère durablement intrigante, qui continue de hanter bien après la dernière page.

D'autres avis ? Hop !

mardi 7 avril 2026

Agatha Christie - L'affaire Protheroe

Agatha Christie 

L'affaire Protheroe 

Ed. Audiolib 



Agatha Christie L'affaire Protheroe Audiolib
St Mary Mead est un village anglais dont l'harmonie paisible est dérangée par un assassinat : le colonel Protheroe est retrouvé mort dans le bureau du Pasteur, un endroit peu propice à l’irrégularité morale. De fait, le lieu du meurtre, d'une inconvenance frappante, est presque plus scandaleux que le meurtre en question. Il faut dire que la victime, autoritaire, cassante, volontiers insupportable, n’était pas précisément un homme que l’on pleure avec excès. Sa disparition suscite davantage de soupirs soulagés que de sanglots éplorés.

Bien entendu, tout le monde ou presque avait une raison d’en vouloir à Protheroe. Alors que les rancunes apparaissent et que les hypocrisies se précisent, les petites mesquineries prennent un relief inattendu. Et c'est là qu'entre en scène Miss Marple. Cette vieille demoiselle à l’apparence inoffensive, tricoteuse assidue, observatrice redoutable, appartient à cette catégorie de personnages qui voient tout sans jamais sembler regarder. Elle raisonne moins en termes d’indices spectaculaires qu'en analogies sociales. Chez elle, pas plus de flamboyance que de théâtralité, seulement une connaissance aiguë de la nature humaine, acquise au fil des commérages et des après-midis tranquilles. 

En révélant les failles derrière les façades bien tenues, les rosiers impeccables et les tasses de thé, Agatha Christie ne se contente pas de divertir : elle esquisse une ironique et lucide cartographie des âmes ordinaires. La romancière y orchestre une intrigue d’une apparente simplicité. Elle multiplie toutefois les fausses pistes. Indeed, la vérité est rarement là où on la cherche. Tout a beau être sous ses yeux, le lecteur est dupé tout au long du roman. Dupé mais avec élégance, en particulier dans cette version audio, très réussie, précise sans être froide, habitée sans excès. L'interprétation de Stéphane Ronchewski donne aux personnages une présence tangible et restitue à merveille l’ironie feutrée ainsi que les nuances psychologiques chères à l'autrice du Train de 16h50.

Quant à la chute, bien entendu, elle est impossible à deviner. Comme toujours avec Agatha Christie, fallait-il le préciser ?

mercredi 1 avril 2026

San-Antonio - Faut-il vous l'envelopper ?

San-Antonio Faut-il vous l'envelopper Fleuve Noir
San-Antonio 

Faut-il vous l'envelopper ? 

Ed. Fleuve Noir 


Plusieurs enfants sont portés disparus ! San-Antonio mène une enquête qui devrait être vite bouclée : un piège est d'ailleurs tendu pour attraper les ravisseurs présumés. Le commissaire est d'autant plus vigilant que c'est Marie-Marie, la nièce bien-aimée de Béru, qui sert d'appât. Il ouvre l'œil, pendu à son écouteur, alors que ses acolytes observent et commentent la scène, chacun caché dans le feuillage d'un arbre, un émetteur à la main. Mais malgré la vigilance de tous ces hommes, l'impensable se produit : la jeune fille disparaît à son tour, laissant San-Antonio stupéfait et plongeant Béru dans l'abattement.

Si l'enquête commence sur les chapeaux de roues, le roman ne démarre jamais vraiment, la faute sans doute, du moins en partie, à un Béru étonnamment sous-exploité. En contrepartie, l'auteur offre à Pinaud un rôle à sa mesure ! Pour le reste, que dire ? L'ensemble est assez moyen. Certaines scènes totalement fantasques - Béru pendu par les bretelles à sa branche ! - viennent heureusement rehausser le tout, sans toutefois masquer une impression persistante de facilité, voire de routine. Disons toutefois qu'avec ses quelques calembours, ses jeux de mots habituels, son argot savoureux, sa petite démonstration de figures de style et son joli lot de notes de bas de pages, cet épisode fait son office.


 
Et pour suivre l'avancée de ma lecture complète des aventures du commissaire San-Antonio, cliquez sur le sourire de l'auteur !

mercredi 25 mars 2026

James Robert Baker - Diables blancs

James Robert Baker 

Diables blancs 

Ed. Voolume 


James Robert Baker Diables blancs monsieur toussaint louverture Voolume
Monsieur Toussaint Louverture est un éditeur dévoué à sa noble cause. Orpailleur infatigable, il nous révèle une nouvelle pépite, et pas des moindres. Diables Blancs, un inédit débusqué du fond des années 90, réunit tout ce dont un amateur de personnages toxiques, de mauvais sentiments et de références littéraires ne pouvait que rêver.

L'œuvre de cet écrivain et scénariste américain, spécialisé dans la transgressive fiction, n'a pas exactement connu un succès fulgurant outre-Atlantique. Mais la donne pourrait bien changer, du moins en France où l'on découvre la première traduction de ce roman posthume dont le manuscrit, rejeté par toutes les maisons américaines, n'avait tout simplement jamais été publié, ni ici ni ailleurs. Voilà qui est fait. Et bien fait, comme toujours par un éditeur qui soigne aussi bien ses objets que ses textes, et dont Hadrien Rouchard livre pour le compte des éditions Voolume une interprétation très à-propos - même si son incarnation des personnages féminins n'est pas toujours totalement convaincante. La version audio se prête néanmoins tout particulièrement à ce roman, justement présenté comme l'enregistrement sur cassettes de la confession de Tom Dunbar, le principal protagoniste.

Tom Dunbar, le personnage en question, a connu un énorme succès avec son premier livre, un true crime. Forcément attendue au tournant, sa seconde publication n'a pas transformé l'essai. Que faire maintenant, alors que ses droits d'auteurs arrivent d'autant plus à épuisement que sa femme, Beth, en a englouti une bonne partie dans un restaurant peu rentable ? Se mettre à travailler ? Renoncer à l'écriture ? Quitter les beaux quartiers ? Impensable. En revanche, extorquer de l'argent au père de Beth, qui lui a su imposer son nom dans le monde de la littérature, semble réalisable. Et si le vieil homme venait à mourir dans l'affaire, cela pourrait en plus donner à Tom une belle matière première pour un nouveau succès de librairie...

Dès lors, Diables Blancs déroule sans scrupule la logique froide d’un esprit prêt à tout sacrifier à sa propre fiction, sa vie comme celle des autres. Progressant comme une mécanique bien huilée, implacable, où chaque scrupule est méthodiquement limé jusqu’à disparaître, le roman dresse le portrait d'un auteur pour lequel l’écriture n’est plus un refuge mais une arme, un instrument de laboratoire clandestin où le réel est disséqué puis réinjecté dans le monde. Mais cette noirceur n’exclut jamais une forme de jubilation : porté par un humour caustique et constamment nourri de références littéraires comme de clins d’œil à la culture populaire, le texte avance en équilibre entre satire et cruauté. Et à mesure que son projet prend forme, que les conséquences se concrétisent, une évidence s’impose : après tout, pour un écrivain en panne d’inspiration, qu'y a-t-il de plus rentable que la réalité ?

mercredi 18 mars 2026

Larry McMurtry - Cavalier, passe ton chemin

Larry McMurtry 

Cavalier, passe ton chemin 

Ed. Gallmeister 


Larry McMurtry Cavalier, passe ton chemin Gallmeister
C'est systématique : à chaque fois que je pars en vacances, à peine ma porte franchie, j'ai le sentiment d'avoir oublié quelque chose. Je me creuse la tête, je refais le film de mes préparatifs. L'eau ? Coupée. La serrure ? Verrouillée. Mes clefs ? Dans ma poche. Mes papiers ? Dans mon sac. Tout y passe. Je cherche ce qu'il me manque, je cherche, je cherche, je cherche sans trouver - car je n'ai rien oublié. 

J'ai vécu la même chose en refermant la dernière page de ce roman de McMurtry. Il manque quelque chose à ce livre. Mais quoi ? Le style ? Propre. Les personnages ? Consistants. La trame ? Cohérente. L'ambiance ? Soignée. Mais alors quoi ? 

Reprenons : avec son premier livre, l'auteur de Lonseome Dove nous plonge au milieu des années 50, dans un Texas tel que vous l'imaginez certainement - des ranchs, des bêtes, des bottes, des racistes, des revolvers. Là, coincé entre ses grands-parents et les cowboys, tiraillé entre les traditions ancestrales et la promesse d'un avenir modernisé, Lonnie grandit dans l'ennui. Il faut dire que les distractions sont aussi rares que les perspectives. Alors le temps passe et le jeune homme, en parfait protagoniste de roman d'apprentissage, avance dans la vie en posant autour de lui un regard naïf et pourtant empreint d'une certaine forme de lucidité.

Finalement, que lui manque-t-il ? Peut-être cette impression diffuse que rien ne dépasse vraiment. Comme au moment de quitter la maison, tout est à sa place, tout semble en ordre. Pourtant, le doute subsiste. Ce roman est maîtrisé, indéniablement. Mais où est la surprise ? C'est l'imprévu qui fait défaut. Peut-être qu’il manque simplement ce petit déséquilibre, cette aspérité qui fait qu’une histoire s’accroche et refuse de nous quitter, voire donne envie d'y revenir.

mercredi 4 mars 2026

Stephen King - Écriture

Stephen King 

Écriture - Mémoires d'un métier 

Ed. Albin Michel 


Stephen King Écriture Albin Michel le livre de poche
Sous-titré Mémoires d'un métier, cet essai de Stephen King est présenté comme un recueil de conseils pratiques sur l'art d'écrire et de construire une histoire. On s’attend donc à une leçon. Mais, l'essentiel du livre étant très autobiographique, on reçoit d’abord une vie. Et quelle vie : cabossée, opiniâtre, cousue de refus éditoriaux et d’accidents absurdes - une existence américaine somme toute assez typique, mais portée par une obstination peu commune. L'auteur de Ça parle de son enfance avec nostalgie, de sa mère avec une tendresse bourrue, de son épouse avec amour, de ses débuts avec une humilité presque suspecte, et de ses échecs avec une franchise désarmante. Ces pages-là sont irrésistibles. Car lorsque Stephen King parle de lui, il est passionnant. Mieux : touchant. Le conteur supplante la légende, et l’on découvre qu’avant d’être une marque mondiale, il fut un homme qui tapait ses histoires dans la buée du doute.

Puis vient le moment où le conteur range la madeleine et sort le sécateur. Alors le mémorialiste laisse place au législateur et on découvre vite que le romancier a des principes. Oh, il en a. Les adverbes ? À l’échafaud. La voix passive ? Au pilori. La phrase trop grasse ? Mise au régime sec. On entend presque la sentence tomber avec la netteté d’un couperet syntaxique. Que ses conseils soient judicieux, nul n’en doute. Ils sont même souvent frappés au coin du bon sens. Mais ce bon sens prend parfois des airs de doctrine. Et ils sont servis avec une assurance qui transforme l’expérience personnelle en une distribution des tables de la loi stylistique. Quand il raconte sa vie, il fascine ; quand il édicte des règles, il dogmatise. 

Au fond, et c’est là toute la malice, la plus belle leçon d’écriture que donne Stephen King n’est pas celle qu’il énonce, mais celle qu’il incarne. On croyait ouvrir un manuel ; on referme le portrait d’un homme au travail. Moins qu’un code, Écriture est un exemple. Et ce qui demeure, finalement, ce n’est pas une méthode mais une voix, et cette injonction simple, presque austère : s’asseoir. Écrire.

mardi 3 mars 2026

San-Antonio - La fête des paires

San-Antonio La fête des paires Fleuve Noir
San-Antonio 

La fête des paires 

Ed. Fleuve Noir 


Alors que certains proposent leurs services expéditifs pour faire justice auprès de ceux qui s'en sentent privés, les autorités compétentes entrent en scène. Le commissaire, flanqué de son fidèle entourage, se retrouve alors à naviguer entre faux-semblants, gros bras et créatures fatales, dans une intrigue qui avance à coups de tatane narrative et de calembours supersoniques. Ça complote, ça se course, ça s’empoigne, et notre héros distribue la justice comme des pralines, dans un joyeux chaos savamment orchestré, vitriolé et sous haute tension.

Et puis, il y a cette galerie de trognes ! Des silhouettes qui déboulent comme dans un vaudeville sous amphétamines. La démesure fait loi, le trait est appuyé, la caricature flirte avec le mythe. Et au milieu de ce barnum, un personnage secondaire - un vrai, un solide - vient redynamiser la distribution. Jérémie Blanc, le bien nommé, entre en scène comme on balance un pavé dans la mare : tout éclabousse, tout s’électrise. Les dialogues prennent du nerf, les situations se retendent, le commissaire et Béru ne sont plus seuls sous les feux de la rampe. 
"Un noir immense dont la poitrine nue obstrue tout l'encadrement. Du mec hors série ! Près d'un mètre nonante, des muscles, une peau sénégalaise absolument noire, un visage aux pommettes proéminentes qu'éclairent de yeux de loup en vadrouille."
C’est du grand art de composition populaire !

Mais ne refermons toutefois pas le livre sans appuyer là où ça fait mal. À force de tout traiter sur le mode de la gaudriole et de la désinvolture bravache, l’auteur glisse parfois sur une peau de banane plus grave : la dédramatisation des violences faites aux femmes. Ce qui, dans le contexte de l’époque, relevait d’un humour noir ou d’une provocation potache, peut aujourd’hui laisser un arrière-goût plus amer. Le rire se coince un peu dans la gorge. On admire toujours le styliste, le saltimbanque du verbe, mais on ne peut s’empêcher de tiquer devant certaines légèretés. La fête est brillante mais, comme toute fête un peu trop arrosée, elle laisse au matin quelques traces dont il faut savoir parler.


 
Et pour suivre l'avancée de ma lecture complète des aventures du commissaire San-Antonio, cliquez sur le sourire de l'auteur !