dimanche 10 janvier 2021

Lavie Tidhar - Aucune terre n'est promise

Lavie Tidhar Aucune terre n'est promise  Mu
Lavie Tidhar 

Aucune terre n'est promise 

Ed. Mu 


Oubliez tout ce que vous savez - où croyez savoir - sur le peuple élu et son histoire moderne : Le gouvernement de Chamberlain, au début du XXème siècle, a fait passer sa proposition auprès du Congrès Sioniste et l'État Juif est installé en Afrique de l'Est, quelque part entre le Kenya et l'Ouganda. Partant de là, inévitablement, les évènements ont pris un cours inédit.

Un cours que le roman de Lavie Tidhar exploite avec beaucoup de finesse. Bien entendu, comme dans toute bonne uchronie qui se respecte, l'auteur se sert de cette nouvelle réalité pour poser un œil neuf sur celle que nous connaissons et en tracer les contours sous une nouvelle perspective. Sachant que cette perspective se déplace au fil du roman, ce qui plonge le lecteur dans une certaine forme de confusion, habilement entretenue…
"Ce n'est que lorsqu'on atterrit que les petites différences apparaissent ; une arrivée sur un rivage inconnu, magnifié par de minuscules dissonances : les mondes se ressemblent beaucoup, seuls les détails varient."
Des détails, certes, mais qui ont leur importance.

Lior Tirosh est un écrivain de seconde zone qui vivote des romans de genre qu'il publie. Son avion vient de quitter Berlin pour la Palestina qu'il a quittée des années plus tôt. À son arrivée, tout semble différent. Est-ce la simple conséquence du temps passé ? Confronté à cette ville qu'il reconnaît mal, le jeune homme va devoir composer avec l'étrangeté. Le lecteur également.

L'histoire se met alors en route et, après une disparition, une filature et une enquête, elle prend des airs de roman policier. Si l'intrigue fonctionne bien et parvient à offrir un dosage équilibré entre limpidité et complexité, on sent bien qu'elle n'est là que pour alimenter le côté romanesque d'un livre dont l'objectif est ailleurs et plus ambitieux. D'ailleurs, dès qu'il s'en éloigne un peu, l'auteur finit par y revenir assez vite, notamment grâce à un personnage secondaire, Nour, garant du caractère uchronique du roman et du message qu'il véhicule. C'est ce message qu'il est intéressant de noter.

Entre sa construction policière, ses ressorts fantastiques, ses éléments historiques, sa dimension religieuse et ses nombreuses trouvailles narratives et formelles, le livre de Lavie Tidhar a tout du livre total. Il souligne les dysfonctionnements de notre monde à la lumière de celui qu'il dessine et frappe fort. Plus qu'un "simple" roman de genre - une littérature dont l'auteur se moque gentiment à travers le (auto)portrait d'un écrivain raté et de son œuvre caricaturale -, Aucune terre n'est promise est un livre critique sur la situation actuelle, le conflit permanent et surtout sur la condition juive d'une part et la spoliation des territoires d'autre part. En suggérant que, malgré quelques variations, nos erreurs tendent à se répéter, et en proposant un nuancier des schémas possibles, il comble quelques lacunes, invite à se retourner sur notre Histoire et à y réfléchir.

D'autres avis ? Hop ! JustAWord, Gromovar...

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mercredi 6 janvier 2021

Laura Pugno - Sirènes

laura pugno sirenes inculte
Laura Pugno 

Sirènes 

Ed. Inculte 


Laura Pugno, c'est pas un bisounours. Oh non ! Et quand l'auteure italienne revisite le mythe de la petite sirène, croyez bien que ce n'est pas de Walt Disney qu'elle s'inspire. Ariel ? Ah ! Laissez-moi rire ! Et le Prince Éric ? Pfff... Avoir une relation avec une sirène ? Autant se tirer directement une bastos dans les burnes. Ici, un rapport avec une de ces vaches à lait aquatiques - ces lamentins adipeux aux dents pointues - ressemble plus à la version zoophile d'une vidéo Jacquie et Michel qu'à une romance mielleuse. Et à moins d'être sérieusement secoué ou d'avoir des tendances suicidaires, comme le neurasthénique Samuel du livre, mieux vaut faire l'impasse ou s'adonner à d'autres plaisirs.
 
Oui mais j'oubliais de vous dire : d'autres plaisirs ? Il n'y en a pas. La population a été décimée par une pandémie, les survivants se cachent du soleil dont la moindre exposition est fatale, le monde est pollué et la société est corrompue, contrôlée par la mafia qui exploite les sirènes, en fournit les bordels ou en trafique la viande. Alors quoi de mieux à faire pour Samuel ? Il plonge dans un bassin et prend une sirène comme un fermier dégénéré le ferait avec sa vache. Quelques temps plus tard, il réalise qu'elle est grosse. C'est l'histoire de la vie.

Le livre de Laura Pugno est incroyable et plein de contrastes. Avec sa vision post-apocalyptique d'une fascinante noirceur, il est organique et viscéral, nerveux et incommodant, aussi dégoutant qu'excitant. C'est un bel exemple de roman pessimiste et dépressif, sacrément testostéroné.
"Le monde avait cessé d'être merveilleux. On même seulement intéressant."
Allez, on dit merci qui ?

D'autres avis ? Hop ! JustaWord, Brize...

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lundi 4 janvier 2021

George O. Smith - Opération Interstellaire

George O. Smith  Opération interstellaire Fleuve Noir anticipation
George O. Smith 

Opération Interstellaire 

Ed. Fleuve Noir 


En 1869 était posé le fameux Boulon d'Or qui symbolisait la réalisation de la jonction ferroviaire entre l'Amérique de l'Est et celle de l'Ouest. Moins d'un siècle plus tard, George O. Smith imaginait un équivalent interstellaire futuriste avec le Maillon d'Or qui unirait par onde Z la Terre et sa lointaine enfant, Néoterre. Les communications deviendraient alors instantanées, abolissant les distances dans l'espace !

L'homme de ce projet, Paul Grayson, a bien des soucis. Génie pour les uns, fumiste plein d'idéal pour les autres, il doit sans cesse faire ses preuves, composer avec les inévitables conflits d'intérêts et déjouer les complots de ses rivaux. Tout commence d'ailleurs quand on lui subtilise ses papiers d'identités et que, pendant qu'il déclare le vol, un individu tente de prendre sa place à bord de son astronef.

Il ignore alors que ce qui n'est que le début des ennuis pour lui est également le début de celui, moins fâcheux mais plus profond, du lecteur qui suit ses mésaventures.

En effet, dire de ce roman gentiment utopiste qu'il ne brille pas par le rythme de son intrigue serait un doux euphémisme. Opération Interstellaire est lent et plat, à l'image de la relation qui se crée entre le pilote et la jeune écervelée qui lui sert d'acolyte.
"-Nous pouvons nous marier tout de suite.
- Je ne demande pas mieux, mais… à condition que vous acceptiez une femme qui n'a rien à se mettre… Je n'ai plus que ce que je porte en ce moment."
Bref, on tient là un roman d'anticipation dégoulinant de naïveté, un livre qui partait sur une bonne idée mais ne tient pas plus la route que ses promesses et qui exploite des ressorts d'un classicisme paresseux et poussiéreux. J'en baille. Arf.

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FNA n°59

dimanche 3 janvier 2021

Grégoire Bouillier - Rapport sur moi

Grégoire Bouillier Rapport sur moi Allia j'ai lu
Grégoire Bouillier 

Rapport sur moi 

Ed. Allia 


En 2002, autant dire dans une autre vie, j'avais lu le premier livre de Grégoire Bouillier. Dans ce roman récit autofiction psychanalyse journal mémoires autobio bouquin, récompensé d'un joli prix de Flore, l'auteur ouvrait son dossier personnel, constitué des expériences qui forgent la vie d'un homme et le conduisent jusqu'à l'âge raisonnable de quarante ans. Il invitait le lecteur à découvrir son intimité, ses souvenirs, sa famille, ses choix et témoignait finalement d'une existence marquée par des épreuves traumatisantes, à commencer par les tendances suicidaires de sa mère.

Même si je me souviens d'avoir aimé Rapport sur moi à l'époque, je dois reconnaître que, dix-huit ans plus tard, il ne m'en restait pas grand chose. Je l'ai donc relu. J'ai bien fait. Et pour cause, tout ce qui fait le talent de Grégoire Bouillier était déjà là : l'esprit, l'humour désabusé, l'autodérision, le sens de la formule, la fluidité et la capacité à aligner les idées, à sauter d'un sujet à l'autre en suivant le fil de ses pensées plutôt que celui du temps qui passe.

Il est d'autant plus intéressant de le reprendre aujourd'hui que, lu à la lumière du Dossier M, je réalise qu'il en comporte de nombreuses clés de lecture et qu'une partie du Dossier était déjà en germe dans les pages du Rapport. Ce premier livre n'avait certes ni la dimension, ni l'ambition du dernier - en date - mais laissait présager du meilleur, ce qui a largement été confirmé par la suite. On peut presque considérer ce premier livre comme un coup d'essai. Et, de la même manière que les ébauches de certains grands artistes pourraient passer pour les œuvres achevées, ce coup d'essai est loin de n'être qu'une ébauche. En effet, ce premier livre, si petit, en était déjà un grand.

samedi 2 janvier 2021

Laurent Pépin - Monstrueuse féérie

Laurent Pépin Monstrueuse féérie flatland
Laurent Pépin 

Monstrueuse féérie 

Ed. Flatland 


Pour toi, l'ami, l'an 2020 restera marqué par le coronavirus. Pas pour moi. Enfin si, un peu quand même. Mais disons que si je ne devais retenir qu'une chose de cette année, une seule, ce serait assurément "le projet Maki" : 52 semaines et autant de nouvelles lues et chroniquées dans le cadre d'un challenge bigrement chronophage mais aussi passionnant que stimulant.

Un challenge dont voici venue l'heure de la clôture !

Cette page se referme en beauté avec la novella de Laurent Pépin. Il s'agit d'une histoire d'amour fantastique qui nous entraîne dans un centre psychiatrique et nous fait assister à la confrontation entre une Elfe et son psy. La relation qui se crée entre les deux protagonistes fait resurgir les lointains souvenirs du praticien, dessine le portrait d'un homme marqué par ses origines singulières, par ses souvenirs monstrueux et par son rapport à sa mère. Alors que le monde qu'il décrit, déroutant et invraisemblable, ne semble ni tout à fait réel, ni totalement fantasque, c'est finalement à son analyse à lui que l'on assiste. Et, pour la suivre, le lecteur empruntera d'étranges sentiers de traverse qui lui feront découvrir la prose poétique d'un auteur très habile dans son exploration des tréfonds de l'âme humaine. C'est d'ailleurs ce dernier point qui m'aura le plus intéressé : sans pour autant complètement verser dans le récit psychanalytique, Laurent Pépin fait preuve d'un réel talent pour nuancer ses personnages, en disséquer l'esprit et faire germer le doute quant à leur interprétation. C'est troublant.

Un livre lu sur le (toujours) bon conseil du Chien critique qui n'était pas sûr de savoir s'il allait être pour moi - te voilà fixé !

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mardi 22 décembre 2020

Stange crazy tales of pulpe

Stange crazy tales of pulpe les artistes fous

Stange crazy tales of pulpe 

Ed. Les Artistes Fous 


Le titre et l'illustration de couverture sont aussi éloquents l'un que l'autre et annoncent d'emblée la couleur. Pour Southeast Jones, le préfacier et anthologiste, le mot "Pulp" est "synonyme d'aventures fantastiques, merveilleuses et incroyablement colorées", des textes au "charme et [à] la patine particulière de cette période dite de l'Âge d'or" mais qui ont "souvent mal vieillis". En ce qui concerne certaines nouvelles de ce recueil, je laisse au temps le soin de juger. Pour les autres, je crois pouvoir affirmer que même les années les plus bonifiantes n'y pourront rien.

Ce livre se veut donc un hommage appuyé aux recueils de nouvelles de la culture pulp. Il est composé de treize histoires courtes qui offrent un nuancier en terme de genres et de qualités. De la SF au fantastique et de l'horreur au polar, on y trouve le pire comme le meilleur. D'ailleurs, on commence avec le pire, on termine avec le meilleur et, entre les deux, c'est un vague camaïeu.

Si, sur la base de critères parfaitement subjectifs, je ne devais retenir que trois nouvelles de ce recueil, j'imagine qu'il s'agirait des suivantes :

Le cimetière des innocents de Jean-Pierre Favard

Parce que quand le personnage, l'inspecteur Bonnaventure, raccroche le téléphone, il "repos[e] le combiné sur son socle de bakélite noire." Ça, ça pardonne tout, même un manque flagrant de finesse, une histoire lourde et une intrigue incohérente ponctuée de lignes de dialogues épaisses et grossières.

Droit dans le mur de Jean-Marc De Vos

Parce que c'est drôle, loufoque, décomplexé et parce que je n'ai pas vu arriver la chute. Et aussi parce que je suis convaincu que l'auteur de cette blague belge améliorée a lu mon billet sur la nouvelle de Ward Moore. Obligé !

Le destin des normes de Denis Labbé

Parce qu'on n'est pas à un cliché près et que, donc, quand un soldat suédois tombe au combat, il file directement au valhalla. Logique. Mais surtout parce que je ne m'attendais pas à ce qu'une nouvelle pulp voit son action située en 2013. C'est une raison comme une autre, non ?

Bref, j'ai secoué, secoué et une bonne partie de la pulpe et restée en bas. Heureusement, le recueil se termine sur la nouvelle de Southeast Jones, sans doute la moins proche de la thématique mais de loin la meilleure du livre. D'ailleurs, c'est probablement ceci qui explique cela. Car là où ce dernier a su se libérer des contraintes, les autres ont trop voulu y coller. Or, à vouloir grossir le trait, accentuer les défauts et jouer la carte du petit budget, ils ont sans doute confondu pastiche, hommage, parodie et caricature. Dommage.

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lundi 14 décembre 2020

Grégoire Bouillier - Le Dossier M (2/2)


Grégoire Bouillier 

Le Dossier M (4 - Noir, 5 - Jaune & 6 - Vert) 

Ed. Flammarion 


Et Grégoire Bouillier transforma l'essai !

Après avoir entendu une voix intérieure le condamner à une période de dix ans de dépression à la fin de la première moitié du Dossier M, l'auteur de Rapport sur moi purge sa peine. Ces trois volumes en font le récit, ainsi que l'inventaire des multiples conquêtes dans les bras desquelles l'auteur a cherché à noyer son chagrin et qu'une impressionnante quantité de théories telles qu'il se plait à en échafauder.

Mais surtout, plus qu'une suite (ce qu'elle est tout de même), cette seconde partie propose une relecture de la première. Elle Apporte de nouveaux éléments, offre un angle et un point de mise en perspective nouveaux, et elle invite le lecteur à repenser la notion de réalité. Celle de l'auteur est-elle nécessairement la bonne ? Vaste question (j'invite les curieux à se rapporter à un essai de Pierre Bayard qui traite de ce sujet - ici). Certains éléments laissent planer le doute et suggèrent que le récit, s'il ne s'aventure jamais dans le domaine de la fiction, explore une zone trouble de la réalité.

Bref, l'auteur continue à réfléchir à l'évolution de la société et, considérant qu'il est "désormais en phase avec son époque", il s'interroge sur ce que cela signifie et implique. Toujours très porté sur l'art de la digression et confirmant sa grande maîtrise de la transition et son sens de la fluidité, il nous emmène d'un concert de Miles Davies à un tour du monde à la voile, d'une peinture du Greco au personnage du Pr Tournesol, d'un rôle de Lino Ventura à la mort de Kurt Cobain. Autant d'éléments versés à un imposant dossier, un dossier qui fait passer du rire aux larmes, un dossier d'une rare ambition, un dossier brillant et impeccable, un dossier de 3000 pages magnifiques, sans une seule ligne de trop.

Un dossier avec un grand M comme magistral.

dimanche 6 décembre 2020

Clifford D. Simak - L'épidémie

Clifford D. Simak L'épidémie Le passager clandestin
Clifford D. Simak 

L'épidémie 

Ed. Le passager clandestin 


En 1976, Alors que les États-Unis interrompaient leur utilisation massive du DDT et un an après que Monsanto ait lancé le Roundup sur le marché, Clifford D. Simak s'interrogeait sur les effets des pesticides et leur impact sur la population.

Pour aborder cette problématique, l'auteur de Demain les chiens invite le lecteur dans une petite ville provinciale. Ce jour-là, l'unique médecin de cette bourgade et personnage principal de la nouvelle, Arthur Benton, doit s'entretenir avec un auteur d'ouvrages médicaux au sujet d'une épidémie qui sévirait dans les campagnes américaines. L'écrivain, qui aurait recensé un nombre anormalement élevé de cas de profonde exténuation, questionne les médecins de la région pour savoir s'ils ont constaté ou non un tel phénomène. Le docteur Benton s'interroge alors à son tour et pose sur ses patients un regard différent.

La nouvelle, qui imagine une société accro aux pesticides et souffrant de ses effets secondaires, nous fait surtout suivre le quotidien d'un personnage attachant. Certes, le sujet est intéressant et malheureusement toujours autant d'actualité qu'à l'époque de sa publication, mais je crois que je retiendrai moins la thématique de ce texte que le médecin qu'il met en scène, ce "vieux généraliste encroûté dans son bled", un homme simple et sincèrement concerné par le bien-être de ses concitoyens. J'ai aimé le portrait qui en est dressé, la relation de confiance qu'il entretient avec ses patients, le rôle qu'il incarne et la décision qu'il prend en guise de chute, à la fin de la nouvelle.

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vendredi 27 novembre 2020

Claude Ecken - En sa tour, Annabelle

Claude Ecken En sa tour, Annabelle Le Bélial' monde tous droits reserves
Claude Ecken 

En sa tour, Annabelle 

Ed. Le Bélial' 


Les éditeurs du Bélial' ont ceci de commun avec le dealer du coin de ma rue qu'ils distribuent gratuitement la première dose. Mais pour qui en veut plus, il faut casquer. Or, je ne serais pas surpris que ceux qui se laissent tenter en veuillent plus, car cette prise a comme un petit goût de reviens-y.

Dans cette nouvelle, extraite de Le monde, tous droits réservés, le narrateur nous présente sa sœur, une sœur folle mais "d'une folie peu ordinaire." Elle est atteinte de "jargonaphasie extrême doublée d'anosognosie." Comprenez par là qu'elle dit n'importe quoi. Ses propos semblent dénués de sens ? Peut-être. Mais pas pour tout le monde…

En quelques pages à peine, dans une langue sobre et parsemée d'étranges et absconses déclarations, Claude Ecken brosse le portrait touchant de la jeune fille et nous présente la relation très particulière qu'elle entretient avec son frère. Bien que publiée chez une maison orientée littérature de genre, cette histoire très courte, sensible, s'inscrit dans un registre classique de littérature blanche. J'ignore si le reste du recueil est du même ton ou aussi qualitatif. Il n'est pas impossible que j'ouvre ma bourse pour aller m'en assurer.

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lundi 23 novembre 2020

Kathleen Dean Moore - Petit traité de philosophie naturelle

Kathleen Dean Moore Petit traité de philosophie naturelle Gallmeister
Kathleen Dean Moore 

Petit traité de philosophie naturelle 

Ed. Gallmeister 


Après avoir parcouru durant des années les vastes et sauvages étendues américaines, Kathleen Dean Moore a recensé dans un ouvrage ses impressions inspirées de la nature et les questions qui en ont découlé. Mais, contrairement à ce que peuvent laisser penser le titre et la qualité de philosophe de son auteure, il s'agit moins d'une réflexion critique sur le rapport au monde ou sur la place que chacun y occupe que d'un simple recueil de sensations.

Ainsi, moins cérébral que sensoriel, le livre s'appuie sur des détails tels que le bruit de la pluie, le craquement d'une branche ou le chant des oiseaux pour revenir, dans des textes courts, sur des descriptions de paysages, des anecdotes de voyages, des pensées sur les éléments ou encore ses souvenirs de famille.

Les esquisses de certains panoramas sont enlevées, très inspirées, et la philosophe, qui fait souvent preuve d'une grande sensibilité et de beaucoup de justesse, parvient sans mal à communiquer son enthousiasme. Mais les nombreux passages sur son rapport à son mari ou à sa fille m'ont laissé relativement insensible et je n'y ai vu que très peu d'intérêt. Finalement, le livre comporte autant de scènes anecdotiques que de tableaux touchants et l'ensemble, s'il est malheureusement inégal et parfois trop terre-à-terre, a le mérite d'être poétique et apaisant.