dimanche 1 février 2026

Avatar - Exploration scientifique et culturelle de Pandora

(Sous la direction de) Roland Lehoucq & Jean-Sébastien Steyer 

Avatar - Exploration scientifique et culturelle de Pandora 

Ed. Le Bélial' 


(Sous la direction de) Roland Lehoucq & Jean-Sébastien Steyer Avatar Exploration scientifique et culturelle de Pandora Le Bélial' parallaxe
Alors que, jusqu'à présent, j'ai lu tous les volumes de cette collection, j'ai hésité à ouvrir celui-ci. Il faut dire que le film dont il est question m'avait un peu laissé de marbre - même si, comme beaucoup, je dois reconnaître avoir été séduit par sa dimension visuelle. Je n'ai pas revu le premier opus depuis sa sortie dans les salles obscures en 2009 et je n'ai jamais vu ses suites. Pour autant, j'aurais eu tort de ne pas me plonger dans ce recueil, d'une grande qualité et élégamment illustré, à l'image des autres titres de la collection Parallaxe.

Tout comme il avait entrepris l'exploration scientifique et culturelle de l'univers de Dune, Roland Lehoucq, cette fois-ci accompagné de Jean-Sébastien Steyer, s'aventure sur la planète Pandora, théâtre de la saga imaginée par James Cameron. Pour ce faire, les deux chercheurs se sont "entourés des spécialistes les plus sympas de la galaxie, grands vulgarisateurs et vulgarisatrices de sciences humaines et sociales, de sciences de l'univers, et de sciences naturelles." 

Il faut reconnaître qu'il y a beaucoup de choses à dire sur ces films qui, par ailleurs, semblent beaucoup inspirer les contributeurs. Chacun dans sa spécialité, certains étant toutefois plus accessibles que d'autres, ceux-ci exposent ce qui a été mis en œuvre pour rendre crédible ou cohérent l'univers de Pandora dans sa dimension scientifique et culturelle. Ainsi, de l'astrophysique à la biologie en passant par la linguistique ou la chimie, l'ouvrage décortique gaiement les différentes facettes abordées dans les films, allant également jusqu'à aborder des domaines plus inhabituels, tels que la philosophie ou l'histoire de l'art. Et comme les contributeurs ne sont pas que "les plus sympas de la galaxie" mais également les plus passionnants, ils le font avec un enthousiasme communicatif et sans jamais chercher à en gâcher la magie. Au contraire, ils parviennent à l'alimenter tout en rappelant certains principes fondamentaux de toute bonne SF :
"Il parle moins de l'avenir que de notre présent car la SF, sous ses airs de divertissement ou d'évasion, fonctionne souvent come un miroir tendu à notre monde : elle grossit les traits, déplace les repères, change les décors, dépersonnalise le débat pour interroger nos rapports à la technologie, à la nature, au pouvoir, à l'altérité."
D'autres avis ? Hop ! Deadnight, Outrlivres, TachanCélindanaé...

mardi 27 janvier 2026

San-Antonio - Entre la vie et la morgue

San-Antonio Entre la vie et la morgue Fleuve Noir
 San-Antonio 

Entre la vie et la morgue 

Ed. Fleuve Noir 


Tout commence par une chute. La jeune femme à lunettes que file San-Antonio tombe d’un train, dans des circonstances suffisamment floues pour exclure l’accident banal sans pour autant crier au meurtre évident. Le corps est là, encombrant, et avec lui une série de questions mal assorties : pourquoi elle, pourquoi ici, pourquoi maintenant ? On comprend très vite que cette mort n’est qu’un nœud dans un réseau plus vaste. Secondé par Béru et Pinuche, le commissaire avance à sa manière, brutale et expéditive, provocant les confidences et accumulant les indices bancals jusqu’à ce que l’ensemble finisse par dessiner une vérité moins simple que prévu. 

Cette trame policière joue pleinement son rôle : elle tient le roman debout et offre un terrain stable sur lequel l'auteur peut se permettre les libertés qui le caractérisent : malmener ses personnages et révolutionner la langue. Celle-ci déborde, exagère, s’autorise tout et, plus que raconter l'enquête, elle la commente, la parasite, la transforme en terrain de jeu verbal, métaphorique, argotique, un terrain ponctué de comparaisons improbables, des obsessions de San-Antonio, de réflexions plus ou moins absurdes ou encore de ce constat étonnant : notre héros n'a jamais couché avec une femme à lunette. 


 
Et pour suivre l'avancée de ma lecture complète des aventures du commissaire San-Antonio, cliquez sur le sourire de l'auteur !

samedi 24 janvier 2026

Vargo Statten - Infernale menace

Vargo Statten Infernale menace Fleuve Noir anticipation
Vargo Statten 

Infernale menace 

Ed. Fleuve Noir 


Ena, accompagnée de son père et de son mari, vient à peine de franchir le seuil de la demeure isolée dont elle a hérité de  son oncle, un savant aussi brillant que fantasque, qu'un homme se présente déjà à la porte. Celui-ci, un docteur dont j'ai oublié le nom au moment où je tape ces lignes, lui offre de but en blanc de lui racheter la propriété, qu'il lui déclare possédée. 
"- Est-elle hantée ?
L'inquiétant docteur esquissa une moue.
- On pourrait la qualifier ainsi, murmura-t-il. Disons plus exactement qu'elle est sous l'influence d'une force néfaste."
Malgré l'insistance dont fait preuve le docteur, la jeune femme refuse net de la lui céder ! Il faudra peu de temps aux nouveaux occupants des lieux pour comprendre les sous-entendus et pour réaliser ce qui se trame entre les murs et sous le plancher de cette maison : des insectes que des expériences folles ont rendu géants semblent bien décidés à sortir de là et à conquérir la planète !
"Nous ne sommes qu'au début d'un très sombre chapitre de l'Histoire de l'humanité, Nick. Un combat impitoyable et décisif a commencé entre l'univers des insectes et celui des humains. Le vaincu deviendra l'esclave du vainqueur. Et si j'en juge par la façon dont la bataille s'est engagée, je pense que les jours de l'Homme sur cette planète sont comptés."
Ce roman, pulp comme on l'aime, et dont le récit privilégie l’action et les idées choc, explore alors la peur très “années 50” d’une science qui va trop vite. Il semble profondément convaincu que la fin du monde commencera par un abus de recherche, lequel conduira l’humanité à se retrouver face à une force qu’elle ne comprend pas totalement et qu’elle a pourtant elle-même réveillée. 

Mais plus que dans son sujet, plus que dans son traitement, et plus même que dans l'atmosphère évidemment anxiogène qu'il s'évertue à installer, un peu excessive et très sérieuse dans son absurdité, l'intérêt principal d'Infernale menace tient peut-être dans sa protagoniste, Ena. L'auteur semble prendre un malin plaisir, assez jubilatoire, à rappeler que cette jeune femme, blonde et assez jolie, n'est malheureusement pas dotée d'un esprit très vif...
"Ena, mon enfant, vous avez toujours été une une petite écervelée. Gamine, vous étiez insupportable ; femme, vous êtes sotte."

 




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FNA n°23

dimanche 18 janvier 2026

François Garde - Ce qu'il advint du sauvage blanc

François Garde 

Ce qu'il advint du sauvage blanc 

Ed. Gallimard 


François Garde Ce qu'il advint du sauvage blanc Gallimard folio
Je suis allé à Rochefort (ma vie est palpitante).

C'était il y a quelques mois. Le musée Hèbre, qui abrite une collection d’art et d’histoire de la ville, présentait alors une exposition temporaire intitulée "Narcisse Pelletier, jeune mouse perdu en Australie" et inspirée du destin extraordinaire mais tragique d'un homme abandonné à son sort sur une plage en 1857 et recueilli par une communauté aborigène avant d'être ramené en France dix-sept ans plus tard. Cette exposition richement illustrée, qui s'interrogeait sur le regard porté au XIXème siècle par les occidentaux sur les communautés autochtones et qui soulevait la question essentielle du respect entre les cultures, était tout simplement passionnante - et m'a donné envie de creuser le sujet. D'où le livre de François Garde.

D'où le roman de François Garde, devrais-je dire. Car si le fonds est là, l'auteur ne se cache pas d'avoir volontiers arrangé à ses besoins cette histoire pourtant déjà hautement romanesque : il y raconte la manière dont Octave de Vallombrun, un membre de la société française de géographie, entreprend de ramener Narcisse Pelletier à la société civilisée, une fois ce dernier revenu d'entre les sauvages.

Le livre propose une alternance de points de vue, entre les chapitres consacrés au récit du naufragé et ceux dédiés aux rapports rédigés par son bienfaiteur. De fait, mêlant habilement les genres, le livre offre à la fois un tableau aventureux, entre drame maritime et récit survivaliste, et une réflexion d'ordre philosophique, basée sur les connaissances géographiques et anthropologiques de l'époque. Mais l'essentiel du livre est articulé autour d'une question plus pragmatique que certains personnages sont légitimement amenés se poser : comment, en se basant sur une expérience invérifiable, démêler la part de réalité de l'éventuelle supercherie ? François Garde s'étant, comme on l'a dit, offert certaines libertés au regard des faits, il est difficile de juger de ce point à la simple lecture de son roman, d'autant plus que la tentative de réponse qu'il esquisse entraîne le lecteur vers une interprétation pour le moins troublante des évènements.

Narcisse Pelletier, authentique naufragé ou imposteur opportuniste, et Octave de Vallombrun, scientifique pugnace ou naïf invétéré, restent les protagonistes d'une aventure humaine incroyable dont François Garde ne se contente pas d'être le rapporteur - il s'en empare. Non seulement il souligne les nuances et les subtilités du récit mais il les réhausse grâce à une langue d'un grand classicisme formel et d'une incroyable richesse. Logiquement multi-primé, ce premier roman impose son auteur comme un écrivain à surveiller.

Quant à l'exposition du musée Hèbre, elle est terminée. Il ne vous reste donc plus qu'à vous plonger dans le livre de François Garde, tout aussi passionnant.

mardi 23 décembre 2025

Larry McMurtry - Lune Comanche

Larry McMurtry 

Lune Comanche 

Ed. Gallmeister 


Larry McMurtry Lune Comanche lonesome dove Gallmeister
Seconde partie du préquel de Lonesome Dove et donc suite directe de La marche du mort, Lune Comanche nous ramène au Texas, à la frontière mexicaine, où nous retrouvons les personnages de l'opus précédent - du moins ceux qui restent. N'oublions pas que le crédo de cette série est d'éliminer l'essentiel de sa distribution, protagonistes comme antagonistes. Nous sommes quelques années avant la Guerre de Sécession et la trame est cette fois-ci axée autour du vol d'un cheval. Mais pas n'importe quel cheval : celui du capitaine Inish Scull, plus connu, justement, sous le nom de Big Horse Scull. Ce vol sera le point de départ de nombreux fils narratifs, d'autant plus nombreux que l'intrigue, toutefois ponctuée d'ellipses, s'étendra finalement sur presque vingt ans et 800 pages, au terme desquels tout viendra se télescoper. 

Comme dans les autres volumes, les personnages évoluent dans des décors somptueux - hostiles mais magnifiques. La nature demeure un élément clé et ses descriptions sont autant de prétexte pour revenir sur les évènements qui s'y sont produits. Ainsi, entre les légendes ancestrales qui animent les peuples autochtones et les récits plus récents sur lesquels s'appuient les colons, l'action se déroule sur le théâtre d'une histoire en train de s'écrire. Les personnages en ont d'ailleurs bien conscience, en particulier les Indiens qui voient leur population se réduire et leur avenir s'assombrir. Buffalo Hump, Blue Duck ou Kicking Wolf seraient-ils les derniers représentants de leur espèce ? C'est bien ce qu'espèrent les Rangers.

En parlant de Rangers, Woodrow Call et Augustus McCrae sont toujours au centre de la scène, fidèles à eux-mêmes, bien qu'ils se fassent en partie voler la vedette par l'inoubliable Inish Scull, un officier yankee lettré et charismatique, fascinant en tous points ! Autour de ceux-ci gravite une multitude d'excellents personnages secondaires, trop nombreux pour les citer tous. Nous avions fait la connaissances de plusieurs d'entre eux dans le volume précédent et d'autres font ici leur apparition, dont certains sont déjà familiers pour ceux qui auront lu la saga dans l’ordre de publication plutôt que selon la logique chronologique. Newt, Deets, Jake Spoon ou Clara sont des noms qui résonneront tout particulièrement. De la même manière, cette petite bourgade en cours de construction que les Rangers traversent et dans laquelle ils se promettent de revenir. Comment s'appelle-t-elle déjà ? Lonesome Dove. Autant dire que la boucle est bouclée...

lundi 22 décembre 2025

San-Antonio - L'Archipel des Malotrus

San-Antonio L'Archipel des Malotrus Fleuve Noir
 San-Antonio 

L'Archipel des Malotrus 

Ed. Fleuve Noir 


L'archipel des Malotrus n'appartient à aucune grande puissance. Comme il est libre de toute tutelle étrangère, la France envisage d'y poursuivre les essais atomiques qu'elle a entamés en Polynésie. Mais, malheur ! Tabobo Hobibi, leur ministre des affaires étrangères, vient d'être victime d'un attentat sous nos latitudes. En pleines négociations diplomatiques, voilà qui tombe mal. San-A et Béru s'envolent donc vers ces confettis perdus au milieu de l'océan Pacifique pour convaincre la reine Kelbobaba de louer l'île de Tanfédonpa à la France plutôt qu'à la Grande-Bretagne, qui la convoite également. Il va falloir la jouer fine. La jouer fine ? Hmmm...

San-Antonio n'est pas vraiment réputé pour sa grande finesse. Comme souvent, l’intrigue sert surtout à mettre en scène sa galerie de trognes et à déverser un flot de figures de style. Le récit avance à grands renforts de paronomases, de néologismes, de calembours, de métaphores et d'autres accumulations et de personnages hauts en couleur, dans une atmosphère de foire diplomatique. Le plaisir est là, c'est certain, mais le roman manque indéniablement de doigté. L’usage presque désinvolte du blackface, le grimage en noir, notamment, donne l’impression d’un procédé déplacé, plus embarrassant que réellement subversif. Là où l’on attendrait une satire affûtée, on se retrouve avec une provocation datée qui alourdit le propos. On referme donc L’Archipel des Malotrus en ayant ri, certes, mais avec cette sensation qu’un humour plus précis, moins automatique, aurait permis au livre de gagner en mordant ce qu’il perd parfois en subtilité.


 
Et pour suivre l'avancée de ma lecture complète des aventures du commissaire San-Antonio, cliquez sur le sourire de l'auteur !

dimanche 21 décembre 2025

Tiphaine Dumontier - Dans le ventre des filles

Tiphaine Dumontier 

Dans le ventre des filles 

Ed. Grasset 


Tiphaine Dumontier Dans le ventre des filles Grasset
Nous allons parler grossesse.

Mais, attention, je préfère vous prévenir tout de suite : il va falloir laisser derrière vous les récits idylliques nappés de filtres rosés. Si vous souhaitez continuer à penser que la maternité est un long fleuve tranquille, passez votre chemin - au risque, sinon, de voir vos illusions voler en éclats. 

Vous posez le pied en terrain miné dès la scène d'ouverture, l'échographie. L'image révèle deux choses : il y a deux fétus et l'un est plus petit que l'autre. Ce n'est pas normal. Passée cette révélation, tout bascule. Cette histoire de maternité sera celle d'un dérapage, d'un vertige. Elle vous prendra aux tripes et vous sera racontée avec tendresse mais sans ménagement - des faits, la vérité crue et une lucidité parfois frappés au coin du grotesque. Sans oublier une forme d'humour, comme saupoudré sur des constats glaçants, sur l'angoisse et les questions existentielles, comme une manière de gérer les avis contradictoires des médecins, les maladresses de certains professionnels, la froideur des autres, l'incompréhension générale. Comme un moyen de survivre à l'inconnu.

Avec son premier livre, Tiphaine Dumontier vous attrape par la manche et vous emmène dans un couloir d’hôpital où la lumière clignote un peu trop pour rester serein. Les blouses - blanches, roses, bleues - entrent et sortent comme sur une scène de théâtre dramatique. Et pour décrire leur ballet, l'autrice, prof de français, tente de se rassurer en s'agrippant aux références littéraires. Sans doute cherche-t-elle du réconfort dans les textes, classiques ou non, dans des détails familiers, dans ces petites choses du quotidien. Mais le réconfort se dérobe. Il faudra plus que des détails et, surtout, plus de temps que celui imparti entre une première échographie et la sortie de la maternité. Toute une vie, peut-être. Voire deux.

lundi 8 décembre 2025

L. Ron Hubbard - Terre champ de bataille

L. Ron Hubbard 

Terre champ de bataille 

Ed. Pocket 


J'avais ouvert Retour à demain en me demandant si je parviendrais à faire abstraction de la réputation sulfureuse de L. Ron Hubbard. Finalement, quelques pages avaient suffi pour me convaincre que derrière le fondateur de la Scientologie se cachait bien un romancier. La lecture de Terre champ de bataille ne peut que le confirmer. Dissocions donc le gourou de l'écrivain et, le temps de ce billet, concentrons-nous sur son œuvre de fiction.

Avant d'entrer dans le vif du sujet, faisons d'abord un détour par la préface. L. Ron Hubbard commence par rendre un bel hommage aux auteurs de l’Âge d’Or de la science-fiction. Puis, après avoir ravivé l'éternel débat sur la différence entre SF et fantastique, avoir fait l'éloge de ces registres, en avoir souligné les qualités et s'être penché sur les raisons pour lesquelles il est indéniable qu'il s'agit avant tout de littérature, il confesse toutefois avoir écrit Terre Champ de bataille dans l'unique but de distraire et de se distraire. Voilà le lecteur prévenu.

Publiée dans les années 80, cette vaste fresque épique nous propulse dans notre lointain futur. Depuis mille ans déjà, la Terre a été conquise et dévastée par les psychlos, une race extraterrestre brutale qui exploite les ressources naturelles de la planète. Réduits à quelques poignées de survivants éparpillés sur le globe, les humains survivent tant bien que mal. C'est dans ce contexte que le lecteur fait la connaissance de Jonnie Tyler, un jeune homme révolté par la soumission de son peuple et bientôt capturé par Terl, un psychlo violent et ambitieux. Il l'ignore alors mais cette captivité sera le premier pas vers le soulèvement des humains. En effet, Jonnie va tourner la situation à son avantage, apprendre la langue et la technologie des envahisseurs et organiser la rébellion. La lutte peut alors commencer !

L'auteur n'a pas menti - son roman est du pur divertissement. Durant environ 1500 pages et trois volumes dans son édition française en poche, il développe une intrigue captivante, pour ne pas dire addictive. Pourtant, l'action ne s'encombre pas toujours de cohérence et le contexte est par moments totalement bancal. On pourrait même dire que tout son univers vacille sur ses fondations. Quant aux personnages, ils sont caricaturaux au possible et adoptent souvent des comportements absurdes ou déconcertants. Et, pour couronner le tout, la langue n'est pas exactement d'une grande finesse. Pour faire simple, on est dans de la très, très grosse cavalerie. Rien n’y est discret, rien n’y est mesuré, tout y est amplifié. Mais ça fonctionne. Et ça fonctionne même très bien. Il faut dire que la narration fluide, l’abondance de rebondissements et les fins de chapitres savamment construites font qu’on se laisse emporter sans résistance par ces pavés d’un autre temps.

En refermant le dernier volume, on réalise que ce monument un peu kitsch, bruyant et déraisonnable a quelque chose du plaisir coupable assumé : on voit les coutures, on repère les ficelles, on sourit parfois malgré soi, mais on tourne les pages avec une facilité déconcertante. Et c’est précisément ce paradoxe qui fait le charme de l'ouvrage et la saveur de l’expérience. Malgré ses maladresses, ou peut-être grâce à elles, le roman dégage une énergie brute, presque primitive, qui rappelle la vocation première du genre dans lequel il s'inscrit : capturer le lecteur et ne plus le lâcher. On se surprend à savourer ces excès, à accepter ce déluge d’action porté par un élan sans faille, où l’efficacité l’emporte sur la subtilité. Et c'est peut-être là, finalement, la réussite la plus inattendue de L. Ron Hubbard : rappeler que la littérature populaire peut encore offrir ce qu’elle promet - une évasion totale, naïve parfois, excessive souvent, mais diablement efficace.

Et pour faire le point sur ce challenge, c'est ici.

vendredi 28 novembre 2025

Larry McMurtry - La marche du mort

Larry McMurtry 

La marche du mort 

Ed. Gallmeister 


Larry McMurtry La marche du mort Gallmeister lonesome dove
Gus et Call n'ont pas toujours été vieux et n'ont pas non plus toujours été les anciens rangers désabusés de Lonesome Dove. Bien avant, ils ont été enthousiastes, naïfs et insouciants ! Et sous la plume de l’auteur, cette jeunesse presque indomptable prend toute sa couleur : il faut dire que Larry McMurtry a cette capacité à croquer des tempéraments et à rendre immédiatement attachantes des figures pourtant promises à la rudesse du monde.

Fraîchement recrutés comme Texas rangers, les deux jeunes hommes sont envoyés vers le sud pour conquérir de nouveaux espaces. Inexpérimentés, peu équipés et encore plus mal dirigés qu'accompagnés, ils ignorent alors qu'ils partent au devant d'un destin qui s'écrira à leurs dépends, en lettres de sang. Entre les intempéries, les bisons, ours et autres crotales, c'est la nature elle-même et la vie sauvage qui semblent liguées contre ces camarades d'infortune. Sans oublier les indiens ! Comanches et Apaches sont de redoutables adversaires, que l'auteur excelle à rendre complexes. Autant dire que chacun des cavaliers a intérêt à bien s'accrocher à son scalp ! 

Ce projet d'invasion du Mexique donne là aussi à l'auteur l'occasion de déployer un talent remarquable : chaque paysage, chaque orage, chaque plaine écrasée de soleil ou de neige prend une dimension presque picturale et fait de ces décors grandioses des acteurs à part entière, aussi menaçants que magnifiques. Quant à envahir le Mexique, ce n'est pas de tout repos. Ceux qui en auront tenté l'expérience et en seront revenus pourront se vanter d'en être sortis plus grands, plus forts. C'est le cas de Gus et Call, que l'on voit grandir, se heurter, se soutenir. Et le lecteur, témoin privilégié, s'attache à eux d’autant plus que rien ne lui est épargné de leur humanité. Alors, à la lueur de ce récit de douleur et d'adversité, celui-ci comprend mieux ce qui les lie et comment leur amitié s'est forgée. En effet, c'est moins la conquête du Mexique qui a scellé leur existence que ce long chemin poussiéreux qu’ils ont parcouru l’un à côté de l’autre... et qu'il leur faudra poursuivre dans la volume suivant, Lune Comanche... 

lundi 17 novembre 2025

Michel Butor - La modification

Michel Butor 

La modification 

Ed. Minuit 


Michel Butor La modification Minuit
Ouvrage majeur du Nouveau Roman, La Modification pourrait même être le texte fondateur du genre dans lequel il s'inscrit, un genre qui propose une rupture radicale avec les formes traditionnelles du récit qui se sont imposées jusqu'alors. Il faut reconnaître que sa narration est inédite : dans ce qui s'impose comme l'œuvre principale dans sa bibliographie, Michel Butor adopte la deuxième personne du pluriel, s'adressant directement à son personnage principal et plaçant par conséquent le lecteur dans la peau de celui-ci. Paradoxalement, j'ai ressenti l'effet inverse : une certaine forme de distance - comme si l’identité flottante du “vous” avait empêché ma pleine identification.

Le récit s’ouvre sur une scène d’apparence simple : valise à la main, Léon monte dans un train à Paris, direction Rome, afin d'annoncer à sa maîtresse qu’il envisage de quitter son épouse pour elle. Mais sous cette trame minimale se déploie une aventure intérieure d’une grande densité, où chaque kilomètre parcouru correspond à un pas supplémentaire le long du fil de ses réflexions. Entre les souvenirs d'une vie passée, la contemplation du présent et les projections d'une existence à venir, il prend conscience de l'impasse dans laquelle il s'engouffre. Si le roman invite à pénétrer les pensées de son protagoniste, il n'est pas toujours aisé de se les approprier. L’espace et le temps se fondent dans un flux de conscience continu, ce qui réduit l’action concrète au profit de l’introspection. Face à la temporalité mouvante et à la rareté des dialogues, accentuées par l’impression d’un récit immobile, la lecture devient fastidieuse. Le rythme lent, les longues digressions et la densité des descriptions mentales ont alors eu raison de mon attention.

Avec le recul, mon expérience de lecture semble finalement s’accorder avec la nature même du récit : un voyage intérieur inachevé, une tentative de transformation qui n’aboutit pas tout à fait. Les hésitations du personnage, les détours de sa pensée, la répétition des images et la résistance de la décision finale trouvent un écho dans la manière dont j'ai avancé dans le texte, parfois avec curiosité, parfois avec lassitude. Peut-être est-ce là, au-delà de ce choix stylistique marquant, la véritable réussite du roman : faire éprouver, presque physiquement, les circonvolutions d’une conscience en quête d’elle-même et les imperfections d'un parcours intérieur jamais abouti.