vendredi 15 juin 2018

Jean-Marc Aubert - Aménagements & Argumentation

Jean-Marc Aubert  Aménagements successifs d'un jardin, à C., en Bourgogne Argumentation de Linès-Fellow arbre vengeur Arbuste Véhément

Jean-Marc Aubert 

Aménagements successifs d'un jardin, à C., en Bourgogne

suivi de Argumentation de Linès-Fellow 

Ed. L'Arbre Vengeur  


L'Arbre Vengeur avait toutes les raisons de rééditer Aménagements & Argumentation dans le même volume, à commencer par la plus pragmatique d'entre elles : les textes sont courts, très courts. De plus, bien que leurs sujets semblent différents de prime abord, ils exploitent des thématiques communes, fonctionnent sur des schémas similaires et partagent une langue sobre et légèrement surannée que l'on croirait exhumée d'une époque depuis longtemps révolue.

Je suis donc tenté d'englober ces textes brefs dans un avis commun sans aller dans le cas par cas. Et pourtant, ces deux bijoux d'humour grinçant et de mauvais esprit épuré brillent par des particularités et des intérêts qui leurs sont propres. Mais soit.

Chacune de ces histoires ne met en scène que deux personnages : un protagoniste principal démesurément passionné et le narrateur qui, relatant les (més)aventures du premier, en présente les ardeurs à travers le filtre de la perplexité. Que ce soit dans la recherche compulsive du jardin idéal ou dans le dépassement de soi lors d'un improbable marathon, Jean-Marc Aubert confronte ses personnages à des emportements irraisonnés, les pousse dans l'excès et les fait sombrer dans l'absurdité.

Aménagements Argumentation sont deux fables délicieuses et railleuses. Finalement, faut-il en rire ou en pleurer ? C'est la question qu'on est en droit de se poser à la lecture de ces déconcertantes démonstrations de persévérance et d’opiniâtreté.

lundi 11 juin 2018

Robert Silverberg - Chroniques de Majipoor

Robert Silverberg  Chroniques de Majipoor  Ed. Robert Laffont

Robert Silverberg 

Chroniques de Majipoor 

Ed. Robert Laffont 


Quelques années après les évènements relatés dans Le château de Lord Valentin, nous retrouvons Hissune, le jeune guide du labyrinthe devenu entre-temps commis de bureau à la Chambre des Archives. Là, pour tromper son ennui, il consulte les Registres des Âmes et s'imprègne des souvenirs enregistrés par les habitants de Majipoor. Il va ainsi revivre des épisodes de la vie d'un peintre d'âmes, d'un capitaine au long cours, d'une voleuse des marchés et même d'un certain Valentin.

Plus un recueil de nouvelles que véritablement un roman, ce deuxième livre du cycle ne reprend pas l'intrigue là où on l'avait laissée mais nous fait voyager dans le temps et l'espace de cette planète géante. Liés par de courtes interventions d'Hissune, les destins qu'il parcourt nous font découvrir plus en profondeur les mœurs, us et coutumes de ce monde. Et le jeune homme découvrant par procuration la vie et expérimentant d'autres réalités, le livre prend des tournures de roman d'apprentissage.

Robert Silverberg change donc son fusil d’épaule et, le temps d’un volume, abandonne la longue fresque aventureuse et garnie de personnages pour se focaliser sur une poignée d’entre eux. Il dresse quelques portraits psychologiques, se penche sur des traits de caractère et s'interroge sur les enseignements que chacun peut tirer de ses expériences. Un deuxième volume bien différent du premier et tout aussi convaincant. Reste à voir ce qu'il envisage pour le dernier volet de la Trilogie de Valentin, Valentin de Majipoor.

jeudi 7 juin 2018

Antoine Bello - Scherbius (et moi)

Antoine Bello  Scherbius (et moi)  Ed. Gallimard Antoine Bello 

Scherbius (et moi) 

Ed. Gallimard 


Depuis 2014, Antoine Bello reverse l'intégralité de ses droits d'auteur à Wikipédia et s'était même engagé pendant un temps à doubler les dons de ses lecteurs pour l'encyclopédie en ligne. À la lecture de ses livres, sa passion pour cet outil n'a plus rien de surprenant. Il y a d'ailleurs fort à parier qu'il consacre des heures à en parcourir les articles les plus improbables et à piocher de la matière dans ses pages les plus insolites. Scherbius (et moi) en est une démonstration supplémentaire.

Le narrateur de ce roman, Maxime Le Verrier, psychanalyste de son état, relate le cas d'un patient aux personnalités multiples et au patronyme mystérieux, Scherbius. Ce dernier, personnage rocambolesque totalement impossible à cerner, va faire bien plus que raconter sa vie, il va y entraîner le médecin. Et le lecteur avec lui. C'est donc parti pour une existence invraisemblable, dans laquelle s'enchaînent les professions, les passions, les aventures. Car Scherbius a tout vécu, connaît un nombre impressionnant de choses sur tout et n'importe quoi et aime à disserter sur les sujets les plus singuliers. D'où Wikipédia.

Ce nouveau livre de l'auteur des Falsificateurs est un engrenage digne des romans-feuilletons les plus addictifs. Il trimbale le lecteur de surprises en rebondissements et, à la manière de Scherbius qui, fou ou imposteur, mène son analyste par le bout du nez, Antoine Bello nous embarque là où on ne l'attend jamais. La construction est ingénieuse, les coups de théâtre astucieux (même si certains ressorts sont occasionnellement un peu gros) et, surtout, la relation entre les deux hommes est d'une fascinante complexité. Ils ont un rapport d'exclusivité, se complètent et ne peuvent finalement exister l'un sans l'autre. Certes, l'analyste est parfois un peu mollasson en comparaison d'un patient exalté mais leur numéro de duettiste est parfait.

Le résultat est brillant, moqueur, critique, inspiré et déconcertant de fluidité et de facilité. J'ai adoré.

lundi 4 juin 2018

René Fallet - La soupe aux choux

René Fallet  La soupe aux choux  Ed. Folio

René Fallet 

La soupe aux choux 

Ed. Folio 


Je réalise à la lecture de La soupe aux choux à quel point ce classique incontournable de la culture populaire est bien plus que l'innocente gaudriole à laquelle on l'associe de prime abord. Certes, cette variation totalement fantaisiste sur le thème de l'arrivée des extraterrestres chez les campagnards est bien une histoire leste et loufoque, aussi grotesque qu'invraisemblable, mais elle est également bien plus que cela.

Le livre s'ouvre sur le portrait d'une campagne rongée par l'exode rurale. Dans ce village du Bourbonnais, tout a fermé. Même le bistrot. Là végètent le Bombé et le Glaude, deux vieux paysans rustiques et avinés depuis longtemps oubliés par une société en marche. Liés par une amitié solide et ancestrale, ils contemplent le temps qui passe en descendant des litrons de rouge. Leur tranquillité sera bientôt perturbée par l'arrivée d'un voyageur de l'espace, rebaptisé la Denrée. Cette improbable rencontre va bousculer la vie tranquille des deux hommes, ainsi que celles des habitants de la planète Oxo.

De sa langue gouailleuse et inventive, La soupe aux choux mélange curieusement les genres, déride la science-fiction, dépoussière le roman du terroir et vulgarise quelques notions basiques de philosophie. Ainsi, le livre aborde le concept d'hédonisme et s'interroge sur le sens d'une vie sans plaisir. Mais, à travers cette belle et tendre histoire d'amitié entre Le Bombé et le Glaude, cette comédie décalée fait surtout le constat d'une campagne menacée par une évolution sociétale coriace, le progrès et l'expansion économique. Ses personnages attachants, simples et entiers, en représentent la population en voie de disparition. C'est probablement ça le vrai sujet du livre qui, s'il mêle humour et pittoresque en premier niveau de lecture, invite derrière ça à une réflexion bien plus fine.

Tout ça m'a donné soif. Je vais ponctuer cet article d'un petit canon.

vendredi 25 mai 2018

Arthur Koestler - Le zéro et l'infini

arthur koestler zero infini

Arthur Koestler 

Le zéro et l'infini 

Ed. Le livre de poche 


Le Parti ne fait pas dans la demi-mesure.

Pour ne pas s'être conformément soumis à la doctrine, Roubachof en fait l'amère expérience. Le voilà emprisonné et soumis aux interrogatoires qu'il menait il n'y a encore pas si longtemps. Les jours passent et, entre rage de dents et rêves agités, l'ancien dignitaire tapote des conversations avec ses voisins de cellule, se replonge dans ses souvenirs et mène une réflexions sur le totalitarisme et la machine communiste. De son arrestation à sa condamnation, son destin semble bien être scellé.

Inspiré des procès de Moscou, Le zéro et l'infini tient autant du roman que du documentaire. Il s'inspire du parcours de plusieurs victimes et les synthétise dans une fiction plus vraie que nature. Arthur Koestler revient ainsi sur les vastes vagues d'épuration et s'interroge sur la place de l'individu dans un système qui les déshumanise. C'est un livre largement abstrait, qui démontre les absurdités d'un idéal déviant et se penche sur des théories aussi rigoureuses qu'illogiques. Dans une ambiance oppressante et d'une plume élégante, cette sordide histoire dresse le portrait sans concession du stalinisme le plus sombre. Et, s'il y a bien une chose que les membres du Parti devraient garder en tête, c'est qu'ici plus ailleurs, un clou chasse l'autre.

mardi 22 mai 2018

Robert Silverberg - Le château de Lord Valentin

Robert Silverberg Le château de Lord Valentin Robert Laffont

Robert Silverberg

Le château de Lord Valentin

Ed. Robert Laffont


Je n'ai jamais été très versé dans le jeu vidéo. Néanmoins, au début des années 90, j'ai consacré un peu de temps à un jeu de tactique intitulé "Syndicate". Le principe en était assez simple : dans un univers futuriste à l'ambiance steampunk, à la tête d'un syndicat du crime, vous deviez remplir des contrats dans le but de conquérir le monde.

Je n'avais pas repensé à ce jeu depuis... oulala... (25 ans?) jusqu'à ce que ce livre le fasse resurgir du passé. Pourquoi ? Car dans certaines missions du jeu, selon les objectifs, plutôt que d'éliminer votre cible, vous pouviez avoir à la rallier à votre cause. Vous disposiez alors d'un outil particulièrement intéressant, j'ai nommé le persuadotron. Grâce à lui, arpentant les rues, vous persuadiez les citoyens de vous suivre, puis, de plus en plus influent, corrompiez les agents de police, voire vos ennemis. D'abord seul, vous pouviez terminer le niveau accompagné d'un véritable régiment.

Le château de Lord Valentin fonctionne un peu sur ce procédé.

On découvre Valentin, blondinet amnésique, seul à l'entrée d'une cité. Il rencontre une troupe d'artistes, s'essaye au jonglage et se retrouve à lancer les quilles devant son homonyme, Lord Valentin le Coronal, seigneur de la planète Majipoor. Mais Valentin le jongleur pourrait bien être plus que ça. Il est convaincu, et ses rêves récurrents n'y sont pas pour rien, que le vrai Coronal c'est lui, dépossédé de son titre et laissé sans souvenir par une odieuse conspiration. Il se met en tête de remonter sur le trône. Seul ? Non. C'est là qu'intervient le persuadotron.

Le roman est basé sur un système cyclique. Chaque nouveau personnage que Valentin croise finit par intégrer sa suite. D'abord ses camarades artistes, ensuite des inconnus de l'administration, enfin les lieutenants du Coronal. Si l'amitié et l'éloquence suffisent dans un premier temps, il bénéficie également des pouvoirs d'un artefact, un bandeau magique, son persuadotron personnel. Il terminera sa quête entouré d'une impressionnante cour.

Une fois saisi ce principe, on comprend rapidement où le périple de Valentin va le mener. Il fédère, certes, mais il est aussi confronté à une série d'épreuves qui le révèlera à lui-même, il fera face à l'adversité, aux interrogations et aux remises en question... jusqu'à découvrir la vérité. L'intrigue principale est donc relativement cousue de fil blanc et ne présente pas le principal intérêt du livre. Celui-ci réside plutôt dans la description du monde de Majipoor et des rites que le régissent, sa population, ses différentes races et la manière dont elles cohabitent, ainsi que dans la galerie de personnages secondaires.

L'auteur du Livre des crânes nous livre là un roman efficace, aux multiples épisodes aventureux et au somptueux décor, particulièrement fouillé. Il y a bien quelques longueurs sur la fin - alors que, paradoxalement, les ellipses s'enchaînent - mais les péripéties de Valentin sont très accrocheuses et il est difficile de ne pas lire d'une traite ce livre au nombre pourtant conséquent de pages. J'aurais d'ailleurs plaisir à retrouver Valentin et sa clique dans le deuxième volume du cycle, Chroniques de Majipoor.

vendredi 18 mai 2018

Angela Carter - les machines à désir infernales du Docteur Hoffman

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Angela Carter 

Les machines a désir infernales du Docteur Hoffman 

Ed. L’Ogre 


Je ne me souviens pour ainsi dire jamais de mes rêves.

Desiderio s'en souvient, lui. Il se souvient de tout, en particulier du long rêve éveillé qu'il vit. Le problème c’est que ce rêve n’est pas le sien mais celui d’un autre, celui du Docteur Hoffman. Ce dernier, entre délire d'un savant fou et fantasme d'un démiurge onirique, a trouvé le moyen de perturber la société en en altérant la réalité. Le pays est donc livré aux illusions et aux incohérences. Envoyé par le Ministre à la recherche du fauteur de troubles, Desiderio ignore alors que son périple le mènera dans des contrées délirantes que nul ne pouvait imaginer.

Les machines à désir... est un livre qui tisse des liens étroits entre merveilleux et réalisme, les fait habillement cohabiter et conduit doucement le lecteur vers un univers débridé. Ainsi, il le fait voyager dans un fol environnement à l'imagination foisonnante et à la sexualité exacerbée, à la découverte des somptueux tableaux qui composent un roman picaresque totalement inattendu. Embarqué dans cette improbable mission, Desiderio découvre un monde dont il ignorait tout - centaures, cannibales, circassiens. Parcours initiatique, quête amoureuse, poursuite chimérique, tous les éléments de la fable sont rassemblés dans un roman allégorique, parfois cru, souvent extravagant, toujours passionnant. Bel hommage au réalisme magique sud-américain, cette variation sur le thème du savant fou brille par une rare ambition et offre au passage une critique tout en finesse d'un monde normé et d'une vie tristement conforme.

Un roman audacieux et sidérant qui nous rappelle que le cauchemar des uns pourrait bien être le rêve des autres. Et inversement.

dimanche 13 mai 2018

San-Antonio - Bas les pattes

san antonio bas les pattes fleuve noir

San-Antonio 

Bas les pattes 

Ed. Fleuve Noir 


Quand, à Chicago, un certain "le Français" dessoude des taxi-girls à tour de bras, les amerloques font appel à la police de ses compatriotes pour mieux en cerner la psychologie. Mais pas à n'importe quel agent, non, au meilleur d'entre eux : j'ai nommé San-Antonio. Voilà donc notre commissaire en route pour les States. Le problème c'est qu'il y part seul. Donc, pas de Béru, pas de Pinuche. Or, c'est bien connu, le meilleur dans San-Antonio, ça reste les personnages secondaires. Quand ils manquent à l'appel, comme dans Bas les pattes, ça se sent. Seul un jeune belge, assistant et interprète improvisé, Robert Dauwel - dont c'est là, à ma connaissance, la seule apparition dans la série - vient jouer les acolytes.

Bas les pattes reste un roman plaisant, une intrigue peu épaisse mais efficace, inventive dans sa langue et bourrée d'idées reçues que l'auteur exploite avec dérision : San-A, en bon français, ne parle pas un mot d'anglais, Chicago est rempli de truands, les filles sont faciles, quelques dollars achètent tout et tout le monde... Daté de 1954, autant dire les débuts, le modèle n'est pas encore tout à fait abouti et cet opus est assez anecdotique. Mais, avalé en quelques heures, il offre assurément un agréable moment de lecture et un bonne soirée de détente.

mardi 8 mai 2018

John Wyndham - Le jour des triffides

John Wyndham  Le jour des triffides  Ed. Folio SF

John Wyndham 

Le jour des triffides 

Ed. Folio SF 


Tout commence par une nuit des étoiles qui laisse un souvenir indélébile imprimé sur la rétine de chaque spectateur. Ainsi, une frange importante de la population, aveuglée, en est réduite à vivre dans le noir. Et comme une mauvaise nouvelle n'arrive jamais seule, voilà qu'elle doit également conjuguer avec l'invasion des triffides, des plantes vénéneuses et agressives, bien décidées à exterminer les humains. Bill Masen a échappé au triste sort de ses concitoyens. Il doit maintenant survivre dans ce monde bouleversé par les évènements. 

Daté de 1951, Le jour des triffides est un roman catastrophe assez classique et un survival post-apocalyptique qui s'interroge sur le modèle social dans lequel nous vivons. Confronté à ses propres croyances, d'abord partagé entre l'envie d'aider les autres et l'incapacité d'assister tout le monde, le personnage principal et narrateur va finalement voir là une opportunité de repenser le schéma communautaire. En animal grégaire, il part à la recherche d'autres valides avec lesquels refonder une nouvelle société et expérimentera ainsi différents modèles, du para-militaire au religieux en passant par le féodal.

Ce roman est très efficace, même s'il est gentiment ringard par certains aspects. L'action est constante et côtoie des réflexions pertinentes, parsemées de touches d'humour. L'ensemble en fait un livre tout à fait singulier, qui invite le lecteur à se questionner sur le besoin irrépressible qu'a l'homme de rechercher la compagnie des siens, quand bien même ils ne partageraient pas les mêmes valeurs ni ne viseraient un objectif commun.

Et voilà qui vous fera regarder d'un œil nouveau vos plantes vertes.

lundi 7 mai 2018

Francis Berthelot - Abîme du rêve

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Francis Berthelot

Abîme du rêve (Le Rêve du démiurge - IX)

Ed. Dystopia / Le Bélial'


C'est terminé !

Ce neuvième et dernier opus ne marque pas uniquement la fin du cycle mais également celle de l’œuvre littéraire de son auteur. Francis Berthelot estime avoir écrit tout ce qu'il avait en tête et se destine dorénavant à d'autres choses. Ainsi, avec cet ultime volume, que l’on pourrait considérer comme son testament littéraire, il tire sa révérence.

Lire ce livre indépendamment des précédents n'aurait pas de sens. Jusqu'à présent, chaque roman, bien que lié aux autres, pouvait éventuellement se lire seul. A l'inverse, celui-ci ne présente pas réellement d’histoire en soi mais complète les différents volumes auxquels il apporte une conclusion générale en forme d'analyse. Francis Berthelot en est cette fois le personnage principal et, à peine dissimulé derrière un pseudonyme transparent, il s'interroge sur le choix des personnages, la recherche stylistique, les registres exploités ou encore les thèmes abordés, à commencer par celui récurrent de l'homosexualité et la manière dont "il ne traite pas la question". Bien entendu, en analysant le cycle, c'est dans son auto-critique qu'il se lance. Il se retourne ainsi sur sa vie d'écrivain, son défaut de "genre littéraire précis", le fait qu'il écrive "avec ses sentiments, sans se préoccuper de l’idéologie qu’ils révèlent". C'est l'heure des comptes.

Le Rêve du démiurge est un ensemble fascinant. D'abord très classique et centré sur des études psychologiques, il se dirige doucement vers l'irrationnel et le fantastique, alors que les destins des personnages se nouent et que les intrigues se croisent, jusqu'à arriver à Abîme du rêve, une conclusion admirable à la hauteur de l'ambition du projet. Il sanctionne l'oeuvre d'un styliste. Par ailleurs, ce superbe travail conjointement mené par Le Bélial' et Dystopia offre une belle revanche après le parcours éditorial chaotique du cycle. 

Maintenant, le mieux est encore de l’entamer par le début, avec L’ombre d’un soldat.