Jean-Gaston Vandel
La trilogie du Galax
Ed. Fleuve Noir
En 1954, deux ans après sa trilogie consacrée aux Chevaliers de l'espace, notre duo de romanciers belges se lance dans une autre série, encore composée de trois volumes. Comme la précédente, celle-ci s’inscrit pleinement dans la tradition d’une science-fiction populaire et résolument pulp : spatiojets audacieux, savants téméraires, militaires disciplinés, planètes exotiques et enjeux cosmiques s’y succèdent à un rythme soutenu. Sans rechercher les raffinements stylistiques de la grande littérature, la série privilégie l’efficacité narrative, le spectaculaire et les concepts forts, avec une générosité parfois naïve mais toujours énergique. Cette aventure spatiale feuilletonesque, assumée dans ses excès comme dans ses archétypes, déploie pourtant une ambition croissante, chaque volume élargissant le champ des possibles et approfondissant les questions scientifiques, environnementales et morales amorcées dans le précédent.
I - Naufragés des galaxies
Le Galax est un spatiojet dont l'équipage ignore à son décollage qu'il a été désigné pour vérifier le bien-fondé de la théorie de Vogt.
"Il suspendit sa phrase pour donner plus de poids aux mots qui allaient suivre, puis il conclut :- Nous allons sauter dans le subespace."
À son bord, dans le plus grand secret, des scientifiques comptent prendre le contrôle du vaisseau et le projeter hors de la Voie lactée par un bond qui marquera l'histoire de la navigation interplanétaire ! Quant aux passagers fortunés et désabusés qu'il transporte, toute dimension déontologique étant balayée d'un revers de la main, ils serviront de cobayes à leur insu. Qu'ils le veuillent ou non, ils accompliront un trajet aller et retour de sept cent cinquante mille années-lumière.
Pour mener à bien l'expérience, le professeur Arnold Breker, expert en navigation intersidérale, devra toutefois compter sur la coopération du Flint. Cet ex-pilote d'essai des engins spatiaux à réacteur nucléaire, chef de la première mission de débarquement sur Mars et aujourd'hui colonel de réserve des forces extraterrestres, est aux commandes du Galax. En bon militaire, ce dernier obéit aux ordres de ses supérieurs sans trop discuter, quand bien même il ne les approuve pas. Le vaisseau effectue donc son saut, première étape d'une aventure rétrofuturiste et abracadabrante dont tous les passagers du spatiojet ne reviendront pas...
En effet, le retour sur Terre compte plusieurs absents, dont le professeur Arnold Breker, volontairement resté sur une planète de la galaxie M33, où il peut dorénavant se vanter d'être l'unique représentant de l'espèce humaine.
II - Départ pour l'avenir
Pendant ce temps-là, sur la planète bleue, la radioactivité individuelle n'a cessé d'augmenter. L'usage sans frein de l'énergie nucléaire a pollué l'atmosphère, l'eau de océans est contaminée, le sol lui-même a été progressivement rendu radioactif par les pluies chargées de particules. Les rivières charrient des déchets de piles atomiques. Alors que l'espèce humaine est condamnée à plus ou moins courte échéance, ce dont le grand public ne semble pas s'être inquiété, les autorités ont pris une décision capitale, celle d'élever, "à l'abri de toute contamination, une trentaine d'orphelins destinés à perpétrer sur un autre monde le bien le plus précieux que le Créateur ait donné à l'Homme : la vie."
C'est à ce moment-là, et plus précisément à l'arrivée de Flint, "très grand, le visage tanné, les traits énergiques", que le lecteur comprend le lien avec le roman précédent. Ces enfants vont s'envoler sur le Galax en direction de la galaxie M33, où Breker aura préparé le terrain. L'idée étant de tout recommencer sur la planète Génésia.
Tout ceci est sans compter sur certains opportunistes, bien renseignés et surtout bien décidés à faire passer leur survie avant l'intérêt général. Oui mais comment prendre des renseignements sur ce spatiojet alors que tous les participants de l'expédition relatée dans le premier volume ont subi un traitement qui a effacé de leur mémoire le moindre souvenir de la partie essentielle de ce voyage ? Voilà de quoi alimenter un roman qui avance à gros sabots sur le chemin de la question environnementale mais dont le scénario est finalement bien mené et dont la chute annonce une suite plutôt captivante.
III - Les Voix de l'univers
Depuis plus de trois ans maintenant, Breker est séparé de la Terre par un impensable gouffre d'espace, profond de plusieurs centaines de milliers d'années-lumière. Sur Génésia, il analyse le terrain, la faune et la flore, et consigne ses découvertes, pour le jour où le Galax reviendra - ce dont il commence à douter. Et voilà qu'un beau matin, le spatiojet tant attendu se pose près de son campement rudimentaire. À son bord, accompagné de Flint et de ses équipiers, le germe de l'Humanité future."Une humanité meilleure, espérons-le, que celle que nous avons connue, à laquelle malgré tout nous appartenons."
Pour les membres d'équipage, la mission doit se dérouler en deux temps : d'abord s'assurer que les adolescents sélectionnés pourront mener leur tâche à bien, ensuite les laisser à leur sort et détruire le Galax et son équipage dans l'espace !
Mais une chose après l'autre - il convient déjà de remplir la première partie de la mission, ce qui ne devrait pas être top compliqué, compte tenu du bagage sérieux dont disposent les colons : "langage, documentation, outillage, un embryon de contrat social et un code moral." Puis viendra la question suivante, épineuse : cela a-t-il encore du sens d'obéir aux ordres d'une hiérarchie disparue avec le reste des Terriens ?
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Fidèle à son ADN, la trilogie ne cherche jamais à masquer ses ressorts traditionnels : les personnages sont typés, les dialogues appuyés, les rebondissements francs. Mais c’est précisément dans cette énergie directe qu’elle puise sa force. De l’expérimentation spectaculaire du premier volume à la refondation éthique esquissée dans le dernier, l’ensemble gagne en ampleur et en maturité sans perdre son souffle d’aventure populaire. Si l’on n’est pas ici face à une œuvre de haute littérature, la progression est indéniable : dans son genre, chaque tome se révèle plus ambitieux, plus dense et plus maîtrisé que le précédent, offrant une montée en puissance constante qui culmine dans un final à la fois plus riche et plus abouti.
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FNA n°39, 56 & 67
















