mardi 15 juin 2021

Jean-Marc Agrati - Le chien a des choses à dire

Jean-Marc Agrati Le chien a des choses à dire Dystopia Workshop
Jean-Marc Agrati 

Le chien a des choses à dire 

Ed. Dystopia Workshop 

 
Votre caniche est votre meilleur ami et vous vous dites régulièrement qu'il ne lui manque que la parole ? Je comprends. Mais, tout comme L'apocalypse des homards n’était pas un essai d’écologie sur la disparition des crustacés, Le chien a des choses à dire ne vous aidera pas à communiquer avec votre fidèle compagnon à quatre pattes.
 
Jean-Marc Agrati a d'autres projets que de se lancer dans la psychologie canine : il ambitionne de présenter par le menu les travers de ses contemporains et de mettre en scène, dans des saynètes plus ou moins indépendantes, ce que la société compte de personnages dépravés, de types interlopes, d'anonymes peu recommandables ou de citoyens douteux. Cette galerie de protagonistes improbables, l'auteur lui-même ou l'étrange Zol, se joue de la bienpensance et se moque du politiquement correct : sado-masochisme, scatophilie, nécrophagie, maltraitance envers les animaux, automutilation, j'en passe et des meilleures.

Le chien a des choses à dire est un recueil de nouvelles courtes et percutantes, tordues et dérangeantes, vicieuses et stylées, folles et débridées. C'est la littérature énergique d'un auteur en roue libre, sans filtre, à l'humour plus que particulier, dans laquelle on peut aussi bien trucider des chats à coups de fourchettes que chier des fleurs, et qui illustre l'idée selon laquelle "destin collectif rime avec apocalypse".

mercredi 2 juin 2021

Gaston Chéreau - Le monstre et autres nouvelles

gaston chereau monstre arbre vengeur
Gaston Chéreau 

Le monstre et autres nouvelles 

Ed. L'Arbre Vengeur 


Pour les recueils, je ne crois pas qu'il soit toujours pertinent de faire une présentation exhaustive de chaque nouvelle dont il est composé. Et, dans ce cas précis, je dirais même qu'un inventaire de détails serait bien moins éloquent qu'une impression générale. Commençons donc par prendre un peu de hauteur.

Gaston Chéreau est un journaliste de la première moitié du vingtième siècle, homme de lettres, membre de l'académie Goncourt - de ce fameux millésime qui n'a pas récompensé Céline en 1932 - et également photographe. Le mieux pour cerner l'homme est encore de jeter un œil aux dédicaces que l'on trouve en tête de chaque nouvelle de ce recueil - de Léon Werth, romancier, essayiste libertaire et dédicataire du Petit Prince, à Henri Duvernois, auteur d'une comédie dramatique existentielle, en passant par Léon Blum, qu'il ne me semble pas utile de présenter, et par quelques inconnus, illustres ou non en leur temps. Loin d'être anecdotiques, je crois au contraire que ces dédicaces sont très révélatrices. Révélatrices d'une époque, d'un contexte et d'une personnalité.
 
Auteur d'une littérature du terroir, Gaston Chéreau affine cette veine jusqu'à en produire une variation agraire. Car, plus que de considérations régionalistes, c'est bien du monde paysan qu'il est question. Des femmes et des hommes du cru. L'auteur leur donne la parole, les met en scène dans tout ce qu'ils ont de plus rustique, de plus bourru, de plus authentique, de plus horrible. En effet, ces femmes et ces hommes n'en sont pas. Ce sont des monstres. Pas n'importe lesquels : des monstres ordinaires.
 
Avec de tels personnages, méchants, buttés, violents, envieux, cruels, Gaston Chéreau ne vous incite ni à avoir foi en l'humanité, ni à croire en votre prochain. Pourtant, il ne s'agit ni plus ni moins que d'une version champêtre de nous-même. Les pieds dans la fange et menant une existence de misère, ces monstres nous ressemblent...
"- Berniaude, c'est-y toué qu'à point fermé les poules à la nuit ?
- J'ai-t-il point fermé les poules, nout' maîtresse ?
- D'hasard ! À c'matin, all' étion'ouvertes. J'aime point ça... Ha ! pendant que j'y pense : t'engraisses, t'engraisses !... Te v'là quasi plus grousse que l'Maître ! J'aime point ça non plus ! Y a un moyen : travaille plus fort et mange pas tant."

vendredi 28 mai 2021

Eliza Griswold - Fracture

Eliza Griswold Fracture Globe
Eliza Griswold 

Fracture 

Ed. Globe 

 
Stacey vit avec sa famille en Pennsylvanie, dans un décor tout ce qu'il y a de plus américain. Tout est très américain, y compris - voire surtout - l'état d'esprit. Fille d'un vétéran de la guerre du Vietnam, elle estime que les États-Unis devraient exploiter les ressources de leur sol plutôt que d'envoyer des soldats se battre pour du pétrole au Moyen-Orient. Aussi, quand Range Resources lui propose de signer un bail pour extraire le gaz de schiste de son terrain par la fracturation hydraulique, elle n'hésite pas longtemps, et moins pour l’appât du gain que par "devoir envers la nation" !
 
Deux ans plus tard, la ferme familiale ne vaut plus rien, ses enfants sont malades, son air irrespirable, son eau polluée, son sol contaminé, ses bêtes mourantes. À court de prières, elle se lance dans une action en justice. 

Eliza Griswold nous raconte son combat.

La journaliste opte pour un travail de proximité. Elle reste au niveau des acteurs de cette histoire, parvenant ainsi à donner une dimension humaine à son récit et surtout à lui injecter de l'empathie : on peut difficilement ne pas s'émouvoir devant l'étendue du désastre ou rester indifférent face à un tel gâchis. Et il faut reconnaître que l'investissement de Stacey force le respect, tout comme sa force de caractère ou son abnégation. Malheureusement, cette proximité a un inconvénient. Si elle permet de mieux cerner les aspects concrets et juridiques du problème, elle ne prend jamais vraiment de hauteur et l'enquête reste donc assez factuelle. Elle n'entre pas non plus dans le débat.
 
En ce qui concerne ce dernier point, on sent bien que l'auteure est de parti pris et son ouvrage ne fait pas dans la nuance. Je me doutais bien que ce livre n'allait pas faire l'apologie de la fracture hydraulique mais je m'attendais tout de même à ce que la parole soit parfois donnée à la partie adverse ou à ce que la journaliste tempère un brin son propos. On comprend vite que ce ne sera pas le cas et qu'elle ira sans détour à une conclusion sans appel.

lundi 24 mai 2021

Tom Sweterlitsch - Demain et le jour d'après

Tom Sweterlitsch Demain et le jour d'après Albin Michel imaginaire
Tom Sweterlitsch 

Demain et le jour d'après 

Ed. Albin Michel 

 
Il y a quelques années,  Daryl Gregory invitait ses lecteurs à assister à une thérapie de groupe durant laquelle plusieurs patients partageaient leur expérience et confrontaient leurs impressions après avoir survécu à une catastrophe improbable. John Dominic Blaxton aurait bien eu besoin de participer à ce cercle de parole. Depuis que sa femme enceinte a péri dans l'attentat nucléaire qui a rasé Pittsburgh, il est rongé par un syndrome de culpabilité des survivants et navigue entre le deuil et la dépression.
 
Dans la société futuriste imaginée par Tom Sweterlitsch, on peut faire revivre le passé grâce à des archives numériques. Tout est sauvegardé et on peut aisément reconstituer des souvenirs immersifs et plus vrais que nature. John s'y réfugie volontiers, autant pour faire resurgir des cendres les images de son épouse que pour son emploi d'enquêteur. C'est en y navigant pour son travail qu'il tombe sur un cadavre et c'est en partie pour noyer sa neurasthénie qu'il se met en tête d'éclaircir les circonstances de ce qui ressemble fort à un meurtre.
 
Comme Terminus qui conjuguait également SF et polar, ce premier livre plonge le lecteur dans une enquête futuriste. Mais si l'intrigue sert de fil rouge à un roman bien ficelé qui ravira sans doute les amateurs du genre, elle m'a surtout semblé être là pour illustrer un propos. Deux en l’occurrence.

En dressant le portrait d'une société traumatisée par les attentats, Tom Sweterlitsch s'interroge sur la tendance sécuritaire dans laquelle elle finit inexorablement par tomber. Mais il se pose également la question des dérives qui touchent ses citoyens, à commencer par le rapport aux nouvelles technologies : le futur est ultra-connecté, la publicité est intrusive et omniprésente, la réalité est augmentée, chacun porte un implant, en abuse, et semble emprisonné dans une forme particulièrement vicieuse de liberté. Dans ce monde merveilleux et paranoïaque des neurospams évolue un survivant. Intellectuel, amateur de poésie - aussi anachronique que cela puisse paraître - et brisé, il a beaucoup de mal à renouer avec la vie. Mais y a-t-il seulement une place dans une telle société pour un homme dont la grande sensibilité s'apparente à de la faiblesse ?
 
Demain et le jour d'après ne se contente pas d'envisager notre avenir ou de nous relater le quotidien de ce personnage dépressif, il nous invite à y plonger. Attendez-vous donc à ce que chaque page transpire le mal-être et à ce que le livre tout entier fleure la sinistrose. Apprêtez-vous surtout à y prendre goût.
 
D'autres avis ? Hop !

vendredi 21 mai 2021

Amal El-Mohtar & Max Gladstone - Les oiseaux du temps

Amal El-Mohtar & Max Gladstone Les oiseaux du temps Mu
Amal El-Mohtar & Max Gladstone 

Les oiseaux du temps 

Ed. Mu

 
J'ai rien compris.

C'est dit.
 
J'ai rien compris mais j'ai retenu deux ou trois trucs.
 
Voilà : les personnages voyagent dans le temps, sont là, pas là, s'écrivent, comment ? J'en sais rien. Elles se battent, se confient, se croisent, se méfient et s'aiment mais leur sentiments sont confus et ce n'est pas la narration obscure qui soulèvera le doute. Obscure et confuse. Et redondante : désolé mais la tentative de noyer un systématisme scolaire dans un semblant de prose poétique ne fonctionne pas. Ce n'est pas l'abstraction qui créé la poésie.
 
Pour résumer, ce n'est pas un livre d'ornithologie. C'est un roman épistolaire. Et quantique. Et lesbien. Et militaire.
 
J'ai rien compris, ce qui ne m'a pas empêché de détester. 
 
Dernière chose : aux échecs, page 107, la pièce en forme de cheval n'est pas un "chevalier". Non.

D'autres avis ? Hop ! Ours inculte, Lullaby, Yuyine, Yogo, Elessar, Célindanaë, Vanille, Petite critique, Lune... Allez-y, ils sont souvent enthousiastes et toujours plus nuancés.

   Et pour faire le point sur ce challenge, c'est ici.

mercredi 19 mai 2021

Robert Darvel - L'homme qui traversa la Terre

Robert Darvel L'homme qui traversa la Terre Les Moutons Électriques hélios
Robert Darvel 

L'homme qui traversa la Terre 

Ed. Les Moutons Électriques 

 
Jules Verne, ça parle à tout le monde - ou presque. La quatrième de couverture du présent ouvrage fait allusion au romancier nantais et il y figure même la citation suivante, tirée des Inrocks, "Jules Verne likes this". Il faut reconnaitre que tout dans ce livre fait penser au Voyage au centre de la Terre, à commencer par le titre. La référence est évidente, de même que certains éléments de l'intrigue. Voyez plutôt :

Suite à un accident de laboratoire, Emerance de Funcal s'est retrouvée exposée au rayon ZR conçu par son fiancé Louis Zèdre-Rouge. L'inventeur, qui travaillait sur un moyen de faire pénétrer un corps humain dans la matière, assiste donc, impuissant, à la disparition de la jeune femme dans le sol ! Quelques années plus tard, en Islande, des prospecteurs géologiques sont confrontés à des faits souterrains inexplicables...
 
En trois parties et deux intermèdes, le roman multiplie les références et rend un bel hommage au père des Voyages Extraordinaires. Mais pas seulement. Si on creuse un peu plus loin, on réalise qu'il balaye beaucoup plus large. En effet, Robert Darvel décoche une quantité impressionnante de clins d’œil aux représentants majeurs du courant merveilleux scientifique. Dès lors, pour qui veut se prêter au jeu, le livre prend des airs de vaste devinette adressée aux amateurs du genre.

Certains détails sont limpides, comme le fait que les prospections géologiques de ce roman aient lieu dans le même volcan que celui par lequel Otto Lidenbrock et son neveu entament leur périple dans celui de Jules Verne. Quand le bureau du père d'Emerance est décoré de gravures de Robida, auteur d'une trilogie d'anticipation sur le vingtième siècle, ou quand son cabinet est baptisé "Baruch & Jorgell", du nom du méchant dans Le Mystérieux Docteur Cornélius, les références sont indéniables. Et quand les explorateurs de la lithosphère se nomment les "altéracs", je ne pense pas me tromper en y voyant un vibrant hommage à Joseph Altairac, co-auteur d'une somme de référence sur les terres creuses.
 
Le roman regorge de ce type d'allusions. Maintenant, de là à me demander si je n'en ai pas extrapolé certaines et trouvé des références partout, il n'y a qu'un pas. Mais, pris au jeu, je n'ai pas pu m'empêcher de penser qu'un personnage prénommé Arnoulds ne pouvait l'être qu'en référence à Galopin ou un Octave en hommage à Joncquel... Dans un roman aussi référencé, surtout pour un lecteur de mon genre, tout est prétexte à la surinterprétation.

Vous l'aurez compris, ce livre peut offrir une jolie dimension ludique. Pour autant, passer à côté des références n'enlève rien au plaisir de lecture que procurent son caractère romanesque, sa désuétude ciselée et son ton fougueux. La langue est élaborée, la narration est enlevée et les dialogues, maniérés, parfois improbables, ajoutent cette touche théâtrale qui fait revivre les grandes heures du roman-feuilleton.
"Emerance ! Emerance ! s'écrie Louis éperdu. Tes jambes, tes fesses ô combien adorées, ton sexe mignon flottent dans les béances tétraédriques de la silice constituant l'hydrate cimentaire !..."

jeudi 13 mai 2021

Kurt Steiner - Le 32 juillet

Kurt Steiner Le 32 juillet Fleuve Noir anticipation
Kurt Steiner 

Le 32 juillet 

Ed. Fleuve Noir 


Ken Broad, un agent des services secrets américains, est parachuté dans le sud de la France pour y espionner un scientifique. Mais à peine a-t-il rejoint son objectif que l'homme qu'il recherchait, après avoir tenu des propos nébuleux sur la disparition de son épouse et de son assistante ainsi que sur la distorsion du temps, disparaît à travers un halo lumineux...  Ignorant où mène ce passage mais n'écoutant que son courage, l'espion décide de s'y engouffrer également. Il est loin de se douter que ce jour, le 31 juillet, ne sera pas suivi d'un 1er août...
 
En faisant sauter le pas à son personnage, l'auteur propulse le lecteur dans la veine SF attendue. Mais si la scène d'ouverture était prometteuse et laissait augurer un bon divertissement sur les paradoxes temporels mâtiné d'un soupçon d’espionnage, la suite n'est malheureusement pas à la hauteur. C'est d'ailleurs peu de le dire.

De l'autre côté du halo, Ken Broad découvre une ville au décor visuel et organique. Il réalise rapidement que cette ville n'en est pas une : il est à l'intérieur d'un être vivant, un animal formidable et d'une taille démesurée ! Mais une fois planté le décor, retrouvées l'épouse et l’assistante disparues puis installé un semblant d'intrigue, Kurt Steiner n'assure plus le suivi romanesque. Il se contente de bâcler une trame faiblarde qui fera, au passage, dresser les cheveux sur la tête des féministes même les moins convaincues. On suit donc l'espion dans ce dédale viscéral et on assiste, blasé, aux scènes rétrogrades dans lesquelles, armé de son révolver, il protège la faible - et souvent hystérique - femme qui, en toute logique, tombe amoureuse de lui dans la minute où elle le rencontre. Comme dans la vraie vie, quoi.

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FNA n°146

 

lundi 3 mai 2021

Francis Carsac - Pour patrie l'espace

Francis Carsac Pour patrie l'espace L'Arbre Vengeur
Francis Carsac 

Pour patrie l'espace 

Ed. L'Arbre Vengeur 


Ce classique du space-opera, que l'on dit incontournable et dont la réédition est auréolée de quelques recensions très élogieuses, plonge le lecteur dans le vide intersidéral dès la première page. Le personnage principal, Tinkar, un soldat de l'armée impériale Terrienne, n'a eu d'autre choix, pour échapper à l'explosion de son vaisseau saboté, que de sauter dans son scaphandre et se jeter dans l'espace. Son destin est peu enviable : dériver dans le cosmos jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Il est heureusement recueilli par un "vaisseau-cité", un bâtiment de la taille d'une ville. Ses habitants, descendant de dissidents persécutés par l'Empire et aujourd'hui nomades, voient en ce naufragé un représentant de l'oppresseur et lui mènent la vie dure. Seul l'un des dirigeants du vaisseau lui offre bizarrement un certain nombre d'avantages, ce qui fait d'autant plus grincer les dents de ses hôtes...
 
Si Tinkar, après avoir flotté un moment dans l'espace, finit par trouver refuge sur un sol ferme, je n'ai malheureusement pas eu sa chance. Contrairement à lui, je n'ai jamais réussi à reprendre pied. J'ai dérivé, dérivé...
 
J'ai bien tenté de me raccrocher au personnage principal qui m'a d'abord semblé plutôt intéressant mais qui ne l'est finalement qu'en comparaison des autres protagonistes qui rivalisent de fadeur, à commencer par les femmes qui se disputent ses faveurs. Même ses questionnements, alors qu'il se retrouve partagé entre ses principes formatés de soldat et son désir de se fondre dans son nouvel environnement, n'ont pas su me convaincre, pas plus que les scènes d'action ou les duels qui sont assez maladroits. Quant à l'intrigue, disons qu'elle fonctionne mais que, cousue de fil blanc, elle ne ménage que peu de surprise.

J'imagine qu'il faut tout de même resituer le roman dans son contexte et noter le caractère rigoureux de cet auteur à la formation scientifique, saluer la dimension politique et sociétale de ce roman résolument utopiste, voire libertaire, et s'incliner devant l'esthétique rétrofuturiste, la plume joliment désuète et l'aspect évocateur ou visuel des décors. Mais aucun de ces derniers points, si notables soient-ils, ne m'a empêché de dériver, dériver...

Lekarr dit ici tout le bien qu'il en pense, lui.

samedi 1 mai 2021

Max-André Rayjean - Le Péril des Hommes

max andre rayjean fleuve noir anticipation
Max-André Rayjean 

Le Péril des Hommes 

Ed. Fleuve Noir 

 
À trop vouloir jouer avec l'atome, l'Homme n'a eu que ce qu'il méritait : les femmes ne donnent plus naissance qu'à des garçons ! On ne sait pas exactement quel est le lien de cause à effet mais c'est ainsi - de toute manière, il n'y aura bientôt plus personne pour se poser la question, ce phénomène signant indéniablement la fin de l'espèce humaine. Bien décidés à trouver une parade et refusant la fatalité, une poignée de médecins décide de jouer les apprentis sorciers de la gynécologie et les savants-fous de l'obstétrique...

Le sujet de départ est vraiment bon mais il n'est malheureusement pas exploité comme il aurait pu l'être. L'auteur aborde pourtant de bonnes problématiques mais se contente de les effleurer. Ainsi, il soulève la question de l'expérimentation génétique, de la modification des organismes, des alternatives médicales ou encore des limites de la sciences, mais il ne creuse aucune de ces pistes. De la même manière, alors qu'il tenait une bonne idée avec l'arrivée d'une génération d'enfants asexués comme conséquence des opérations, il l'abandonne sans explication. Et finalement, à croire qu'il ne savait pas quoi faire de son sujet, l'auteur laisse derrière lui tout ce qu'il avait mis en place pour proposer quelque chose de... différent...

Alors que rien ne l'annonçait, nos gynécologues sont enlevés par des extraterrestres !
 
Cet évènement, qui tombe comme un cheveux sur la soupe, ruine ce roman qui n'était pourtant pas si mal embarqué. Et quand on commence à se demander où l'auteur veut en venir, il finit par retomber sur ses pattes mais de manière peu orthodoxe et en empruntant un sentier de traverse moyennement convaincant. Celui-ci, avant de mener à une chute d'un chauvinisme affligeant, passe par un constat du "chaos" qui règne sur Terre maintenant que les hommes n'ont plus d'épouse pour tenir leur maison...

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FNA n°151

vendredi 30 avril 2021

Jean-Gaston Vandel - Le troisième bocal

Jean-Gaston Vandel Le troisième bocal fleuve noir anticipation

Jean-Gaston Vandel 

Le troisième bocal

Ed. Fleuve Noir 

 
Tout comme le baron de Münchhausen chevauchait un boulet de canon pour traverser le ciel, quatre scientifiques se rendent aux confins de la galaxie agrippés à une comète. Maillet, Sprague, Bourbakof et Chingford, qui éprouvent l'impérieuse nécessité de mener des investigations dans l'espace, posent le pied sur un humble astéroïde dédaigné par les télescopes. Ils en repartent avec de nombreux bocaux remplis d'échantillons mais ignorent encore que ce que renferme l'un d'entre eux, le troisième, bouleversera l'existence de l'humanité !

Ce roman d'anticipation est plaisant à lire mais son scénario, bancal et incohérent, est bricolé de raccourcis et de facilités. Les deux écrivains belges dissimulés derrière ce pseudonyme ont de bonnes idées mais ne les exploitent pas suffisamment, voire les gâchent malheureusement par un traitement oisif ou par ce qui s'apparente à de la fainéantise*. Leur absence de rigueur, qui est à l'image de celle des personnages du roman, est heureusement compensée par la fluidité de leur plume et une utilisation habile des accroches de fin de chapitre. C'est sans doute grâce à ce dernier point qu'ils réussissent l'exploit de ne pas perdre leur lecteur en route.
 
*Ce point est développé dans les commentaires.
 
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FNA n°77