San-Antonio
La nurse anglaise
Ed. Fleuve Noir
Sir David Bentham est un lord tout ce qu'il y a de plus anglais qui, du haut de ses 28 ans, pose un regard aigri sur l'aristocratie dans laquelle il évolue - de même que sur le reste de la société britannique. La raison ? Son nanisme, qui le complexe et le distingue de ses congénères, et que même un sexe d'une dimension confondante ne parvient à compenser. Il a toutefois un exutoire qui lui permet d'évacuer la frustration générée par cette caractéristique physique : il tue ses contemporains ! Accompagné de sa maîtresse, une séduisante roturière volontiers habillée en nurse, il se promène dans un landau aménagé pour ses besoins. Alors le couple criminel sème la mort lors de ses balades...
Avec La nurse anglaise, le père de San-Antonio signe un véritable sommet de la littérature fétichiste. Entre l'obsession pour la taille, le culte vestimentaire et le rapport de domination, le roman plonge à tête baissée dans une imagerie qui pourrait paraître tordue. Et soyons honnêtes : oui, c'est tordu. Totalement tordu. Mais, avec son absence de complexes, l'auteur en fait une œuvre iconoclaste, explosive plus que simplement dépravée. En effet, il explore ces déviances avec un détachement souverain, une liberté flamboyante. Son humour pince-sans-rire dynamite les bonnes mœurs et, porté par une virtuosité verbale, il transforme le scabreux en facétieux, le cynisme en réjouissement. Et pour cause, le mauvais genre et la provocation, maniés avec un tel génie stylistique, surclassent bien des leçons de morale. Voilà qui prouve, de manière éclatante, que le talent d’écrivain se mesure aussi à sa capacité à rendre irrésistible ce qui ne devrait pas l'être. En cela, l'auteur se montre ici aussi machiavélique que son protagoniste...














