San-Antonio
La fête des paires
Ed. Fleuve Noir
Alors que certains proposent leurs services expéditifs pour faire justice auprès de ceux qui s'en sentent privés, les autorités compétentes entrent en scène. Le commissaire, flanqué de son fidèle entourage, se retrouve alors à naviguer entre faux-semblants, gros bras et créatures fatales, dans une intrigue qui avance à coups de tatane narrative et de calembours supersoniques. Ça complote, ça se course, ça s’empoigne, et notre héros distribue la justice comme des pralines, dans un joyeux chaos savamment orchestré, vitriolé et sous haute tension.
Et puis, il y a cette galerie de trognes ! Des silhouettes qui déboulent comme dans un vaudeville sous amphétamines. La démesure fait loi, le trait est appuyé, la caricature flirte avec le mythe. Et au milieu de ce barnum, un personnage secondaire - un vrai, un solide - vient redynamiser la distribution. Jérémie Blanc, le bien nommé, entre en scène comme on balance un pavé dans la mare : tout éclabousse, tout s’électrise. Les dialogues prennent du nerf, les situations se retendent, le commissaire et Béru ne sont plus seuls sous les feux de la rampe.
"Un noir immense dont la poitrine nue obstrue tout l'encadrement. Du mec hors série ! Près d'un mètre nonante, des muscles, une peau sénégalaise absolument noire, un visage aux pommettes proéminentes qu'éclairent de yeux de loup en vadrouille."
C’est du grand art de composition populaire !
Mais ne refermons toutefois pas le livre sans appuyer là où ça fait mal. À force de tout traiter sur le mode de la gaudriole et de la désinvolture bravache, l’auteur glisse parfois sur une peau de banane plus grave : la dédramatisation des violences faites aux femmes. Ce qui, dans le contexte de l’époque, relevait d’un humour noir ou d’une provocation potache, peut aujourd’hui laisser un arrière-goût plus amer. Le rire se coince un peu dans la gorge. On admire toujours le styliste, le saltimbanque du verbe, mais on ne peut s’empêcher de tiquer devant certaines légèretés. La fête est brillante mais, comme toute fête un peu trop arrosée, elle laisse au matin quelques traces dont il faut savoir parler.
Et pour suivre l'avancée de ma lecture complète des aventures du commissaire San-Antonio, cliquez sur le sourire de l'auteur !


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