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mercredi 28 mai 2025

Tiffany McDaniel - Betty

Tiffany McDaniel 

Betty 

Ed. Gallmeister 


Tiffany McDaniel Betty Gallmeister
Les voies de la traduction étant impénétrables, c'est par le biais de son second livre que nous découvrions en France, en 2020, Tiffany McDaniel, dont le premier roman n'avait alors pas encore traversé l'Atlantique. La jeune romancière américaine, s'inspirant librement de son histoire familiale, nous offrait là le portrait romancé de sa mère, renommée Betty pour l'occasion. 

Survivante, pour le pire ou pour le meilleur, d'une fratrie touchée par un fort taux de mortalité, Betty voit le jour en Ohio au milieu du vingtième siècle, dans une famille pauvre et métissée. Elle n'hérite pas de la couleur de peau de sa mère blanche mais de celle, sombre, de son père, Cherokee. Ce dernier entreprend de transmettre la culture de ses ancêtres à cette fille que l'on surnomme volontiers "la petite indienne". Nourrie de légendes, de traditions et de croyances ancestrales, elle est par ailleurs confrontée à la réalité d'une société qui revendique la richesse de son histoire mais refuse pour autant d'intégrer ceux qui la perpétue. Betty serait-elle le chaînon manquant entre les générations qui ont forgé la culture de son pays et celles qui ont relégués les précédentes au rang du folklore ? C'est bien possible. Les injustices, la violence et le racisme auxquels elle se heurte ne peuvent que confirmer cette hypothèse. Son existence sera difficile, le roman également.

Oui, par bien des aspects, le roman est difficile. D'une grande tristesse, pourrait-on dire. Et pourtant, il est incroyablement lumineux, à l'image de Landon, le père de Betty. Au milieu de la vaste galerie de personnages, c'est lui, envoûtant, qui attire la lumière et retient toute l'attention du lecteur. Lumineux, disais-je, notamment grâce à sa conviction que la poésie peut sauver quiconque de l'agitation. Mais aveuglé par son propre lyrisme, par la nécessité d'entretenir la flamme et par la forme d'énergie du désespoir qu'il y investit, il met malgré lui en évidence une vérité implacable : la société a évolué sans les gens comme lui, laissant derrière elle ceux qui s'évertuent à voir du beau là où domine le moche. Et toutes ses histoires, aussi belles et sensibles soient-elles, peinent à dissimuler cette évidence. Aussi, malgré tous ses efforts, et malgré le caractère résolument salutaire de sa démarche, celle-ci semble vaine. Et pourtant indispensable, ni plus ni moins. Encore un paradoxe. À croire que, comme le roman, le pays et la société sont fondés sur des idées contradictoires.

Si, donc, cet incroyable roman a introduit Tiffany McDaniel auprès du lectorat français, il l'a surtout confirmée, à une échelle plus vaste, comme une autrice incontournable de la littérature américaine. Il faut dire qu'elle avait déjà fait forte impression dès son premier livre, le non moins incroyable L'été où tout a fondu, publié dans son pays d'origine quatre ans auparavant. Et dont je ne peux que vivement vous conseiller la lecture.

6 commentaires:

  1. J'avais été un peu moins enthousiaste que toi à cette lecture. Si je garde en effet du personnage paternel un souvenir très fort, et si j'ai apprécié la dimension poétique et subtilement fantasque de l'écriture, j'ai trouvé que l'accumulation de drames finissait par nuire à la crédibilité du roman.

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    1. Je vois tout à fait ce que tu veux dire mais ça ne m'a pas posé problème. Quant au père, en effet, quel personnage !

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  2. Je note ”L’été ou tout à fondu” et ”Betty..” si affinités.

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  3. Eh bien moi je me suis tellement ennuyée en lisant ce livre que je ne l'ai pas terminé... j'ai dû en lire la moitié.

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    1. Aïe ! Ce livre serait-il plus clivant que je le pensais ?

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