Tiffany McDaniel
Betty
Ed. Gallmeister
Les voies de la traduction étant impénétrables, c'est par le biais de son second livre que nous découvrions en France, en 2020, Tiffany McDaniel, dont le premier roman n'avait alors pas encore traversé l'Atlantique. La jeune romancière américaine, s'inspirant librement de son histoire familiale, nous offrait là le portrait romancé de sa mère, renommée Betty pour l'occasion.
Oui, par bien des aspects, le roman est difficile. D'une grande tristesse, pourrait-on dire. Et pourtant, il est incroyablement lumineux, à l'image de Landon, le père de Betty. Au milieu de la vaste galerie de personnages, c'est lui, envoûtant, qui attire la lumière et retient toute l'attention du lecteur. Lumineux, disais-je, notamment grâce à sa conviction que la poésie peut sauver quiconque de l'agitation. Mais aveuglé par son propre lyrisme, par la nécessité d'entretenir la flamme et par la forme d'énergie du désespoir qu'il y investit, il met malgré lui en évidence une vérité implacable : la société a évolué sans les gens comme lui, laissant derrière elle ceux qui s'évertuent à voir du beau là où domine le moche. Et toutes ses histoires, aussi belles et sensibles soient-elles, peinent à dissimuler cette évidence. Aussi, malgré tous ses efforts, et malgré le caractère résolument salutaire de sa démarche, celle-ci semble vaine. Et pourtant indispensable, ni plus ni moins. Encore un paradoxe. À croire que, comme le roman, le pays et la société sont fondés sur des idées contradictoires.
Si, donc, cet incroyable roman a introduit Tiffany McDaniel auprès du lectorat français, il l'a surtout confirmée, à une échelle plus vaste, comme une autrice incontournable de la littérature américaine. Il faut dire qu'elle avait déjà fait forte impression dès son premier livre, le non moins incroyable L'été où tout a fondu, publié dans son pays d'origine quatre ans auparavant. Et dont je ne peux que vivement vous conseiller la lecture.
J'avais été un peu moins enthousiaste que toi à cette lecture. Si je garde en effet du personnage paternel un souvenir très fort, et si j'ai apprécié la dimension poétique et subtilement fantasque de l'écriture, j'ai trouvé que l'accumulation de drames finissait par nuire à la crédibilité du roman.
RépondreSupprimerJe vois tout à fait ce que tu veux dire mais ça ne m'a pas posé problème. Quant au père, en effet, quel personnage !
SupprimerJe note ”L’été ou tout à fondu” et ”Betty..” si affinités.
RépondreSupprimerNote, note !
SupprimerEh bien moi je me suis tellement ennuyée en lisant ce livre que je ne l'ai pas terminé... j'ai dû en lire la moitié.
RépondreSupprimerAïe ! Ce livre serait-il plus clivant que je le pensais ?
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