dimanche 18 janvier 2026

François Garde - Ce qu'il advint du sauvage blanc

François Garde 

Ce qu'il advint du sauvage blanc 

Ed. Gallimard 


François Garde Ce qu'il advint du sauvage blanc Gallimard folio
Je suis allé à Rochefort (ma vie est palpitante).

C'était il y a quelques mois. Le musée Hèbre, qui abrite une collection d’art et d’histoire de la ville, présentait alors une exposition temporaire intitulée "Narcisse Pelletier, jeune mouse perdu en Australie" et inspirée du destin extraordinaire mais tragique d'un homme abandonné à son sort sur une plage en 1857 et recueilli par une communauté aborigène avant d'être ramené en France dix-sept ans plus tard. Cette exposition richement illustrée, qui s'interrogeait sur le regard porté au XIXème siècle par les occidentaux sur les communautés autochtones et qui soulevait la question essentielle du respect entre les cultures, était tout simplement passionnante - et m'a donné envie de creuser le sujet. D'où le livre de François Garde.

D'où le roman de François Garde, devrais-je dire. Car si le fonds est là, l'auteur ne se cache pas d'avoir volontiers arrangé à ses besoins cette histoire pourtant déjà hautement romanesque : il y raconte la manière dont Octave de Vallombrun, un membre de la société française de géographie, entreprend de ramener Narcisse Pelletier à la société civilisée, une fois ce dernier revenu d'entre les sauvages.

Le livre propose une alternance de points de vue, entre les chapitres consacrés au récit du naufragé et ceux dédiés aux rapports rédigés par son bienfaiteur. De fait, mêlant habilement les genres, le livre offre à la fois un tableau aventureux, entre drame maritime et récit survivaliste, et une réflexion d'ordre philosophique, basée sur les connaissances géographiques et anthropologiques de l'époque. Mais l'essentiel du livre est articulé autour d'une question plus pragmatique que certains personnages sont légitimement amenés se poser : comment, en se basant sur une expérience invérifiable, démêler la part de réalité de l'éventuelle supercherie ? François Garde s'étant, comme on l'a dit, offert certaines libertés au regard des faits, il est difficile de juger de ce point à la simple lecture de son roman, d'autant plus que la tentative de réponse qu'il esquisse entraîne le lecteur vers une interprétation pour le moins troublante des évènements.

Narcisse Pelletier, authentique naufragé ou imposteur opportuniste, et Octave de Vallombrun, scientifique pugnace ou naïf invétéré, restent les protagonistes d'une aventure humaine incroyable dont François Garde ne se contente pas d'être le rapporteur - il s'en empare. Non seulement il souligne les nuances et les subtilités du récit mais il les réhausse grâce à une langue d'un grand classicisme formel et d'une incroyable richesse. Logiquement multi-primé, ce premier roman impose son auteur comme un écrivain à surveiller.

Quant à l'exposition du musée Hèbre, elle est terminée. Il ne vous reste donc plus qu'à vous plonger dans le livre de François Garde, tout aussi passionnant.

10 commentaires:

  1. Ca fait envie... et ça me rappelle fortement L'ancêtre, de Juan José Saer, que j'ai adoré, et dont je copie ici un extrait du résumé Babelio :

    "Le roman est inspiré d’une histoire réelle. En 1515, un corps expéditionnaire de trois navires quitte l’Espagne en direction du Rio de la Plata, vaste estuaire à la conjonction des fleuves Parana et Uruguay. Mais, à peine débarqués à terre, le capitaine et les quelques hommes qui l’accompagnent sont massacrés par des Indiens. Un seul en réchappe, le mousse : fait prisonnier, accueilli dans la tribu de ses assaillants, il n’est rendu à son monde que dix ans plus tard, à l’occasion d’une autre expédition naviguant dans ces eaux. De ce fait historique Juan José tire une fable universelle qui interroge le sens des destinées humaines et le pouvoir du langage."

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    1. Merci d'avoir rappelé à mon bon souvenir ce roman que j'avais lu et adoré à sa sortie et, étonnement, un peu oublié depuis.

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  2. C'est toujours troublant quand un auteur questionne la réalité en la modifiant lui-même, je ne sais jamais trop comment me situer par rapport à ça. Ça me fait forcément penser à Antoine Bello sur le sujet. Troublant oui, c'est le mot.

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    1. N'oublions pas que ce livre est un roman et non pas un essai d'histoire ou d'anthropologie. Partant de là, l'auteur peut prendre autant de libertés qu'il le souhaite - c'est au lecteur de les accepter ou non. Je comprends que tu fasses le lien avec Bello, c'est assez pertinent.

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  3. Ah, je l'ai lu aussi! Il y a longtemps. Mon billet de blog m'informe que j'ai trouvé ça super. C'est une histoire intéressante, en tout cas.

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  4. Très bon conteur.Lu ”Mon oncle d’Australie ”.J’avais oublié celui-là.

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    1. "Mon oncle d'Amérique" ? J'y jetterai un œil à l'occasion.

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  5. Ton intéressant billet m'a poussée à aller consulter les journaux de l'époque : on attendait avec impatience son arrivée à Marseille puis Paris.

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    1. Cette histoire a semble-t-il défrayé la chronique à l'époque.

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