jeudi 7 février 2019

Léo Henry - L'autre côté

Léo Henry autre côté Rivages

Léo Henry

L'autre côté

Ed. Rivages


Kop Tepa est la plus ancienne ville du monde. J'aime bien cette idée - la plus ancienne ville du monde. Alors on ne sait pas exactement de combien elle est ancienne car le contexte n'est pas donné. Futur lointain ou passé depuis longtemps oublié ? Peu importe, ça pourrait aussi bien être aujourd'hui. D'autant plus que le sujet est d'une brûlante actualité.

À Kop Tepa, la plèbe meurt d'une étrange épidémie. Seuls les moines y échappent, protégés par un sérum dont ils gardent précieusement le secret et dont eux seuls peuvent bénéficier. Pour les autres, le dernier espoir réside de l'autre côté. Et pour y accéder, il faut faire appel à un homme comme Rostam, un passeur. Grâce à lui, l'Outre-Mer vous tend les bras. Le salut vous attend.

Mais quand c’est le passeur qui est appelé à migrer pour sauver sa fille atteinte par le mal, le rêve prend des allures de cauchemar. Rostam, qui jusqu'alors avait plus pêché par naïveté que par malhonnêteté, découvre la face cachée d'un système et la réalité de ce qu'il a vendu aux malades. À sont tour d'être confronté à la souffrance, à la misère, à l'injustice et à l'exploitation des uns par les autres.

Même s'il la situe dans un monde différent, l'auteur de Point du jour s'attaque cette fois-ci à une littérature du réel. La crise des migrants est au cœur du récit. Ce n'est pas pour autant un pamphlet contre le trafic des vies humaines, pas non plus le procès des passeurs. D'ailleurs, le personnage de Rostam est nuancé. Ce n'est pas un mauvais bougre, pas complètement une victime non plus, c'est bien plus subtil. Et à travers son portrait, Léo Henry s'interroge sur les notions d'exil, de sacrifice ou encore d'amour filial.

L'autre côté est un texte court, moins écrit à l'économie que concentré sur l'essentiel, sans pathos ni morale. C'est un livre intelligent, lu d'une traite, le souffle court, qui invite à réfléchir à notre époque. Un roman qui nous rappelle que Léo Henry n'est pas qu'un incontournable de la littérature de genre à tendance débridée, c'est également un styliste capable de créer des univers forts et d'injecter de la poésie dans ce qui a l'air d'en être bigrement dénué.

6 commentaires:

  1. Après l'avis d'un papillon dans la lune, ta chronique me donne très envie de découvrir ce texte.
    Mais 11€ en numérique pour 120 pages, c'est clairement trop cher pour mois, et un véritable pousse au vice. Quand je pense que les Une heure lumière du Bélial sont à 5€, cela laisse rêveur.

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    1. 11 euros en numérique et 15 euros en papier, c'est vrai que c'est cher… surtout que le livre est presque imprimé en caractères pour malvoyants. Et pour autant… ça les vaut.

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  2. Comme je l'ai dit chez Lune, la réalité du sujet ne m'incite pas à y aller.
    Vos critiques donnent envie mais pour le moment je vais passer mon tour

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    1. Peut-être plus tard. Tâche de garder la référence en tête.

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  3. "sans pathos ni morale" : ça me confirme que je pourrai lui donner sa chance.

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