vendredi 15 mai 2020

L. Ron Hubbard - Retour à demain


L. Ron Hubbard Retour à demain Fleuve Noir anticipiationL. Ron Hubbard 

Retour à demain 

Ed. Fleuve Noir 


Il est parfois difficile de faire abstraction d'une réputation. Avec ce livre signé L. Ron Hubbard, j'ai eu peur de pas réussir à dissocier le gourou de l'écrivain. Pourtant, il ne m'a fallu que quelques pages pour me rendre à l'évidence : Il y a bien un romancier derrière le fondateur de la Scientologie.

Alan Corday, aristocrate récemment désargenté, se voit refuser le mariage par son futur beau-père sous prétexte que la fortune familiale du prétendant a fondu. Le vieil homme lui donne cinq ans pour se renflouer. Alors seulement il pourra redemander la main de sa fille. Abattu, démoralisé et ignorant encore que le pire reste à venir, il décide de partir sur Mars gagner sa vie. Mais, trompé par un capitaine fourbe et sans scrupule, le voilà embarqué dans un voyage au long cours. La théorie de la relativité étant ce qu'elle est, les jours qui passent sur le vaisseau sont autant d'années qui s'écoulent sur Terre...
"Vous êtes jeune, dit Jocelyn Vous portez en vous un tas de non-sens romantiques sur la liberté et l'individu. Vous êtes plein jusqu'aux yeux de l'importance de vos propres futiles intérêts. Je vous ai sauvé d'un sort pire que celui-ci et voilà comment vous m'en récompensez. Vous êtes un fou. Orgueilleux, chevaleresque, sans aucune expérience, bourré de connaissances indigestes. Je vous fais l'honneur de vous offrir un poste qui comporte des responsabilités et je vous conseille d'accepter."
Le sujet des paradoxes temporels est loin d'être d'une grande originalité et c'est moins son traitement que le travail sur les éléments de langage qu'il est intéressant de noter ici. Le roman emprunte son vocabulaire à celui de la marine et le lecteur a régulièrement l'impression d'être sur un vieux gréement plutôt que sur un vaisseau intersidéral. Ce qui fait que ce roman d’anticipation, en plus de se lire comme un récit maritime ou une fresque navale, joue sur certains écarts narratifs et les malentendus qu'ils impliquent. Ajoutons à cela la bonne trouvaille qui consiste à créer un décalage entre les voyageurs et leur port d'attache : ils ont toujours un temps de retard, leur technologie d'avant-garde est systématiquement dépassée et ils s'expriment dans une langue désuète, autant de facteurs qui les placent en marge d'une société qui avance sans eux, à un rythme différent. La politique également leur échappe, ce qui est l'occasion pour l'auteur de se lancer en conjecture sur l'évolution des affaires économiques, du chômage, des tensions raciales, de l'instabilité et de la turbulence des gouvernements.

De fait, livrés à eux-mêmes, les passagers du vaisseau forment plus qu'un équipage. Ils constituent un foyer et ne peuvent compter que les uns sur les autres. Ainsi, Alan Corday, qui ne pense d'abord qu'à s'échapper, se fond doucement dans ce groupe, jusqu'à y jouer un rôle important. Son évolution offre d'ailleurs quelques moments assez émouvants et non dénués de surprises. Tout ceci contribue à dépeindre un microcosme, à fouiller les relations humaines et à dresser les profils de personnages nuancés et souvent complexes, que l’auteur décrit avec une certaine élégance et une évidente intention littéraire.

Offrant le bon dosage entre action et réflexion, ce roman sur l'éternel recommencement invite donc inévitablement à se poser la question suivante : plutôt que de devenir l'un des acteurs principaux de la dérive sectaire, L. Ron Hubbard n’aurait-il pas dû en rester à ses premières amours et s’en tenir à sa vocation de romancier ?

---


Et pour suivre l’avancée du projet Objectif "231", cliquez sur la fusée !
FNA n°98

8 commentaires:

  1. Ta chronique me donne envie de lire ce livre ou bien de me taper sa trilogie "Terre champ de bataille" qui moisit sur mes étagères depuis… je ne sais même plus quand !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Égoïstement, je préfèrerais que tu lises sa trilogie. Comme ça tu pourras me dire si ça vaut le coup ou pas que je creuse le filon…

      Supprimer
  2. J'ai lu sa trilogie Terre champ de bataille avec beaucoup de plaisir il y a ma foi fort longtemps. Je ne savais pas à l'époque. Toujours gardé les livres, je les relirais bien, histoire de voir si ça résisterais à l'épreuve du temps.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je n'avais encore jamais rien lu de lui. Il n'est pas exclu que j'y revienne. Pourquoi pas avec cette trilogie ?

      Supprimer
  3. Je me disais bien que j'avais déjà entendu ce nom quelque part. C'est vraiment étonnant, surtout que le livre a l'air sympa. Il n'était du coup pas encore du tout dans le délire scientologue à l'époque ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il a d'abord écrit des romans de SF avant de se consacrer à la Scientologie au début des années 50. Il est revenu sur le tard à l'écriture. "Retour à demain" date de 1954, Hubbard avait déjà basculé du côté obscur à ce moment-là.

      Supprimer
  4. Je ne pourrais pas faire abstraction de sa réputation...

    RépondreSupprimer