Fabrice Schurmans
Trilogie des androïdes
Ed. Flatland
Je lis peu de théâtre, c'est vrai. Mais quand je vois un dramaturge se frotter à la littérature de genre, je me dis que ça peut être l'occasion d'en lire plus. Et c'est un écart qui vaut le coup, du moins pour Les passages Houdin, première pièce de cette Trilogie des androïdes. Sommet incontestable de l'ouvrage, et par ailleurs récompensé par le prix Aristophane 2024, cette ouverture, qui associe le père de la magie moderne aux vertiges du voyage temporel, surpasse de loin ses deux consœurs martiennes.
Dans ce Paris des années 1860, restitué avec gourmandise, le prestidigitateur découvre des failles sous son théâtre. Plutôt que de jouer les héros cosmiques, l'artisan aux abois s'improvise régicide préventif : il traverse les siècles pour supprimer de futurs dictateurs, non par altruisme pur, mais pour renflouer sa trésorerie et régler ses soucis de logistique. C'est vif, spirituel et dramatiquement impeccable. Le décalage permanent entre la gravité des enjeux et la trivialité des motivations de l'illusionniste offre une comédie de mœurs grinçante, servie par des dialogues acérés qui empruntent au vaudeville sa vivacité et à la satire sa noirceur morale.
Les deux autres pièces, Le Complexe Ivanov et Face cachée, déportent l'action vers un futur robotique plus classique. Qu'il s'agisse de rescapés d'une mission martienne ou de vétérans de la Lune confinés dans une curieuse maison, les humains s'y effritent face à une même figure : un androïde féminin d'une froide indifférence. Ces deux volets ne déméritent pas dans leur mélancolie post-humaine mais souffrent surtout de la comparaison face au coup de théâtre d'une folle élégance de la première pièce. Fabrice Schurmans y prouve que la grande science-fiction sait aussi se contenter de peu : un grand magasin d'illusions boulevard des Italiens et un brin d'ironie parisienne suffisent à surpasser les étoiles.

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