mardi 5 février 2019

Sam J. Miller - La Cité de l'orque


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Sam J. Miller 

La Cité de l'orque 

Ed. Albin Michel 


En terme de lecture, j'ai tendance à être bon élève, voire un peu rigoureux, pour ne pas dire rabat-joie : je lis les pages dans l'ordre, j'évite de sauter des paragraphes, je ne file pas à la fin pour connaître la chute en avance... Mais là, j'ai fait un écart.

Déjà, je suis revenu en arrière pour vérifier un truc qui me chiffonnait : Soq est un personnage dont l'auteur parle au pluriel. C'est quelque chose qui m'a troublé et qui, sur la longueur, a perturbé ma lecture des chapitres qui lui sont consacrés. Les autres parties font vivre les différents protagonistes, alternent les points de vue et nous invitent à découvrir Qaanaaq, une énorme cité flottante, décor magistral d'un monde futuriste décadent et vaguement proche de celui que nous connaissons. Inutile de faire des aller-retours dans le livre en ce qui concerne les autres personnages, ils sont assez stéréotypés et se comportent comme on peut l'attendre d'eux, sans grande surprise.

Vers la moitié du livre, peu convaincu par cette histoire d'inuit venue pour se venger accompagnée de son orque et de son ours, j'ai commencé à sérieusement me demander où cette molle intrigue allait nous mener. Comme le mal était fait, que j'avais interrompu la linéarité de ma lecture, j'ai eu moins de scrupules et je suis allé voir plus loin si les grosses ficelles tiraient bien dans la direction que je craignais. Et oui, le scénario peu palpitant s'avère n'être qu'un prétexte pour dresser un portrait sociétal attendu et sans nuance. Certes, l’intention est louable, l’auteur tient à nous rappeler qu’il faut prendre des mesures contre le changement climatique et que les inégalités mènent à la révolution. Le problème, c'est que le constat est à la fois trop simple et très dispersé. Du triste sort des réfugiés à la violence en passant par la surpopulation, la politique ou encore la fracture sociale et économique, tous les aspects sont abordés. Mais seulement en surface.

Pour autant, il y des éléments du roman qui relèvent sérieusement le niveau. Les passages qui évoquent la "ville sans plan" créent de la profondeur dans un décor franchement visuel et certaines descriptions sont même graphiques, notamment celle de l'ours à la tête et aux pattes encagées. La jeune femme et ses bêtes évoquent d'ailleurs des images très fortes et la relation qui les lie est vraiment une bonne trouvaille.

Bref, si je n'ai pas été client de ce roman à la couverture digne d'un film catastrophe des années 90, je conçois qu'il puisse plaire aux amateurs d'ours et à tous ceux qui ont un abonnement à Marineland. Il y a un peu d'hémoglobine aussi, pour ceux qui aiment.

6 commentaires:

  1. Et bien nous sommes d'accord sur ce naufrage...
    Pour ma part, j'ai fait une lecture un peu studieuse, même si quelques lignes ou paragraphes ont sautés de temps en temps.
    C'est vrai que les passages sur La ville sans plan sont d'un tout autre niveau d'écriture, qui tranche avec le reste.

    "je conçois qu'il puisse plaire aux amateurs d'ours et à tous ceux qui ont un abonnement à Marineland" : j'adore ton sens de la formule.

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    1. Tout n'est clairement pas à jeter, il y a des bonnes choses ici ou là. Finalement, je ne l'ai même pas détesté, c'est un livre qui m'a juste laissé froid.

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  2. Avec le chien vous avez la même approche : l'intrigue ! Alors qu'elle n'est qu'accessoire, le principal est (à mon sens) ailleurs : Qaanaaq.

    Pour ce qui est de Soq, c'est un peu perturbant les 2-3 premières fois mais après plus de soucis, une fois qu'on a intégré le pluriel de l'individu ca passe tout seul. ;-)

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    1. Qaanaaq est un décor intéressant, on est d'accord, mais l'analyse de sa société (la nôtre, non ?) tient trop du constat de surface.
      Quant à Soq, ça m'a vraiment gêné et ça a ôté tout naturel à ma lecture.

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  3. Je m'y suis bien faite pour Soq, mais je suis mdr avec ton histoire de couverture de film des années 90 :') (moi j'adore Aurélien Police quoiqu'il fasse)

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    1. La couverture est assez réussie. Et elle pourra être recyclée pour un éventuel remake de "Orca".

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