Michel Butor
La modification
Ed. Minuit
Ouvrage majeur du Nouveau Roman, La Modification pourrait même être le texte fondateur du genre dans lequel il s'inscrit, un genre qui propose une rupture radicale avec les formes traditionnelles du récit qui se sont imposées jusqu'alors. Il faut reconnaître que sa narration est inédite : dans ce qui s'impose comme l'œuvre principale dans sa bibliographie, Michel Butor adopte la deuxième personne du pluriel, s'adressant directement à son personnage principal et plaçant par conséquent le lecteur dans la peau de celui-ci. Paradoxalement, j'ai ressenti l'effet inverse : une certaine forme de distance - comme si l’identité flottante du “vous” avait empêché ma pleine identification.
Le récit s’ouvre sur une scène d’apparence simple : valise à la main, Léon monte dans un train à Paris, direction Rome, afin d'annoncer à sa maîtresse qu’il envisage de quitter son épouse pour elle. Mais sous cette trame minimale se déploie une aventure intérieure d’une grande densité, où chaque kilomètre parcouru correspond à un pas supplémentaire le long du fil de ses réflexions. Entre les souvenirs d'une vie passée, la contemplation du présent et les projections d'une existence à venir, il prend conscience de l'impasse dans laquelle il s'engouffre. Si le roman invite à pénétrer les pensées de son protagoniste, il n'est pas toujours aisé de se les approprier. L’espace et le temps se fondent dans un flux de conscience continu, ce qui réduit l’action concrète au profit de l’introspection. Face à la temporalité mouvante et à la rareté des dialogues, accentuées par l’impression d’un récit immobile, la lecture devient fastidieuse. Le rythme lent, les longues digressions et la densité des descriptions mentales ont alors eu raison de mon attention.
Avec le recul, mon expérience de lecture semble finalement s’accorder avec la nature même du récit : un voyage intérieur inachevé, une tentative de transformation qui n’aboutit pas tout à fait. Les hésitations du personnage, les détours de sa pensée, la répétition des images et la résistance de la décision finale trouvent un écho dans la manière dont j'ai avancé dans le texte, parfois avec curiosité, parfois avec lassitude. Peut-être est-ce là, au-delà de ce choix stylistique marquant, la véritable réussite du roman : faire éprouver, presque physiquement, les circonvolutions d’une conscience en quête d’elle-même et les imperfections d'un parcours intérieur jamais abouti.

En relisant mon billet, je vois que je l'ai lu il y a 10 ans... j'ai gardé le souvenir d'avoir été prise, comme le héros, d'impatiences dans les jambes.. je pensais avoir aimé, mais la conclusion de ma chronique dément ! :
RépondreSupprimer"Où veut donc nous emmener Michel Butor, pour qui la priorité ne semble être ni l'histoire, ni un éventuel message à faire passer, et qui se fout visiblement de nous livrer ses propres états d'âme ? Son but est, je crois, de nous emmener dans son livre, au sens littéral du terme, de donner au lecteur l'impression de ne faire plus qu'un avec le héros. Il n'y est pas parvenu - quoique... presque !- en ce qui me concerne, mais je ne peux pas m'empêcher de l'admirer d'avoir essayé."
D'où l'intérêt de conserver une trace de ses lectures et des impressions qu'elles ont laissées - raison d'être de ce blog.
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