mercredi 25 mars 2026

James Robert Baker - Diables blancs

James Robert Baker 

Diables blancs 

Ed. Voolume 


James Robert Baker Diables blancs monsieur toussaint louverture Voolume
Monsieur Toussaint Louverture est un éditeur dévoué à sa noble cause. Orpailleur infatigable, il nous révèle une nouvelle pépite, et pas des moindres. Diables Blancs, un inédit débusqué du fond des années 90, réunit tout ce dont un amateur de personnages toxiques, de mauvais sentiments et de références littéraires ne pouvait que rêver.

L'œuvre de cet écrivain et scénariste américain, spécialisé dans la transgressive fiction, n'a pas exactement connu un succès fulgurant outre-Atlantique. Mais la donne pourrait bien changer, du moins en France où l'on découvre la première traduction de ce roman posthume dont le manuscrit, rejeté par toutes les maisons américaines, n'avait tout simplement jamais été publié, ni ici ni ailleurs. Voilà qui est fait. Et bien fait, comme toujours par un éditeur qui soigne aussi bien ses objets que ses textes, et dont Hadrien Rouchard livre pour le compte des éditions Voolume une interprétation très à-propos - même si son incarnation des personnages féminins n'est pas toujours totalement convaincante. La version audio se prête néanmoins tout particulièrement à ce roman, justement présenté comme l'enregistrement sur cassettes de la confession de Tom Dunbar, le principal protagoniste.

Tom Dunbar, le personnage en question, a connu un énorme succès avec son premier livre, un true crime. Forcément attendue au tournant, sa seconde publication n'a pas transformé l'essai. Que faire maintenant, alors que ses droits d'auteurs arrivent d'autant plus à épuisement que sa femme, Beth, en a englouti une bonne partie dans un restaurant peu rentable ? Se mettre à travailler ? Renoncer à l'écriture ? Quitter les beaux quartiers ? Impensable. En revanche, extorquer de l'argent au père de Beth, qui lui a su imposer son nom dans le monde de la littérature, semble réalisable. Et si le vieil homme venait à mourir dans l'affaire, cela pourrait en plus donner à Tom une belle matière première pour un nouveau succès de librairie...

Dès lors, Diables Blancs déroule sans scrupule la logique froide d’un esprit prêt à tout sacrifier à sa propre fiction, sa vie comme celle des autres. Progressant comme une mécanique bien huilée, implacable, où chaque scrupule est méthodiquement limé jusqu’à disparaître, le roman dresse le portrait d'un auteur pour lequel l’écriture n’est plus un refuge mais une arme, un instrument de laboratoire clandestin où le réel est disséqué puis réinjecté dans le monde. Mais cette noirceur n’exclut jamais une forme de jubilation : porté par un humour caustique et constamment nourri de références littéraires comme de clins d’œil à la culture populaire, le texte avance en équilibre entre satire et cruauté. Et à mesure que son projet prend forme, que les conséquences se concrétisent, une évidence s’impose : après tout, pour un écrivain en panne d’inspiration, qu'y a-t-il de plus rentable que la réalité ?

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