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vendredi 22 mars 2019

Richard Brautigan - Retombées de sombrero

Richard Brautigan 

Retombées de sombrero 

Ed. Christian Bourgois 


Richard Brautigan Retombées de sombrero Christian Bourgois
Avoir en tête quelques éléments biographiques de l'auteur dont on entreprend de lire la prose peut se révéler utile pour accéder au second niveau de lecture qu'offre l'un ou l'autre de ses titres. Et Retombées de sombrero en est le parfait exemple.

De quoi est-il question ici ? De deux histoires imbriquées : d'une part, le quotidien morose d'un humoriste américain désespéré depuis le départ de Yukiko, son amie japonaise, et l'amorce d'une histoire que l'auteur a abandonné et jeté à la poubelle, d'autre part. Cette seconde partie, qui met en scène trois personnages dubitatifs devant un sombrero tombé du ciel, tourne vite au grand n'importe-quoi, alors qu'elle a échappé à son créateur et qu'elle évolue indépendamment de sa volonté.

On pourrait ne voir là que deux histoires appartenant à des registres différents, l'un réaliste et sinistre, l'autre absurde et totalement délirant, réunies dans le même volume pour une raison difficilement explicable. Mai si on cerne la personnalité du poète suicidaire et qu'on connaît son parcours sentimental, alors tout prend sens. En 1980, Richard Brautigan et sa femme, Akiko, divorcent. La même année, l'auteur d'Un privé à Babylone publie Retombées de sombrero, un roman qui dresse un portrait de son état dépressif et prône l'anarchie, voire la théorie du chaos. Fiction et témoignage, les deux récits sont liés, à l'image de la construction emboîtée du roman. 

Ce livre, qui est à la fois touchant et mélancolique, jubilatoire et désopilant, est donc plus à lire comme un pamphlet politique et une œuvre autobiographique, presque testamentaire. N'oublions pas que l'icône de la Beat Generation mettra fin à ses jours quatre ans plus tard.

jeudi 22 novembre 2018

Richard Brautigan - Un privé à Babylone

Richard Brautigan 

Un privé à Babylone 

Ed. Christian Bourgois 


Richard Brautigan Un privé à Babylone Christian Bourgois
Babylone n'est pas que la ville antique de Mésopotamie dans laquelle se situaient les mythiques jardins suspendus. C'est également le refuge de Crade, le lieu dans lequel ce détective privé désabusé se retire quand son quotidien devient trop concret. Dans ce havre, il mène la vie qu'il ne peut que rêver : il est riche et célèbre, son nom est peint sur la porte de son somptueux bureau et il est assisté d'une belle secrétaire. Alors qu'à San Francisco, en 1942, il n'a ni crédibilité ni argent, il en doit d'ailleurs à tous ceux qui l'entourent, il n'a pas de bureau, pas de secrétaire et ne peut pas même s'offrir de balles pour garnir son inutile revolver. Et c'est bien ce dernier point qui pose problème au début du roman. Car pour une fois qu'il dégote une affaire, il a besoin d'une arme chargée.

Uniquement composé de très courts chapitres (en une ou deux pages), Un privé à Babylone est un monument de la contre-culture, un livre qui s'affranchit des genres, parodie volontiers le roman noir et fleure l'improvisation. On se demande parfois si l'auteur sait où il nous emmène tant son intrigue est foutraque, décousue et fantasmée. Ses personnages sont totalement dingues, à commencer par Carde, un type indolent et poissard qui fuit son existence miteuse à Babylone. Malheureusement, si ses séjours l’oxygènent et l'aident à affronter le monde réel, ils sont la cause principale de sa situation déplorable. Car le temps qu’il consacre à Babylone en est autant qu’il n’investit pas dans la vraie vie. Mais on peut comprendre qu'il cherche une échappatoire : impliqué dans une sordide histoire de vol de cadavres, il enchaîne les rencontres improbables - une femme mystérieuse qui boit des bières sans jamais aller aux toilettes, quatre noirs armés de rasoirs, une mère rancunière, le pervers employé de la morgue, la prostituée avec un trou dans le dos ou encore le sergent sadique.

Ce roman de Richard Brautigan, poète de l'absurde, pionnier de la Beat Generation et icône du mouvement hippie, est diablement inventif et faussement léger. Ses réparties sont grinçantes, le ton est cynique et pourtant c'est drôle. C'est un livre qui frappe juste et se lit cul sec, moins pour la rigueur de son intrigue que pour son caractère résolument désopilant.