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vendredi 21 février 2025

Yuval Noah Harari - Homo deus

Yuval Noah Harari 

Homo deus - Une brève histoire du futur 

Ed. Albin Michel 


Yuval Noah Harari Homo Deus Albin Michel
Quatre ans après un premier volume, Sapiens, consacré à une brève histoire de l'humanité, Yuval Noah Harari revient avec ce que l'on pourrait qualifier de prolongement du précédent : une projection vers le futur. Inutile d'avoir lu l'un pour s'aventurer dans l'autre, l'auteur prend largement le temps de revenir sur ce qu'il avait auparavant détaillé. Et c'est d'ailleurs le principal reproche que je pourrais formuler. Un reproche ? N'exagérons rien. Qui suis-je pour reprocher quoi que ce soit à cet historien, diplômé d'Oxford et universitaire ? Personne de qualifié, j'en ai bien conscience. Troquons alors "reproche" contre "critique". Voilà qui est mieux. Il ne s'agit là, bien entendu, que d'un avis de lecteur - un lecteur enthousiaste qui plus est. Rien de plus. Bref.

Dans cet essai, donc, l'auteur tente d'identifier dans quelle direction la société se dirige et d'imaginer l'avenir probable de ses concitoyens. Il commence en toute logique par proposer un état des lieux de la situation et par remettre Sapiens - nous - dans son contexte. Il en retrace le parcours et aborde de nouveau des thèmes précédemment abordés : l'imagination, la coopération, les croyances, la politique, le progrès, le rapport au vivant... autant de sujets qui créent donc un sentiment de redite pour quiconque aurait lu le premier volume. Ainsi, il refait le fil de l'histoire - et se répète, moi de même - avant de s'interroger sur les projets de l'humanité et de finalement longuement s'attarder sur les nouvelles technologies, l'émergence des intelligences artificielles, leur démocratisation ou encore l'aliénation et la rupture d'ordre anthropologique annoncées. Au passage, il égraine des informations que le lecteur est souvent obligé de croire sur parole tant elles semblent invérifiables ou peu étayées. Par ailleurs, il n'est pas toujours aisé de relier toutes ces données les unes aux autres. Harari a en effet une certaine tendance, du moins dans cet essai, à sauter du coq à l'âne et à disperser ses réflexions sans lien évident avec le fil de sa pensée. Voici pour un complément de reproche (sic).

Mais il faut bien reconnaître que, malgré les points évoqués ci-dessus, Homo deus offre une lecture plutôt enthousiasmante. L'auteur a le sens de la formule et la fluidité de sa langue rend l'ouvrage incroyablement digeste, en particulier au regard de la quantité d'informations qu'il contient. Par ailleurs, une bonne partie de sa réflexion étant basée sur de simples observations, Yuval Noah Harari propose au lecteur attentif de s'y investir. En effet, il l'invite à prendre conscience de son environnement, à s'interroger sur son comportement et sur son (in)action vis à vis de la marche de la société. De fait, au-delà de composer une simple somme d'érudition accessible, Harari a le mérite de pousser - ou du moins de chercher à le faire - de pousser, disais-je, le lecteur à identifier le bien du moins bien dans son environnement. Libre ensuite à chacun d'en faire ce que bon lui semble.

Car ne l'oublions pas : quand les générations futures se demanderont comment leurs aïeux ont pu forger cette société et leur laisser une telle situation, c'est à nous qu'ils feront allusion.

lundi 18 juillet 2022

Yuval Noah Harari - Sapiens

Yuval Noah Harari 

Sapiens - Une brève histoire de l'humanité 

Ed. Audiolib 


Yuval Noah Harari Sapiens Audiolib
Ami sapiens, bonjour et bienvenu ! 
 
Nous sommes tous des sapiens, dans la mesure où ce terme désigne l'espèce à laquelle appartiennent les êtres humains actuels. Cette définition est la première pierre posée par Yuval Noah Harari et c'est celle sur laquelle repose son ambitieux édifice.
 
Ce fait établi, l'auteur n'a plus qu'à se lancer dans sa brève histoire de l'humanité. Brève ? Brève. En effet, on pourrait même affirmer que condenser en un peu plus de 500 pages - ou environ 16 heures dans l'excellente version audio lue par Philippe Sollier - des dizaines de milliers d'années confine à la fugacité. Et pour cause, plutôt que de viser à l'exhaustivité ou de tenter l'épuisement de son sujet, Harari concentre son histoire autour d'un point précis : ce qui distingue le sapiens du reste du monde vivant tient dans sa capacité à élaborer des concepts, à y croire et à coopérer à grande échelle autour de fictions collectives issues de son imagination - la religion, la monnaie, les états, la politique ou encore les droits et les institutions.

Cet essai explore l'histoire du sapiens en découpant son évolution en quatre chapitres. Ces chapitres correspondent à chacune des quatre grandes périodes qu'il a traversées depuis son apparition : la révolution cognitive, la révolution agricole, l'unification de l'humanité et enfin la révolution scientifique.
 
Pour en tenter un court résumé, disons que, dans un premier temps, la vie du sapiens a été bouleversé par son aptitude à développer des théories et à laisser son imagination prendre le pas sur certaines réalités concrètes et objectives. Suit un parallèle entre l'explosion démographique, la maîtrise de l'agriculture et la modification de son comportements ou de son mode de vie. Puis, alors que l'humanité s'étend sur le globe et installe des liaisons entre les continents, la monnaie lui offre la capacité non seulement de tout valoriser mais également de créer une sphère culturelle commune. Enfin, l'auteur s'intéresse à l'essor scientifique et tend à démontrer que les progrès de l'humanité n'ont pas eu d'impact notable sur le bonheur individuel, le sapiens moderne ne semblant pas plus heureux que son ancêtre chasseur-cueilleur.

Avec limpidité et érudition, Harari échafaude de nombreuses réflexions, de l'argent comme rapport de confiance à l'économie comme religion, mais c'est sans doute sa piste sur l'inertie du bonheur qui m'a le plus captivé - même si tout le livre est captivant. Quand bien même il semble tendre au bonheur, sapiens se heurte à un plafond de verre que même l'évolution de la société, de la science, de l'économie, de la religion, ne pourra effacer. Que peut-il y faire ? Se résigner ? Continuer à évoluer ? Alors vers quoi ? La modification génétique ? Les corps augmentés ? Devenir Dieu ? Voilà qui fera l'objet de l'ouvrage suivant.
 
Il est bien possible alors que nous fassions partie des dernières générations de sapiens...
 
Ami sapiens, au revoir et merci !