dimanche 20 octobre 2019

Robert E. Howard - Solomon Kane

Robert E. Howard Solomon Kane Bragelonne
Robert E. Howard 

Solomon Kane 

Ed. Bragelonne 


Avant de créer le fameux Conan, Robert E. Howard travaillait ses gammes avec un personnages pour le moins surprenant. Solomon Kane, dont le nom est une référence au roi Salomon d'une part et à Caïn d'autre part, est un homme mystérieux, d'une grande sobriété et motivé par une vision extrêmement manichéenne de l'existence. Vêtu d'un chapeau noir et d'un long manteau, muni de son bâton sculpté, de ses épées et pistolets, il parcourt le monde pour mener des guerres qui ne semblent pas être les siennes et va jusqu'à traverser des océans pour retrouver des années plus tard les meurtriers de parfaits inconnus. Pourquoi ? Disons que ses motivations sont obscures. Et pour cause, l'auteur ne prend jamais vraiment la peine de s'encombrer de ce détail. Ainsi, toutes les spéculations sont autorisées et, quoi qu'il en soit, puritain à la morale rigoureuse, objet d'une force supérieure, fanatique épris de justice ou simple illuminé en quête de sensations fortes, il est durant une quinzaine de nouvelles et de poèmes le bras vengeur des opprimés.

Même si l'absence de motif nuit à la crédibilité de son action et malgré - ou grâce à - la part de mystère et le flou certain dont le personnage est entouré, ses aventures sont passionnantes. Elles entraînent le lecteur au cœur du XVIème siècle, de part et d'autre du globe, ici en Europe, là en Afrique, et lui font assister à des joutes dignes des meilleurs romans de capes et d'épées, à des combats contre des créatures volantes tout droit sorties de récits décomplexés de fantasy. Ses histoires sont romanesques, fluides, captivantes, visuelles et ponctuées de dialogues justes. En effet, Howard avait certes des progrès à faire pour dresser le portrait d'un héros nuancé - ce à quoi il est parvenu avec le Cimmérien - en revanche il maîtrisait déjà parfaitement sa plume. Pour preuve, les descriptions sont somptueuses et souvent très stylisées, bien qu'elles souffrent des stéréotypes inhérents à son époque et à ses origines : certains clichés et quelques caricatures encombrent les scènes africaines et dénotent un profond racisme ordinaire. Mais n'oublions pas de resituer Howard dans son contexte, celui du Texas des années trente. Ceci explique cela.

Ce dernier point mérite de plus amples explications. Pour cela, je vous renvoie vers la postface de Patrice Louinet. Pour cela et pour le reste. Son travail est considérable, très riche, et il apporte de nombreuses clés de lecture. Cette édition des oeuvres intégrales de Solomon Kane est un monument, un énorme travail d'anthologie et de traduction. Avec, cerise sur le gateau, les illustrations de Gary Gianni. Pourquoi se priver ?

8 commentaires:

  1. Ce personnage m'attire plus que Conan. ET le travail réalisé autour, attise d'autant plus ma curiosité.

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    1. Le personnage de Conan est plus abouti, ses aventures sont plus cohérentes et l'édition intégrale, signée par le même Patrice Louinet, est également très soignée. Pour autant, Solomon Kane peut être une bonne porte d'entrée dans l'univers foisonnant de Robert E. Howard.

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  2. Pourquoi se priver ?
    J'aime pas trop les descriptions et je viens de terminer Les hommes frénétiques où les stéréotypes racistes m'ont donné la vie dure.

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    1. Ah oui, c'est vrai. J'avais oublié cet aspect des "Hommes frénétiques". Je me souviens surtout d'un gros concentré de pessimisme, un peu dégueu dans sa manière de tuer ses personnages. Je suis curieux d'en lire ton avis.

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    2. J'ai abandonné en cours de lecture, mais j'en ferais tout de même un billet, en ayant lu la moitié.

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    3. Ben zut alors. J'avais bien aimé, il avait su s'adresser au misanthrope qui vit en moi. J'attends maintenant ton billet.

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  3. Je viens de relire cette intégrale (enfin, pas celle-ci, celle de Wordsworth en anglais). J'adore ce personnage, peut-être même plus que Conan. J'adore que ça se passe dans notre monde, qu'il mentionne des créatures mythologiques... Et le personnage monomaniaque qui n'a peur de rien, miam!

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    1. De ce que j'ai lu d'Howard, c'est ce que j'ai préféré pour l'instant - même si j'ai adoré "Conan", of course.

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