lundi 18 mars 2019

Robert E. Howard - Conan (Tome 1 - Le Cimmérien)


robert howard conn cimmerien bragelonneRobert E. Howard 

Conan (Tome 1 - Le Cimmérien) 

Ed. Bragelonne 


Vêtu en tout et pour tout de mon slip en peau de bête et ayant vaguement en tête les images du film de John Milius, j'ai ouvert le premier volume de l'intégrale Conan sans trop savoir où je mettais les pieds. J'ai d'abord eu le sentiment que l'auteur n'en savait pas beaucoup plus que moi et qu'il n'arrivait pas lui-même à se décider sur le destin à attribuer à son personnage. En effet, d'une histoire à l'autre, on le découvre dans un nouveau rôle - roi, mercenaire, pirate, voleur ou simple barbare. On réalise finalement que les nombreux récits qui composent ce livre ne dressent pas le parcours linéaire d'un homme mais reviennent aléatoirement sur divers épisodes d’une vie décousue, remplie et aventureuse.

Conan est un personnage à l'existence romanesque et, si son destin semble chaotique, les traits de sa personnalité sont bien arrêtés. Il est charismatique, très imposant et, motivé par une vision toute personnelle du bien, du mal et de la justice, il est droit et obéit à un sens rigoureux de l'honneur. C'est un homme sombre, au verbe rare mais incisif, dont les quelques réparties sont percutantes, qui laisse volontiers le dernier mot à l'acier et hésite rarement à faire couler le sang. Sous ses airs barbares, il est finalement bien plus complexe qu'il n'en a l'air, à l’image des décors dans lesquels il évolue. En perpétuelle errance, il parcourt les paysages réalistes d’un environnement élaboré, pessimiste, qui pourrait être le nôtre à une époque reculée. C’est l’Âge hyborien.

Les aventures de Conan sont pittoresques et balayées par un souffle épique. Les descriptions sont vivantes, rythmées et souvent très imagées. Contre toute attente, l’œuvre de Robert E. Howard est littéraire, très écrite et bien plus sobre que je ne le craignais. Même s'il y a ici ou là des scènes un peu légères, voire misogynes, et que les femmes ont régulièrement de simples rôles de plantes vertes dévêtues - ce que Mark Schultz, l’illustrateur, se fait un plaisir de souligner - ce recueil un peu bourrin sait faire preuve d'une certaine retenue et d’élégance.

Cette belle édition, richement illustrée, reprend les textes originaux de l’auteur et en présente une version inédite et authentique. Si elle se conclut sur une série d’appendices inégalement intéressants, la postface signée du traducteur, Patrice Louinet, est en revanche très instructive. Basée sur de nombreux documents et des extraits de correspondances, elle restitue l'auteur dans son époque, contextualise les aventures de Conan dans l'œuvre de celui-ci et apporte de précieuses clés de lecture.

Il me reste maintenant à mettre la main sur mon glaive et, par Crom, je me lance sans trop attendre dans le deuxième volume !

8 commentaires:

  1. Un (innombrable) classique qu'il faudrait que je rattrape un jour, tu me le confirmes. Si un jour je passe outre la taille de l'ensemble. ^^

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    1. C’est pas la taille qui compte... et là, c’est clairement un faux gros livre qui se lit tout seul et très vite.

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  2. Un des héros de ma jeunesse grâce auquel j'ai découvert la fantasy, puis les éditions NéO (à la recherche d'autres oeuvres de Howard), puis les autres auteurs de cette maison (Haggard, Bloch, Sturgeon). En un mot, je lui dois un peu de mon amour pour la SF. Tu comprends mieux pourquoi je continue de lire les affreux pastiches du Fleuve Noir !

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    1. J’ai toujours beaucoup lu de SF mais je connais finalement assez mal la fantasy. Voilà qui pourrait me donner envie de creuser le sujet.

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  3. "Contre toute attente, l’œuvre de Robert E. Howard est littéraire" --> Oui, héhé. L'image de Conan est vraiment très différente de la réalité des textes. Je trouve que Howard était surtout très fort pour écrire en vers, il en propose parfois en introduction de ses nouvelles et c'est toujours super évocateur et très bien rythmé.

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    1. En effet, ça vaudrait le coup de se plonger dans son œuvre poétique. Reste alors à espérer que Patrice Louinet s'attaquera un jour à "Collected Poetry of Robert E. Howard" !

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