lundi 10 février 2020

Joseph Incardona - La soustraction des possibles

Joseph Incardona La soustraction des possibles Finitude

Joseph Incardona 

La soustraction des possibles 

Ed. Finitude 


La convoitise est un péché si répandu que c'est à se demander si désirer ardemment ce qui ne nous appartient pas n'est pas inscrit dans notre patrimoine génétique. Depuis toujours, probablement à jamais, et surtout à la fin des années 80, période durant laquelle se déroule le roman de Joseph Incardona. Pourquoi cette période-là ? Certainement car cette date marque un tournant notable à de nombreux niveaux et que l'effondrement du bloc de l'est, l'apparition d'internet ou l'émergence d'un nouveau capitalisme et d'une globalisation nouvelle coïncident avec un esprit accru de marchandisation. Et donc de convoitise.

L'argent est le McGuffin (sic) de cette histoire, c'est l'auteur lui-même qui le dit (page 246). Il nous emmène donc logiquement à Genève, l'autre pays de la grosse coupure, et nous présente ses deux personnages principaux. Aldo est professeur de tennis, gigolo à ses heures, et Svetlana, une jeune femme brillante, travaille dans la finance. Accessoirement, tous deux transportent des valises remplies de billets pour le compte d'un groupe de mafieux, s'aiment d'amour et pensent qu'ensemble ils peuvent court-circuiter le système. Mais leur plan semble presque trop parfait...

L'auteur suisse, déjà récompensé deux fois pour ses intrigues policières, précis tel un maître horloger, met encore une fois en place un engrenage digne des romans-feuilletons les plus addictifs. Son livre, un roman noir d'une redoutable efficacité, qui évite l'écueil des clichés sur la mafia et les golden boys, brille par un ton détaché, souvent cinglant, brut et sans concession. L'auteur n'hésite pas à s'adresser au lecteur, que ce soit pour ménager son suspens, digresser ou partager ses impressions. Ce n'est pas un procédé nouveau, certes, mais il est très bien utilisé. Il en profite d'ailleurs pour confier ses sentiments négatifs à l'égard du monde de la finance et de l'optimisation fiscale. Ou pour donner envie de (re)lire l'oeuvre de Ramuz. Il en est beaucoup question dans les pages de ce roman particulièrement réussi.

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