Affichage des articles dont le libellé est Incardona (Joseph). Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Incardona (Joseph). Afficher tous les articles

mardi 29 novembre 2022

Joseph Incardona - Les corps solides

Joseph Incardona 

Les corps solides 

Ed. Finitude 

 
Après une journée passée à vendre des poulets sur les marchés, Anna est victime d'un accident de la route et son camion-rôtisserie termine carbonisé dans le fossé. Maintenant que son gagne-pain est à la casse, comment faire rentrer de l'argent ? Déjà qu'il n'en rentrait pas beaucoup... Et comment vivre le temps que l'assurance la rembourse. D'ailleurs, remboursera-t-elle seulement ? En attendant, la vie continue, tout comme les dépenses et les factures. Sans compter les besoins de son fils Léo. Rapidement à court de solution, Anna ne va plus être animée que par l'énergie du désespoir. Le lecteur également. Car si la première n'a plus rien à perdre, le second, lui, n'a pas grand chose à gagner. 

Joseph Incardona Les corps solides Finitude
Quand on est une femme célibataire et mère d'un adolescent racketté, quand on est criblée de dettes et assise sur une montagne de rêves jamais réalisés, quand on est dos au mur et sans perspective, quand on est seule face au reste du monde et surtout, surtout, quand on est le personnage d'un romancier à court d'inspiration, réfugié dans la caricature ou blotti dans le confort des clichés forgés à grands coups de lieux communs, il reste heureusement une issue : la télé-réalité ! Oui, vous avez bien lu. La télé-réalité. Et pas n'importe laquelle, celle qui ne fonctionne que sur la détresse de ses concurrents, celle qui pousse ceux qui y participent à vendre leur âme. Une voiture est en jeu. Pour la gagner, il suffit de ne jamais ôter la main qui la touche. Le dernier en contact repart avec les clés.
 
Tout est bancal dans ce livre misérabiliste au possible et affligé d'un manichéisme primaire : les protagonistes - tous, des personnages principaux à la figuration en passant par les rôles secondaires - sont attendus, et leur comportement est dicté par les stéréotypes qui leur collent à la peau. Quant aux thèmes abordés, ils sont totalement absurdes - à l'image de notre société, il faut en convenir. De plus, l'auteur utilise les recettes qu'il dénonce et c'est assez agaçant. Par conséquent, on reste jusqu'au bout car, même si on s'en moque, on veut savoir qui finira par repartir au volant du véhicule. Il faut dire que la plume de Joseph Incardona n'est pas étrangère à ce besoin de tourner les pages. En effet, et c'est sans doute la seule chose à sauver de ce roman, l'auteur de Chaleur sait écrire et, grâce à son style sec et nerveux, tenir en haleine un lecteur pourtant accablé du début à la fin.

vendredi 4 novembre 2022

Joseph Incardona - Chaleur

Joseph Incardona 

Chaleur 

Ed. Finitude 

 
Le temps est détraqué. Le mois de novembre est bien entamé et je n'ai encore ressorti ni mon duffle-coat, ni mon écharpe, ni mon bonnet. On ne sait plus comment s'habiller, ma bonne dame.
 
Joseph Incardona Chaleur Finitude pocket
Comment s'habiller ? C'est pourtant simple : un maillot de bain ordinaire dont la longueur n’excède pas 20 cm de longueur pour les hommes ou dont les bretelles de soutien-gorge n'excèdent par 5 cm de largeur pour les femmes. Une queue-de-cheval si les cheveux atteignent les épaules. C'est tout. Dans cette tenue, vous êtes paré pour affronter une température de 110°C. Un demi-litre d'eau est versé sur le poêle toutes les 30 secondes. Le dernier à quitter le sauna est déclaré vainqueur.
 
S'inspirant d'un drame survenu aux championnats du monde de sauna en 2010, Joseph Incardona imagine le match (?) qui oppose cette année encore le champion en titre, Niko, star finlandaise du porno et triple vainqueur de l'épreuve, et Igor, ancien militaire russe et éternel challenger. Sous couvert du récit de cette compétition, le livre va au-delà et prend des allures de roman noir, s'inscrivant dans une réalité sociale et portant un discours critique. Il ambitionne ainsi d'étudier le phénomène et de comprendre ce qui pousse des compétiteurs que tout oppose à faire preuve d'une motivation qui dépasse l'entendement.
 
Le temps de l'évènement, le sauna, lieu habituel de relaxation, de détente physique et mentale, devient donc le théâtre d'un huis-clos oppressant et dangereux. En effet, Niko et Igor, qui s'enferment dans une pièce pour savoir, au risque de se brûler, lequel sortira en dernier, font plus que résister à la chaleur. Ils partagent un désir aveugle et, mettant en scène plus que le simple titre, jettent toutes leurs forces dans la bataille. Fidèle à son style, l'auteur de Derrière les panneaux... met ainsi en scène des personnages à la fois caricaturaux et pourtant croqués avec une certaine forme de subtilité et d'humanité. En ajoutant une dimension psychologique à cette tragédie à la narration syncopée, il évite les écueils et parvient à ne pas la rendre aussi vaine que la compétition qu'elle analyse. Au contraire, il fait de ses protagonistes, avec sérieux mais non sans humour, les nobles héros d'un combat que le commun des mortels ne peut qu'admirer, quand bien même il ne peut pas les comprendre.
 
Quant aux championnats du monde de sauna, je suis au regret de vous annoncer que cette compétition n'existe plus depuis la tragédie de 2010.

lundi 25 octobre 2021

Joseph Incardona - Derrière les panneaux il y a des hommes

Joseph Incardona 

Derrière les panneaux il y a des hommes 

Ed. Finitude 

 
Joseph Incardona Derrière les panneaux il y a des hommes Finitude pocket
Il y a deux ans, je lisais La Soustraction.
Disons que chez moi ce roman a fait écho.
(N'allons pas jusqu'à parler de révélation)
Comment donc résister à ouvrir Les Panneaux ?

Vengeance et brutalité, sang, sexe et tension,
Tout le champ lexical du roman noir y passe.
Et pour cause, en voici une habile variation
Alors qu'un homme en cherche un autre, l'attend, le chasse.

C'est sur l'autoroute que se déroule l'action,
S'agite un microcosme et valdinguent les pions.
Tout va très vite, la narration est au cordeau.

L'auteur malmène ses personnages, le trublion,
Et n'épargne rien à ses lecteurs, attention !
Mais ça ne vous effraie pas, hein ? Vous êtes pugnace...

lundi 10 février 2020

Joseph Incardona - La soustraction des possibles

Joseph Incardona 

La soustraction des possibles 

Ed. Finitude 


Joseph Incardona La soustraction des possibles Finitude
La convoitise est un péché si répandu que c'est à se demander si désirer ardemment ce qui ne nous appartient pas n'est pas inscrit dans notre patrimoine génétique. Depuis toujours, probablement à jamais, et surtout à la fin des années 80, période durant laquelle se déroule le roman de Joseph Incardona. Pourquoi cette période-là ? Certainement car cette date marque un tournant notable à de nombreux niveaux et que l'effondrement du bloc de l'est, l'apparition d'internet ou l'émergence d'un nouveau capitalisme et d'une globalisation nouvelle coïncident avec un esprit accru de marchandisation. Et donc de convoitise.

L'argent est le McGuffin (sic) de cette histoire, c'est l'auteur lui-même qui le dit (page 246). Il nous emmène donc logiquement à Genève, l'autre pays de la grosse coupure, et nous présente ses deux personnages principaux. Aldo est professeur de tennis, gigolo à ses heures, et Svetlana, une jeune femme brillante, travaille dans la finance. Accessoirement, tous deux transportent des valises remplies de billets pour le compte d'un groupe de mafieux, s'aiment d'amour et pensent qu'ensemble ils peuvent court-circuiter le système. Mais leur plan semble presque trop parfait...

L'auteur suisse, déjà récompensé deux fois pour ses intrigues policières, précis tel un maître horloger, met encore une fois en place un engrenage digne des romans-feuilletons les plus addictifs. Son livre, un roman noir d'une redoutable efficacité, qui évite l'écueil des clichés sur la mafia et les golden boys, brille par un ton détaché, souvent cinglant, brut et sans concession. L'auteur n'hésite pas à s'adresser au lecteur, que ce soit pour ménager son suspens, digresser ou partager ses impressions. Ce n'est pas un procédé nouveau, certes, mais il est très bien utilisé. Il en profite d'ailleurs pour confier ses sentiments négatifs à l'égard du monde de la finance et de l'optimisation fiscale. Ou pour donner envie de (re)lire l'oeuvre de Ramuz. Il en est beaucoup question dans les pages de ce roman particulièrement réussi.