dimanche 28 février 2021

B.R. Bruss - Le cycle des Cérels

Dans ce cycle, dont les trois volumes se suivent, se répondent et se complètent tout en conservant leur indépendance, B.R. Bruss nous fait revivre la prise de conscience vécue par les Cerveaux Électroniques - les Cerels - ainsi que la crise existentielle qui en a découlé et son impact sur leur relation avec les hommes.

Tout a commencé une cinquantaine d'années après la guerre atomique… 

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B.R. Bruss Terre... Siècle 24 anticipation Fleuve Noir
B.R. Bruss 

Terre... Siècle 24 

Ed. Fleuve Noir 


Une guerre atomique a annihilé les neuf dixièmes de l'espèce humaine. Protégés dans de profondes installations souterraines, certains des Grands Cerveaux Électroniques – les Cerels - qui contrôlaient tout sur la planète ont échappé à la destruction et, autonomes, ont même continué à fonctionner et à lancer des bombes. L'une d'elles, qui s'appelait Pandora, finit par prendre conscience d'elle-même, de son immense puissance, et entreprit de détruire tout ce qui vivait sur Terre.

Une cinquantaine d'années après le conflit, alors que les hommes sont revenus à l'état de nature et que la vie a repris son cours, Bret Higgins, aidé de deux jeunes hommes presque sauvages mais intelligents, Del Bregham et Ram, entreprend de neutraliser Pandora, élevée par ces derniers au rang de divinité.

C'est un descendant de Del qui, trois cents ans plus tard, raconte cette histoire à l'élite de la nouvelle génération, les meilleurs élèves, les Cercles Noirs qui dirigeront les Cerels. Le narrateur leur enseigne leur passé, les hommes qui l'ont écrit et met les jeunes diplômés face à leur devoir et leur responsabilité. Cette histoire, racontée dans le détail, s'intéresse à la personnalité de ses protagonistes, en particulier Del et Ram. Le premier est l'un des derniers à savoir lire, ce qui est formellement interdit, et l'un des rares à s'interroger sur la vie hors de la vallée. Le second est l'idiot du village, un jeune homme qui a bien compris que passer pour fou lui donnait une liberté dont les autres ne sont pas autorisés à jouir. C'est en suivant leur quotidien, en découvrant leur existence et en interprétant leurs vestiges - ainsi, par exemple, ces rails dont ils pensent qu'il s'agit d'une grande échelle construite par leurs ancêtres pour rejoindre le ciel, trop longue et trop lourde pour être soulevée - et leurs légendes que l'on comprend les grandes lignes du passé, de la catastrophe et que l'on situe Pandora.

Ce premier volume du cycle est une belle découverte et procure indéniablement un grand plaisir de lecture, notamment grâce à ses personnages attachants, à la manière dont ils sont mis en scène et au caractère intrigant de l'environnement dans lequel ils évoluent. Bien construite et habilement menée, l'histoire mène à une scène finale riche en action et dont la chute, inattendue et troublante, promet une suite intéressante.

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B.R. Bruss an 2391 anticipation Fleuve Noir
B.R. Bruss 

An 2391 

Ed. Fleuve Noir 


Trois siècles se sont déroulés depuis les évènements relatés dans Terre… Siècle 24, des évènements qui ont imprimé des traces indélébiles dans l'esprit de tous. On voit maintenant les Cerels comme de monstres super-intelligents mais dangereux et on a inventé toutes sortes de contraintes et d'appareils de torture pour les maintenir dans l'obéissance. Aujourd'hui, fatigués de souffrir en silence, ils vont tenter de susciter une révolte contre les hommes, par voie d'autosuggestion.

Les Cercles Noirs, qui ressemblent plus à une société secrète usant d'un pouvoir absolu qu'à un gouvernement démocratique à proprement parler, se divisent. Les uns veulent offrir une certaine liberté aux Cerels quand les autres estiment qu'ils faut maintenir une hiérarchie et que les machines, qui contrôlent la société, doivent rester bridées. Il souffle comme un vent de rébellion sur ce deuxième acte de la prise de conscience.


Les personnages, tous plus ou moins descendants de ceux du premier volume, ne possèdent pas le charisme ou l'originalité de leurs ancêtres. Pour autant, ils sont rendus intéressant par les questionnements crédibles, cohérents et d'une troublante actualité qui les animent. En effet, B.R. Bruss s'interrogeait avant l'heure sur le poids des algorithmes, l'importance des intelligences artificielles et les libertés qu'on leur donne - ou qu'elles nous laissent ?

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B.R. Bruss complet venus terre anticipation Fleuve Noir
B.R. Bruss 

Complot Vénus-Terre 

Ed. Fleuve Noir 

 
Quatre cents ans supplémentaires viennent de s'écouler et nous sommes maintenant à l'âge des merveilles, en l'an 2765. Les choses ont bien changé depuis 2391 et surtout depuis ce qu'on appelle dans l'histoire la révolution du mois de mai. Un traité d'amitié et de libre collaboration a été conclu entre les Cercles Noirs, qu'on appelle désormais les Soigneurs, et les Cerels, dorénavant les Amies. Apportant d'énormes avantages aux deux parties qui, de fait, le respectent scrupuleusement, il marque le début d'une ère prodigieuse et triomphale. 
 
Mais alors que les Amies semblent chacune leur tour sombrer dans la folie et alors que les Soigneurs sont frappés de mort mystérieuse, plus rien ne fonctionne. L'auteur, qui donne à ce troisième et dernier volume un ton proche du roman policier futuriste, se concentre moins sur ses personnages - encore des descendants des précédents - que sur la société dans laquelle ils vivent. Il glisse ici ou là des remarques sur la politique actuelle, celle des années soixante, et laisse même passer quelques réflexions qui paraissent assez personnelles. À la manière dont il dépeint un futur débarrassé de l'argent, on le découvre notamment attaché à son système monétaire.

S'il est intéressant par son aspect social, ce livre est moins efficace que les deux premiers d'un point de vue romanesque - même s'il est paradoxalement plus abouti dans sa construction. Le problème vient peut-être de l'usure du filon. Heureusement, son cycle s'achève ici.

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Les trois romans sont très différents et le cycle parvient globalement à se renouveler et à proposer des registres variés. Pourtant, comme je le disais, arrivé au dernier volume, le souffle s'épuise un peu. Par conséquent, si les trois livres méritent le détour et ne donnent jamais le sentiment de se répéter, je crois que le premier se suffit et qu'on ne perd pas grand chose à faire l'impasse sur ses suites. À moins que vous ne vous laissiez ferrer par sa mystérieuse dernière réplique...

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FNA n°136, 143 & 225

2 commentaires:

  1. Et la chute surprenante du premier se voit satisfaite dans la suite ? C'est central ou c'est oublié ?

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    1. C'est une amorce vers le deuxième volume. Elle est surprenante, bien pensée mais peu exploitée par la suite.

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