Grégoire Bouillier
Un printemps avec Arsène Lupin
Ed. des Équateurs
Après avoir tenté - et, à mon avis, réussi - de percer les secrets de l'obsession de Claude Monet pour les nymphéas dans Le Syndrome de l'Orangerie, Grégoire Bouillier revient avec une nouvelle tentative d'épuisement d'un sujet, plus littéraire cette fois-ci, Arsène Lupin.
"Mais tel était le projet de départ.Élucider les motifs pour lesquels j'ai aimé Arsène Lupin dès ma première lecture de ses aventures extraordinaires.Pourquoi lui et pourquoi moi ?Il devait y avoir une explication."
Or, si explication il y a, il va falloir la chercher. Et Bouillier de repartir un peu plus loin dans sa psychanalyse. Car, s'il est "là pour s'amuser", il a aussi pour objectif de "vérifier certaines choses", notamment les "traces qu'Arsène Lupin a laissées en [lui]." En effet, le gentleman cambrioleur n'a pas eu qu'un impact profond sur la culture populaire, il a également laissé une empreinte forte sur l'histoire de Bouillier. Au-delà donc de simplement resituer le personnage dans son époque ou dans la bibliographie de son auteur, d'en tracer les contours ou de s'interroger sur ses origines et ses influences, il recontextualise sa propre lecture des œuvres de Maurice Leblanc. Voilà un prétexte tout trouvé pour raconter des évènements personnels et des souvenirs d'enfance, dresser le portrait de sa mère suicidaire ou encore évoquer la relation de ses parents.
Un printemps avec Arsène Lupin est un livre à la croisée de ces deux registres, psychanalytique et exégétique. Mais, bien que Grégoire Bouillier exploite de front ces deux filons et malgré les nombreuses qualités dont le livre est truffé, le résultat manque de consistance et laisse même comme une saveur de... d'anecdotique - la faute sans doute à la forme imposée par la collection dans laquelle il s'inscrit. Co-éditée par France Inter, celle-ci propose à un auteur de "raconter et faire aimer son écrivain préféré". Mais ceux qui se prêtent à cet exercice "d’admiration, de partage et d’analyse" sont contraints par l'objectif radiophonique de la tâche. Les chapitres sont courts et doivent être suffisamment décousus pour pouvoir être appréciés en tant que tel, même pour un auditeur - ou lecteur - qui n'aurait pas écouté - ou lu - les précédents. Les chapitres s'enchaînent, les histoires dans l'histoire également, les théories romanesques laissent place aux souvenirs intimes et les hypothèses littéraires aux fragments biographiques, mais chaque point en vient presque à faire oublier celui d'avant. Cette absence de fil rouge émousse l'ambition du projet et rend donc l'édifice relativement anecdotique. Intéressant, érudit et plutôt malin, mais anecdotique.
Il a toutefois le mérite de m'avoir donné envie de relire Maurice Leblanc (et n’est‑ce pas ça le plus beau des larcins littéraires que de vous voler le temps d’une relecture ?).

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