Frédéric Dard
Jean-Louis Roy est un pamphlétaire dont la prose virulente, vinaigrée et volontiers collaborationniste lui a valu, par contumace, d'être condamné à mort à la Libération. Mais, après treize ans d'exil, le voilà de retour à Paris sous une fausse identité, méconnaissable - du moins le pense-t-il - suite à une opération de chirurgie esthétique. Or, s'il peine à se reconnaît lui-même dans un miroir, il est rapidement identifié par un inconnu qui lui fait une étrange proposition : reprendre la plume en échange de l'anonymat et de la sécurité.
Pour un homme désespéré et dont le principal talent est de verser dans les écrits fielleux, ce marché semble presque trop beau. Mais est-il seulement en position de refuser ? Ainsi, une fois confortablement installé chez son hôte, qui lui fournit le gite et le couvert, et dont la ravissante épouse est aux petits soins, l'écrivain reprend du service, en se demandant toutefois si les closes du contrat sont aussi claires qu'elles en ont l'air ?
"Si les hommes ont besoin d'un lit pour dormir, il leur faut aussi un fouet pour marcher."
Le roman se déroule en bonne partie entre les murs d'une prison dorée aux faux airs de pavillon de banlieue, sur laquelle pèsent les traumatismes encore bien présents de l'après-guerre. Au-delà de la tension que ce huis clos psychologique lui permet d'instaurer, la distribution réduite donne au père de San-Antonio le temps de soigner les portraits de ses quelques protagonistes - bien qu'ils soient profondément ancrés dans leur époque. Ainsi la jeune femme est-elle "avant tout une femme ! Et une femme, Médina, croyez-en mon expérience, aime à régner sur sa maison...".
"Dans la vie, le plus grave défaut, c'est d'être inopportun !"
Cloitré, effrayé à la perspective de sortir, d'être vu et reconnu, le pamphlétaire écrit. Au venin. Pour le plus grand plaisir d'un lecteur captivé par des personnages qui rivalisent de toxicité - et par un Frédéric Dard qui prouve, une fois de plus, qu'on peut changer de visage sans jamais changer de plume.

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