mercredi 16 septembre 2026

Thomas Vernay - Fils de

Thomas Vernay 

Fils de 

Ed. De Borée 


À moins que vous ne soyez vraiment très, très calé en septième art, il est peu probable que vous connaissiez Thomas Vernay, jusqu'alors réalisateur d'une simple poignée de courts-métrages. Il devrait toutefois gagner en visibilité d'ici la fin de l'année, puisqu'il signe un long-métrage (l'adaptation ciné de Fief, prix Inter 2018) et ce premier roman, Fils de. Si j'en crois ce que j'ai lu, David Lopez, l'auteur du livre que Thomas Vernay adapte, valide celui de ce dernier - mais où ai-je lu ça ? Impossible de m'en souvenir ! Bref, la boucle est bouclée.

Thomas Vernay Fils de borée
Fils de est donc le premier livre de Thomas Vernay et on peut y retrouver ce qui faisait déjà le charme de ses courts-métrages : une capacité à montrer de la poésie dans une France rurale qui en semble totalement dénuée, à nouer des relations humaines complexes et à attraper au vol le réel sans jamais le maquiller. Le tout en racontant une histoire captivante : celle-ci s'ouvre sur le retour d'un jeune homme, le narrateur, dans le village d'enfance qui l'a vu grandir et qu'il a depuis quitté. Aux côtés de son père, il vient y enterrer son grand-père. Sur place, il retrouve ses amis d'autrefois, ceux qui sont restés. Mais la nostalgie se heurte vite à la réalité car le temps a fait son œuvre : tout le monde a évolué, les trajectoires ont dévié, et les retrouvailles révèlent le décalage irréversible entre ce que chacun était et ce que tous sont devenus.

Le récit, qui se déroule sur vingt-quatre heures, se déploie à la première personne, en prise directe avec la conscience du narrateur. Ce long monologue intérieur est portée par un langage imagé, argotique et fleuri, d'une authenticité brutale. C'est âpre, parfois drôle, souvent cinglant. Mais, surtout, c'est juste. En effet, Thomas Vernay aborde les sujets du quotidien avec une immense justesse - les galères ordinaires, les silences pesants de la campagne, l'ennui des dimanches ou encore la mécanique des amitiés viriles et de la pudeur masculine. Il n'y a pas de grands effets spectaculaires, mais des détails minuscules qui font mouche et rendent le décor immédiatement familier.

Thomas Vernay réussit donc son entrée en littérature avec une œuvre organique, abrasive et profondément humaine, avec un roman aussi rythmé que touchant. Il confirme, s'il en était besoin, que la caméra et la plume peuvent obéir à un même regard acéré.

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