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mercredi 1 février 2023

Léo Henry - Héctor

Léo Henry 

Héctor 

Ed. Rivages 

 
Léo Henry Héctor Rivages
Il y a des romans qui se méritent. Héctor de Léo Henry en est. Pourtant, croyez-le, expérimental ou grand public, original ou énigmatique, s'il est relativement imprévisible, l'auteur de L'autre côté n'est pas toujours difficile d'accès. D'ailleurs, la garantie de l'inattendu qui accompagne chacune de ses publications contribue à son charme. Du charme, il en a - et son dernier ouvrage est à son image.

Fort d'une bourse et d'un projet ambitieux, le romancier s'envole pour Buenos Aires, sur les traces d'Héctor Germán Oesterheld, scénariste de bandes-dessinées et militant de la gauche peroniste, victime de la dictature militaire de Videla. Là, dormeur éveillé, il déambule en un temps incertain, au risque d'égarer son lecteur dans le damier tracé par un urbaniste austère. La réalité rigoureuse laisse alors doucement place à un fantasme dystopique et le fil rouge s'estompe, malgré le lien persistant entre le gaufrier de la ville et celui des BD du créateur de L’Éternaute. Vers quels horizons alors s'oriente le roman ? L'histoire de la ville, sa substance et sa politique ? Les créateurs argentins, Borges, Quino et Pratt en chefs de file, et l'influence qu'ils ont eue sur le reste du globe - et sur Léo Henry lui-même ? Tout cela sans doute.
"Ce livre est une tentative de regarder ce qui s'est joué en ce temps et en ce lieu, à la rencontre du réel, du rêve et du récit."
Entre les descriptions de Buenos Aires et sa superposition avec la ville fictive d'Aquilea, la tenue d'un journal de voyage et des étapes d'une importante documentation, le projet d'élucider le péronisme ou d'apporter un éclaircissement sur le destin d'Oesterheld, il n'est pas simple de savoir sous quel angle observer ce livre. C'est en cela qu'il se mérite. Mais, pour qui se laisse embarquer, c'est le dépaysement assuré !

jeudi 7 février 2019

Léo Henry - L'autre côté

Léo Henry

L'autre côté

Ed. Rivages


Léo Henry autre côté Rivages
Kop Tepa est la plus ancienne ville du monde. J'aime bien cette idée - la plus ancienne ville du monde. Alors on ne sait pas exactement de combien elle est ancienne car le contexte n'est pas donné. Futur lointain ou passé depuis longtemps oublié ? Peu importe, ça pourrait aussi bien être aujourd'hui. D'autant plus que le sujet est d'une brûlante actualité.

À Kop Tepa, la plèbe meurt d'une étrange épidémie. Seuls les moines y échappent, protégés par un sérum dont ils gardent précieusement le secret et dont eux seuls peuvent bénéficier. Pour les autres, le dernier espoir réside de l'autre côté. Et pour y accéder, il faut faire appel à un homme comme Rostam, un passeur. Grâce à lui, l'Outre-Mer vous tend les bras. Le salut vous attend.

Mais quand c’est le passeur qui est appelé à migrer pour sauver sa fille atteinte par le mal, le rêve prend des allures de cauchemar. Rostam, qui jusqu'alors avait plus pêché par naïveté que par malhonnêteté, découvre la face cachée d'un système et la réalité de ce qu'il a vendu aux malades. À sont tour d'être confronté à la souffrance, à la misère, à l'injustice et à l'exploitation des uns par les autres.

Même s'il la situe dans un monde différent, l'auteur de Point du jour s'attaque cette fois-ci à une littérature du réel. La crise des migrants est au cœur du récit. Ce n'est pas pour autant un pamphlet contre le trafic des vies humaines, pas non plus le procès des passeurs. D'ailleurs, le personnage de Rostam est nuancé. Ce n'est pas un mauvais bougre, pas complètement une victime non plus, c'est bien plus subtil. Et à travers son portrait, Léo Henry s'interroge sur les notions d'exil, de sacrifice ou encore d'amour filial.

L'autre côté est un texte court, moins écrit à l'économie que concentré sur l'essentiel, sans pathos ni morale. C'est un livre intelligent, lu d'une traite, le souffle court, qui invite à réfléchir à notre époque. Un roman qui nous rappelle que Léo Henry n'est pas qu'un incontournable de la littérature de genre à tendance débridée, c'est également un styliste capable de créer des univers forts et d'injecter de la poésie dans ce qui a l'air d'en être bigrement dénué.

jeudi 1 juin 2017

Léo Henry / Stéphane Perger - Point du jour

Léo Henry / Stéphane Perger 

Point du jour 

Ed. Scylla 


Léo Henry Stéphane Perger Point du jour Scylla
Voici nos deux briscards de l'entreprise Yirminadingrad réunis pour un nouveau projet ! De son titre complet La Ballade de Gin & Bobi et autres récits de Point du jour, ce recueil de nouvelles ressemble par bien des points à Adar. Richement illustré des dessins de Stéphane Perger, le texte de Léo Henry est abstrait et littéraire. Il obéit à des contraintes formelles, notamment la longue nouvelle de 111 111 signes (je n'ai pas pris la peine de compter). Les titres sont ceux de chansons mais ma culture musicale étant ce qu'elle est - proche du néant - je crains d'être passé à côté de la plupart des références qui y sont faites.

Des nouvelles sont inédites, d'autres non, et l'univers, difficilement perméable, est si éloigné de celui de La Panse qu'il est difficile à croire que les deux puissent être signés du même auteur. Il y a de la cohérence dans la langue et dans les thèmes mais l'ensemble m'a semblé décousu et certains textes sont si particuliers, voire obscurs, que je serais bien incapable de faire le résumé de tout ou partie du recueil. C'est un livre exigeant, difficile, conceptuel, bien moins grand public mais tout particulièrement intéressant. La langue est élaborée, imagée et assez argotique, les illustrations sont sombres, parfois plus parlantes que le texte et la couverture est très réussie. L'objet est beau, pas moins.

Finalement, tout comme parfois je peux contempler un tableau non-figuratif et l'apprécier sans vraiment savoir ce qu'il représente, j'ai du mal à expliquer pourquoi mais j'ai beaucoup aimé ce livre. J'ai aimé l'ambiance générale qui s'en dégage et les impressions qu'il m'a procurées. Pourtant je ne suis pas sûr d'avoir tout compris.

lundi 10 avril 2017

Léo Henry - La Panse

Léo Henry

La Panse

Ed. Folio SF


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Certains signes devraient parfois mettre sur la voie. Par exemple, il ne faut généralement pas trop attendre d'un film directement sorti en DVD. S'il n'est pas passé par la case cinéma, il y a probablement une explication. En voyant ce livre, je me suis demandé s'il n'était pas sorti directement en poche pour les mêmes raisons. La production littéraire et cinématographique obéiraient-elles à des règles similaires ? Eh bien, j'en ai un peu peur.

Mais attention, ça ne veut pas dire que le roman ne vaut pas son temps de lecture. Ça veut juste dire que mieux vaut savoir à quoi on s'expose pour éviter les mauvaises surprises.

La Panse commence comme un polar de bonne facture. Bastien, parisien moyen et loser classique, part à la recherche de sa sœur qui a disparu sans laisser de traces. Son enquête le mène rapidement à La Défense, où sévit une société secrète qui pourrait bien détenir les réponses à ses questions. Si l'histoire commence très bien, intrigante et prometteuse, elle s'essouffle assez vite et finit par s'époumoner. Léo Henry exploite la veine resucée de la théorie complotiste, de la psychose paranoïaque et je me demande si lui-même a cru à sa trame. Personnellement, j'ai eu du mal à adhérer à son idée de société secrète des végans masqués qui se réunissent dans le plus grand secret pour partager leurs croyances illuminées et qui voient chez Bastien des prédispositions hors-normes dont il n'avait pas conscience. En toute logique, ils lui font donc faire des ménages pour le tester, un peu de sport, un régime alimentaire plus sain. Serait-il l'élu ?

Léo Henry en a fait un peu trop mais sans se fouler. Il est pourtant capable de jolies prouesses, j'en veux pour preuve sa contribution au stupéfiant projet Yirminadingrad. Mais là, on en est loin. Bref, en digne représentant du bon roman de gare, La Panse fait son office. On y retrouve pas mal de clichés dans des domaines aussi variés que l'intrigue amoureuse, le drame familial, l'enquête sociale, les légendes urbaines... Mais, vite lu, facile et divertissant, il est à la fois distrayant et superficiel et se consomme plaisamment, le temps d'un coup de TGV.

En conclusion, si vous aimez les nanars en DVD, ne vous privez pas de lire ce roman, vous pourriez y trouver votre plaisir.