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lundi 8 décembre 2025

L. Ron Hubbard - Terre champ de bataille

L. Ron Hubbard 

Terre champ de bataille 

Ed. Pocket 


J'avais ouvert Retour à demain en me demandant si je parviendrais à faire abstraction de la réputation sulfureuse de L. Ron Hubbard. Finalement, quelques pages avaient suffi pour me convaincre que derrière le fondateur de la Scientologie se cachait bien un romancier. La lecture de Terre champ de bataille ne peut que le confirmer. Dissocions donc le gourou de l'écrivain et, le temps de ce billet, concentrons-nous sur son œuvre de fiction.

Avant d'entrer dans le vif du sujet, faisons d'abord un détour par la préface. L. Ron Hubbard commence par rendre un bel hommage aux auteurs de l’Âge d’Or de la science-fiction. Puis, après avoir ravivé l'éternel débat sur la différence entre SF et fantastique, avoir fait l'éloge de ces registres, en avoir souligné les qualités et s'être penché sur les raisons pour lesquelles il est indéniable qu'il s'agit avant tout de littérature, il confesse toutefois avoir écrit Terre Champ de bataille dans l'unique but de distraire et de se distraire. Voilà le lecteur prévenu.

Publiée dans les années 80, cette vaste fresque épique nous propulse dans notre lointain futur. Depuis mille ans déjà, la Terre a été conquise et dévastée par les psychlos, une race extraterrestre brutale qui exploite les ressources naturelles de la planète. Réduits à quelques poignées de survivants éparpillés sur le globe, les humains survivent tant bien que mal. C'est dans ce contexte que le lecteur fait la connaissance de Jonnie Tyler, un jeune homme révolté par la soumission de son peuple et bientôt capturé par Terl, un psychlo violent et ambitieux. Il l'ignore alors mais cette captivité sera le premier pas vers le soulèvement des humains. En effet, Jonnie va tourner la situation à son avantage, apprendre la langue et la technologie des envahisseurs et organiser la rébellion. La lutte peut alors commencer !

L'auteur n'a pas menti - son roman est du pur divertissement. Durant environ 1500 pages et trois volumes dans son édition française en poche, il développe une intrigue captivante, pour ne pas dire addictive. Pourtant, l'action ne s'encombre pas toujours de cohérence et le contexte est par moments totalement bancal. On pourrait même dire que tout son univers vacille sur ses fondations. Quant aux personnages, ils sont caricaturaux au possible et adoptent souvent des comportements absurdes ou déconcertants. Et, pour couronner le tout, la langue n'est pas exactement d'une grande finesse. Pour faire simple, on est dans de la très, très grosse cavalerie. Rien n’y est discret, rien n’y est mesuré, tout y est amplifié. Mais ça fonctionne. Et ça fonctionne même très bien. Il faut dire que la narration fluide, l’abondance de rebondissements et les fins de chapitres savamment construites font qu’on se laisse emporter sans résistance par ces pavés d’un autre temps.

En refermant le dernier volume, on réalise que ce monument un peu kitsch, bruyant et déraisonnable a quelque chose du plaisir coupable assumé : on voit les coutures, on repère les ficelles, on sourit parfois malgré soi, mais on tourne les pages avec une facilité déconcertante. Et c’est précisément ce paradoxe qui fait le charme de l'ouvrage et la saveur de l’expérience. Malgré ses maladresses, ou peut-être grâce à elles, le roman dégage une énergie brute, presque primitive, qui rappelle la vocation première du genre dans lequel il s'inscrit : capturer le lecteur et ne plus le lâcher. On se surprend à savourer ces excès, à accepter ce déluge d’action porté par un élan sans faille, où l’efficacité l’emporte sur la subtilité. Et c'est peut-être là, finalement, la réussite la plus inattendue de L. Ron Hubbard : rappeler que la littérature populaire peut encore offrir ce qu’elle promet - une évasion totale, naïve parfois, excessive souvent, mais diablement efficace.

Et pour faire le point sur ce challenge, c'est ici.

vendredi 15 mai 2020

L. Ron Hubbard - Retour à demain

L. Ron Hubbard 

Retour à demain 

Ed. Fleuve Noir 


L. Ron Hubbard Retour à demain Fleuve Noir anticipiation Il est parfois difficile de faire abstraction d'une réputation. Avec ce livre signé L. Ron Hubbard, j'ai eu peur de pas réussir à dissocier le gourou de l'écrivain. Pourtant, il ne m'a fallu que quelques pages pour me rendre à l'évidence : Il y a bien un romancier derrière le fondateur de la Scientologie.

Alan Corday, aristocrate récemment désargenté, se voit refuser le mariage par son futur beau-père sous prétexte que la fortune familiale du prétendant a fondu. Le vieil homme lui donne cinq ans pour se renflouer. Alors seulement il pourra redemander la main de sa fille. Abattu, démoralisé et ignorant encore que le pire reste à venir, il décide de partir sur Mars gagner sa vie. Mais, trompé par un capitaine fourbe et sans scrupule, le voilà embarqué dans un voyage au long cours. La théorie de la relativité étant ce qu'elle est, les jours qui passent sur le vaisseau sont autant d'années qui s'écoulent sur Terre...
"Vous êtes jeune, dit Jocelyn. Vous portez en vous un tas de non-sens romantiques sur la liberté et l'individu. Vous êtes plein jusqu'aux yeux de l'importance de vos propres futiles intérêts. Je vous ai sauvé d'un sort pire que celui-ci et voilà comment vous m'en récompensez. Vous êtes un fou. Orgueilleux, chevaleresque, sans aucune expérience, bourré de connaissances indigestes. Je vous fais l'honneur de vous offrir un poste qui comporte des responsabilités et je vous conseille d'accepter."
Le sujet des paradoxes temporels est loin d'être d'une grande originalité et c'est moins son traitement que le travail sur les éléments de langage qu'il est intéressant de noter ici. Le roman emprunte son vocabulaire à celui de la marine et le lecteur a régulièrement l'impression d'être sur un vieux gréement plutôt que sur un vaisseau intersidéral. Ce qui fait que ce roman d’anticipation, en plus de se lire comme un récit maritime ou une fresque navale, joue sur certains écarts narratifs et les malentendus qu'ils impliquent. Ajoutons à cela la bonne trouvaille qui consiste à créer un décalage entre les voyageurs et leur port d'attache : ils ont toujours un temps de retard, leur technologie d'avant-garde est systématiquement dépassée et ils s'expriment dans une langue désuète, autant de facteurs qui les placent en marge d'une société qui avance sans eux, à un rythme différent. La politique également leur échappe, ce qui est l'occasion pour l'auteur de se lancer en conjecture sur l'évolution des affaires économiques, du chômage, des tensions raciales, de l'instabilité et de la turbulence des gouvernements.

De fait, livrés à eux-mêmes, les passagers du vaisseau forment plus qu'un équipage. Ils constituent un foyer et ne peuvent compter que les uns sur les autres. Ainsi, Alan Corday, qui ne pense d'abord qu'à s'échapper, se fond doucement dans ce groupe, jusqu'à y jouer un rôle important. Son évolution offre d'ailleurs quelques moments assez émouvants et non dénués de surprises. Tout ceci contribue à dépeindre un microcosme, à fouiller les relations humaines et à dresser les profils de personnages nuancés et souvent complexes, que l’auteur décrit avec une certaine élégance et une évidente intention littéraire.

Offrant le bon dosage entre action et réflexion, ce roman sur l'éternel recommencement invite donc inévitablement à se poser la question suivante : plutôt que de devenir l'un des acteurs principaux de la dérive sectaire, L. Ron Hubbard n’aurait-il pas dû en rester à ses premières amours et s’en tenir à sa vocation de romancier ?



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FNA n°98