jeudi 28 mai 2020

Olivier Bruneau - Esther

Olivier Bruneau Esther Le Tripode

Olivier Bruneau 

Esther 

Ed. Le Tripode 


J'ai vraiment hésité à lire le second roman d'Olivier Bruneau. Pour rappel, son premier livre, Dirty Sexy Valley, était une parodie déjantée et totalement jouissive de slasher porno. J'y avais passé un moment aussi régressif que récréatif mais je voyais difficilement ce que l'auteur d'un tel nanar pourrait bien faire après ça, sachant que si ce genre d'expérience peut fonctionner une fois, la récidive est souvent fatale. Or, le pitch de ce livre laissait craindre le pire, c'est-à-dire une nouvelle variation sur le thème du précédent, en remplaçant les teenagers par des CSP+ et la famille de détraqués par un robot. Mais non. Olivier Bruneau a plus d'un tour dans son sac.

Son nouveau livre fait se croiser trois fils narratifs. Déjà, le quotidien d'un couple sans histoire qui un jour découvre un lovebot, un robot programmé pour répondre aux désirs sexuels, abandonné et très endommagé. Ensuite, l'enquête d'une inspectrice qui tente d'éclaircir le décès suspect d'un homme retrouvé enfermé à l'intérieur de son domicile. On comprend vite que ces deux histoires sont liées. Enfin, le troisième fil nous fait prendre de la hauteur en nous exposant les dilemmes existentiels de l'inventeur de ces robots modernes.

Le livre, qui se déroule dans un futur proche et fonctionne sur le modèle du roman policier, mêle habilement les genres, leur rend un bel hommage et réussit à ne pas s'y cantonner. En effet, son intérêt n'est pas purement romanesque, son intrigue sert un propos et aborde certaines questions de société. Ainsi, alors que chacun des personnages est  à un tournant de son existence et fait face à des interrogations, l'auteur en profite pour creuser leur personnalité, dresser des profils psychologiques et s'intéresser à des thèmes qui font débat aujourd'hui, divisent l'opinion, attisent les passions et font couler des litres d'encre, tels que le droit de chacun(e) à disposer de son corps, la délicate situation des travailleurs/euses du sexe et surtout les violences faites aux femmes.

Assez décomplexé mais finalement bien plus sérieux qu'il n'en avait l'air, ce roman parvient à multiplier les références sans tomber dans la caricature et n'abuse pas des ressorts qu'il empreinte. Il se lit tout seul, en particulier grâce à un sens étudié du découpage, un rythme et un montage dynamique qui compensent d'ailleurs – même si ça ne l'occulte pas tout à fait – la regrettable faiblesse de la plume. Mais c'est avant tout pour ses personnages touchants, son sujet assez malin et son aspect sociologique qu'Esther mérite le détour.

Car il mérite le détour.

2 commentaires:

  1. Ce ne sont pas des thématiques (violences faites aux femmes, prostitution,...) qui me donnent envie de ma plonger dans la lecture, mais j'aime bien ce que tu dis de son analyse. Je note donc, sans en faire une priorité

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je comprends que ce ne soit pas une priorité. Mais je pense qu'il mérite d'être lu.

      Supprimer