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dimanche 17 mai 2026

Nicolas Chemla - L'ensorcelé

Nicolas Chemla 

L'ensorcelé 

Ed. Le Cherche-Midi 


Nicolas Chemla L'ensorcelé Le Cherche-Midi
Il y a des livres qui vous happent, vous remuent, vous transforment, à l'image de Monsieur Amérique & Murnau des ténèbres, les deux premiers romans de Nicolas Chemla. Et puis il y a ceux qui vous laissent dans un état d’apesanteur critique assez fascinant, où l’on contemple sa propre incapacité à formuler le moindre avis construit. L’Ensorcelé appartient, pour moi, à cette seconde catégorie. Je l’ai lu, oui. Je l’ai refermé, également. Entre les deux, quelque chose s’est produit, sans doute, mais quoi exactement ? Mystère. Peut-être est-ce là, finalement, la véritable magie promise par le titre : un sortilège discret qui suspend le jugement. 

L'abstraction générale de ce roman n'aide pas à en faire un résumé. Alors, qu'en dire ? L’intrigue ? Elle se déroule. Le style ? Il existe. Le personnage ? Il passe. Rien ne heurte, rien ne transporte, et dans cet entre-deux se niche une forme de neutralité presque provocante. J'aurais voulu pouvoir m’accrocher à un détail, un agacement, un enthousiasme... mais tout glisse. Il ne me reste qu'à admirer cette capacité à désarmer toute velléité de commentaire. Aussi, je brode, je tourne autour, j'évoque l’atmosphère, le contexte, l’intention supposée, autant de manières élégantes de masquer ce vide critique qui, au fond, devient le véritable sujet. Donc, que reste-t-il à faire quand on n'a rien à dire ? Eh bien, écrire quand même, comme pour prouver - et on le constate au terme de ces deux paragraphes - que le silence, lui aussi, peut être remarquablement bavard.

jeudi 19 août 2021

Nicolas Chemla - Murnau des ténèbres

Nicolas Chemla 

Murnau des ténèbres 

Ed. Cherche-Midi 

 
Nicolas Chemla Murnau des ténèbres Cherche-Midi
Le 11 mars 1931, F. W. Murnau, réalisateur allemand et grand maître du cinéma expressionniste, se tue dans un accident de la route. Sa mort, survenue quelques jours avant la première de son ultime film, confirme ce que d'aucuns craignaient déjà : son dernier long métrage, "Tabou", est maudit !
 
Ce film, d'esprit symboliste, met en scène l'histoire d'amour interdite entre Matahi, un pêcheur de perles polynésien, et Reri, une jeune femme désignée pour devenir prêtresse sacrée. Les amants, qui décident de vivre leur passion contre la tradition qui veut que Reri reste vierge, fuient, poursuivis par Hitu, le sorcier qui a choisi le destin de la jeune femme et l'a donc désignée tabou, intouchable.
 
Le tournage du film est auréolé de légendes. On raconte qu'il s'est déroulé dans des conditions dantesques et qu'il fut ponctué d'accidents, de drames et de catastrophes. La raison ? Hitu, le sorcier du film mais réel chaman de l'île, lui aurait jeté un sort après les sacrilèges et la violation de lieux sacrés commis par le réalisateur et l'équipe technique. Plusieurs personnes auraient été blessés, certains y auraient même laissé la vie, jusqu'à Murnau, sur la route qui le mène à la projection de la première.
 
Le second roman de Nicolas Chemla nous invite à revivre cette histoire, de l'arrivée du cinéaste à Bora-Bora jusqu'à sa mort à New-York. Il raconte le mythe et partage sa fascination pour Murnau et pour son chef-d’œuvre. Mais surtout, et c'est à mon sens le vrai sujet du livre - c'est du moins ce que j'ai choisi d'en retenir, il revient sur l'influence des îles du Pacifique et des mers du sud sur les artistes : Murnau, forcément puisqu'il a traversé la planète pour venir y réaliser son film, mais également Gauguin, l'un des grands ambassadeurs du postimpressionnisme qui termina sa vie aux îles Marquises, Melville ou Loti, dont les récits sont fortement inspirés de leurs expériences personnelles de marins sous ces latitudes...

Le livre fait la part belle à l'artisanat polynésien, élève la confection des pirogues au rang des beaux arts ou encore développe la philosophie du tatouage traditionnel. Finalement, Nicolas Chemla semble ne pas être moins impressionné par cette culture et ces pratiques ancestrales que les artistes auxquels il rend hommage. Une fois de plus, mais dans un registre diamétralement opposé, il se montre aussi enthousiaste et communicatif pour ce mythe qu'il l'avait été pour le culturisme dans son roman précédent, Monsieur Amérique. Je me demande maintenant, après les sportifs sous stéroïde et après le cinéma muet maudit, vers quel sujet improbable il nous entraînera dans son prochain roman.
 

jeudi 3 janvier 2019

Nicolas Chemla - Monsieur Amérique

Nicolas Chemla

Monsieur Amérique

Ed. Séguier


Il est beaucoup trop tard, vous devriez être au lit. Mais vous êtes un peu défoncé, dans un état second, ou peut-être juste trop fatigué pour dormir et vous comatez devant la télé. Et au hasard d'un tour de zapette, vous tombez sur un quelconque reportage improbable. Vous regardez le début et soudain vous réalisez que vous venez de bloquer quatre-vingt-dix minutes devant un documentaire sur le culturisme.

Nicolas Chemla Monsieur America Séguier
Ça vous est déjà arrivé, n'est-ce pas ?

C’est ce qui vient de se produire avec cette lecture. J'ai ouvert ce livre un soir un peu tard, épuisé mais intrigué par sa photo de couverture. Un type en slip, musclé comme c'est pas permis, épaisses moustaches et bannière étoilée. Ce type porte un nom : Mike Mentzer. Je découvre alors l'existence de ce bodybuilder professionnel, Mr. America 1976, et quelques jours plus tard, je réalise que je viens de lire sa biographie complète, six-cent pages sur l'histoire du culturisme.

Monsieur Amérique est un ouvrage factuel, journalistique bien que peu impartial, qui communique volontiers un enthousiasme mais manque de recul et de nuances dans ses personnages. Radicalement acquis à la cause de Mike Mentzer, il dresse le portrait d'un athlète atypique, homme controversé, philosophe amateur et théoricien de l'entraînement sportif. Mais surtout rival malheureux d'Arnold Schwarzenegger, le "Chêne autrichien". Ce dernier incarne parfaitement le rôle du grand méchant dans cette description manichéenne des relations entre compétiteurs. Un peu benêt, doué mais surtout arriviste et prêt à tout pour gagner, il n'aura de cesse de s'acharner sur le pauvre Mike, son éternel challenger, trop bon et trop honnête pour s'abaisser aux méthodes discutables qui mènent à la victoire. Ainsi, pour être resté droit dans ses bottes plutôt que de s’y plier, il termine tragiquement au fond du gouffre après avoir représenté durant une dizaine d'années la perfection dans son domaine et effleuré le sommet de son art.

Cette immersion dans l'univers fascinant du culturisme nous fait vivre l'époque bénie des malabars hypertrophiés, dégoulinants de stéroïdes et de testostérone, luisants de produits bronzants. Mais ce roman de l'adoration du corps, récit d’un destin dramatique et portrait du rêve américain est surtout l'occasion pour l'auteur de partager ce qui semble être une passion.

À ce sujet, monsieur Chemla, chapeau ! Vous avez réussi à me faire lire six-cent pages d'une biographie de bodybuilder.