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mardi 14 mars 2023

Jimmy Guieu - Hantise sur le Monde

Jimmy Guieu

Hantise sur le Monde

Ed. Fleuve Noir 

 
Jimmy Guieu Hantise sur le Monde Fleuve Noir anticipation
Après Au-delà de l'infini & L'invasion de la Terre, deux romans sur lesquels j'aurais bien du mal à revenir pour la simple et bonne raison que ma mémoire a procédé à du tri et en a évacué les souvenirs clairement dispensables, Jimmy Guieu fait reprendre du service à deux de ses personnages récurrents : Jerry et Nicky.
"Séduisant, athlétique, Barclay arborait un justaucorps turquoise et Nicky une courte tunique safran dont l'arrondi dénudait son épaule et la naissance de ses seins fermes qui se passaient fort bien d'un soutien-gorge !"
La trame de ce mauvais roman - excusez-moi mais je m'apprête à tirer sur l'ambulance, c'est plus fort que moi - la trame, disais-je, n'a aucun intérêt et ne sert que de prétexte pour aligner des réflexions misogynes. Pour autant, je tiens à la partager avec vous et à en souligner le caractère... hmmm... rigolo ? Vous me direz. Voilà. Une race extraterrestre arrive sur Terre et en décime les habitants par milliers. Ces envahisseurs, qui sont des êtres unicellulaires doués d'une forme élémentaire de pensée et pourvus d'une vingtaine de tentacules ou pseudopodes, répandent une bave urticantes fatale aux humains. Les scientifiques, du fait de la masse glaireuse, visqueuse et tremblotante de ces créatures mystérieuses, les désignent donc du nom de "amiboïde-cerveau". Et pour cause, elles évoquent irrésistiblement une forme gigantesque de protozoaire. En toute logique, Jerry Barclay, spirituel jusqu'au bout des ongles, préfère le terme suivant : Protozobaire. 

J'ai dit rigolo, n'est-ce pas ?
 
Les autorités font appel à notre héros pour résoudre le problème et, comme l'auteur n'est pas à un cliché près, elles lui annoncent qu'il a carte blanche. En parlant de clichés, le romancier au brushing n'est jamais aussi inspiré que lorsqu'il aborde la notion de féminisme. En effet, entre la jeune femme qui se débat "avec des cris de terreur", celle qui est "au bord de l'hystérie" ou encore cette autre qui sent qu'elle va "piquer une crise de nerfs" et à laquelle notre héros répond invariablement "OK, mon chou", tous les poncifs sexistes y passent. L'image de la femme en prend un coup et le rapport de domination est sans nuance. D'ailleurs, de la nuance, le roman en est dépourvu. Ni nuance, ni subtilité. Pas non plus de décence, ce dont on se rend compte dès les premières pages et, précisément, à la description suivante, celle d'un cadavre. Je vous la livre tel quel mais vous rappelle à toutes fins utiles que le portrait que vous vous apprêtez à lire est celui d'une femme tuée par une créature extraterrestre :
"Penchés sur une jeune Américaine en mini-short et boléro translucide au large décolleté sur ses seins nus, un médecin et un physiologiste commencèrent le premier examen."

Tout est dit. Prochain épisode des aventures de Jerry et Nicky : L'Univers vivant. J'ai hâte !




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FNA n°18

dimanche 30 octobre 2022

Jimmy Guieu - L'invasion de la Terre

Jimmy Guieu 

L'invasion de la Terre 

Ed. Fleuve Noir 

 
Jimmy Guieu L'invasion de la Terre Fleuve Noir anticipation
Je suis désolé mais j'ai deux mauvaises nouvelles à vous annoncer. Voire trois.
 
La première, j'en ai fait la douloureuse découverte dès les premières pages, c'est que ce roman est la suite du dispensable et embarrassant Au-delà de l'infini. On y retrouve son personnage principal, Jerry Barclay, dont j'avais entretemps oublié le nom et l'existence. Il faut dire que, dans le premier volet, il était tant éclipsé par les formes de la jeune femme qui lui faisait office de faire-valoir que je m'étais à peine rendu compte de sa présence.
 
Il ne m'a pas beaucoup plus marqué dans ce roman-ci. Et pour cause, le protagoniste est toujours aussi insipide. Quant à la langue, elle est terne, le rythme mou et l'intrigue, fade, tient en quelques mots : Jerry Barclay est chargé par Washington d'une "mission de contact", alors qu'un engin venu de l'espace doit atteindre la Terre... (son interlocuteur consulte son chronographe)... deux heures et dix-sept minutes plus tard, c'est-à-dire à zéro heure exactement. Notre héros ( héros ?) monte dans sa fusée, direction les étoiles !
 
Une fois établie la description d'un extraterrestre "petit, une tête disproportionnée, chauve, sur un corps frêle, la peau ocre, des yeux énormes à facette, extrêmement mobiles, avec un iris glauque, verdâtre", description dont il est intéressant de noter l'indiscutable cohérence scientifique, qui d'ailleurs est à l'image du reste de l'édifice, les pages se suivent laborieusement et les bonnes raisons de sauter les chapitres deviennent de plus en plus évidentes. C'est là qu'arrive la deuxième mauvaise nouvelle : ce roman a une suite, Hantise sur le Monde. Et n'oubliez pas qu'une mauvaise nouvelle n'arrive jamais seule... Un quatrième volume complète ce cycle, L'Univers vivant. Aïe !
 





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FNA n°13

dimanche 18 septembre 2022

Jimmy Guieu - Au-delà de l'infini

Jimmy Guieu 

Au-delà de l'infini 

Ed. Fleuve Noir 


Jimmy Guieu Au-delà de l'infini Fleuve Noir anticipation
Moi, vous me connaissez, quand j'ai un truc en tête, il faut que j'y aille et pas par quatre chemins. Donc je vais passer directement aux choses sérieuses en commençant par me débarrasser du résumé - trois personnes se font enlever par des extraterrestres, voilà. Tout le reste de l'intrigue est superflu. Si ! Une chose cruciale : parmi ces trois personnes se trouve une femme...
 
Jimmy Guieu, depuis le temps, vous le situez : moustache, brushing, graphomanie et ufologie. Les très nombreux romans qu'il a publié sont généralement médiocres et laissent souvent une aussi grande place à ses théories complotistes sur les soucoupes volantes qu'à ses fantasmes dignes de téléfilms érotiques à petit budget. Au-delà de l'infini en est un exemple édifiant ! Pour preuve, la description de Nicky, la première à se faire enlever :
"Nicky, jeune fille blonde aux cheveux courts, lèvres pulpeuses, les seins libres et fabuleusement moulés par un sweat feuilles mortes, un pantalon tout aussi moulant."
Quant à sa personnalité, éclipsée par ses formes, on n'en saura pas grand chose. D'ailleurs, même le chef des envahisseurs, tout extraterrestre qu'il est, ne peut s'empêcher de "l'admirer longuement, sans vergogne". Il va même plus loin, puisqu'il "sourit en la couvrant d'un regard admirateur qui s'attarda plus qu'il ne convenait sur sa poitrine". J'imagine que c'est à mettre sur le compte de la curiosité scientifique :
"Et comment la Terrienne pouvait-elle tenir debout sans se pencher en avant, avec ces deux globes charnus, étonnamment volumineux, qui déformaient son thorax ? Singulière "infirmité" qui, pourtant, ne paraissait pas l'affliger outre mesure ! Il semblait même que le Terrien Barclay accordait à ces "globes" un intérêt inattendu..."
En effet, Barclay, l'un des codétenus de celle qu'il appelle "mon chou", accorde une attention particulière à la "jeune fille", plus à son anatomie qu'au fait qu'elle place des citations de Blaise Pascal dans ses répliques. Il semble même oublier, par moment, qu'ils sont prisonniers d'une soucoupe volante... 
"Il la tint un moment par les épaules, éloigné de lui afin de se repaître de sa sculpturale beauté, de ses seins fermes à l'émouvante aréole sombre. Sa fine culotte de nylon transparente et sa faible pilosité blonde ne dissimulaient pratiquement rien de cette partie intime de son anatomie."
Rassurez-vous, l'extraterrestre au nom improbable, Boklanamkranayomoinskoubskem, finit par fournir des vêtements à ses trois prisonniers. Bien entendu, si l'auteur ne s'attarde pas vraiment sur le pantalon et la tunique que portent les hommes, sa description de la nouvelle tenue de Nicky reste dans le thème : 
"Nicky, éblouissante dans un court sarong doré qui dénudait son épaule gauche et moulait ses seins libres dont la pointe saillait sous le tissu."
On peut d'ailleurs se demander pourquoi il l'a vêtue dans la mesure où, à peine quelques scènes plus loin, il lui ordonne d’ôter ses vêtements avant de l'allonger nue sur une table et de tenter de pratiquer sur elle un examen gynécologique.
"Nicky eut un sursaut à la vue de l'instrument en bec de canard qu'il entendait insérer dans son sexe."
La suite est embarrassante au possible, je vous en fais grâce. De toute manière, je pense que vous avez compris l'idée. Bref, cette histoire de soucoupe, que le gouvernement ne manque pas de justifier par des théories fumeuses impliquant le KGB, est totalement scabreuse. Affligeante, même.
 
Et pour faire le point sur ce challenge, c'est ici





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FNA n°8

dimanche 26 décembre 2021

Jimmy Guieu - Le pionnier de l’atome

Mon très cher Chien Critique,

 
J'ai épluché la liste complète de la collection Anticipation des éditions Fleuve Noir, trépignant à l'idée de chroniquer le roman d'un Robert, quel que soit son patronyme. Figure-toi que pas un seul des auteurs qui en signent les 231 premiers titres ne porte ce prénom. Quelle déception ! Partagé entre "la meilleure défense, c'est l'attaque" et "mieux vaut prévenir que guérir", je cherchais déjà une bonne répartie à ta fameuse punchline... Je suis donc au regret de t'annoncer que je n'aurai sans doute rien à répondre au "pas de Robert, liste nulle" qui, tel le couperet, ne manquera pas, un jour ou l'autre, de tomber.

J'ai donc décidé, en excuse pour l'inconsistance assumée de cette liste ainsi qu'en hommage à ton dévouement pour l'église wilsonnienne, de te dédier officiellement ce billet sur Le pionnier de l'atome de Jimmy Guieu !


 Jimmy Guieu 

Le pionnier de l’atome 

Ed. Fleuve Noir


Jimmy Guieu Le pionnier de l’atome Fleuve Noir anticipation
Malheureusement, mon bon ami, ce n'est pas le titre le plus intéressant que je te dédie. C'est un euphémisme. Le premier roman de Jimmy Guieu, daté de 1951 et publié à l'âge de 25 ans, ne laissait certainement rien présager de la capacité de son auteur à produire une œuvre prolifique ni de sa longévité à venir. Il ne contient pas grand chose.

Ce livre s'inspire pourtant d'une bonne idée : l'auteur à la moustache et au brushing inoxydables imagine que notre monde n'est qu'une couche dans un univers conçu comme une matriochka. Certaines personnes, particulièrement bien dotées, peuvent faire communiquer ces univers. Si son concept est intéressant, il semble en revanche ne pas savoir quoi en faire. Ainsi, d'une plume maladroite et stéréotypée percluse des défauts les plus grossiers d'un premier roman, il mène son personnage d'une couche à l'autre, au fil d'une trame linéaire dans laquelle tout se justifie par l'inexplicable. Il faut reconnaître que c'est pratique : l'impossible devient possible. Il n'hésite donc jamais à abuser des ressorts occultes, au détriments des éléments scientifiques vaguement avancés, et il noie au passage son intrigue dans une romance sirupeuse baignée d'ésotérisme. Tout pour plaire !

Mon cher Chien, mieux vaut abandonner tout esprit critique lorsqu'on aborde ce livre. Mais, rassure-toi, être le dédicataire de ce billet ne t'engage pas à en lire le roman et ne s'accompagne même d'aucune obligation. Ouf !





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FNA n°5

samedi 30 janvier 2021

Jimmy Guieu - Cycle Blade & Baker (vol. 1 à 3)

Reconnaissable à son indéboulonnable moustache et à son brushing impeccable, Jimmy Guieu est un véritable graphomane, pionnier de l'Ufologie, parapsychologue, spécialiste de l'ésotérisme et des sociétés secrètes, mais surtout l'un des piliers de la collection à la fusée. Il en a signé des dizaines de titres et, parmi ceux-là, un cycle : les aventures de Blade & Baker. En voici les trois premiers volumes.

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Jimmy Guieu 

Piège dans l’Espace 

Ed. Fleuve Noir 


Jimmy Guieu Piège dans l’Espace Fleuve Noir anticipation blade baker
Le Baroudeur file à travers l'espace lorsqu'il est intercepté en plein vol par des êtres venus d'une autre galaxie. Toutes en tentacules, ces créatures comptent bien tirer de leurs prisonniers de substantielles rançons. Et pour cause, comme son nom ne l'indique pas, ce vaisseau est un somptueux croiseur dont les passagers, tous plus riches les uns que les autres, représentent de belles sommes.

Parmi les passagers se trouvent les deux personnages principaux de notre histoire : William Baker et Ronny Blade, businessmen blasés et désinvoltes, associés et amis, dirigeants de l'une des plus florissantes firmes d’import-export interstellaire - La Baker-Blade Import-Export Co.
 
Embarqués dans cette sombre histoire d'enlèvement, ils ne vont que mollement y participer. En effet, à aucun moment ils ne brillent par leur courage ou leur sens de l'initiative. Ils n'ont pas vraiment de personnalité, sont assez fades, interchangeables, et ne sont jamais réellement mis sur le devant de la scène. Disons même que si le cycle n'avait pas porté leur nom, je n'aurais sans doute pas deviné qu'il allait leur être consacré. C'est même à se demander si l'auteur lui-même avait déjà décidé, à ce stade, qu'il en ferait ses personnages récurrents.

Quoi qu'il en soit, l'intrigue est fluide, le retournement amené par l'identité du commanditaire est assez malin et la langue, résolument rétrofuturiste, plutôt plaisante. Quant à l'esprit, il est parfaitement en adéquation avec son époque, notamment en ce qui concerne l'image de la femme...

Maintenant, espérons que le duo de commerciaux se révèlera par la suite. Accordons-leur le bénéfice du doute : ce livre était probablement un volume de chauffe.

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Jimmy Guieu 

Le secret des Tshengz 

Ed. Fleuve Noir 


Jimmy Guieu  Le secret des Tshengz anticipation Fleuve Noir
S'ils manquent toujours un peu de charisme, les personnages principaux prennent enfin un peu de relief dans ce deuxième volume de leurs aventures. William Baker est bougon et enrage avec une déconcertante facilité alors que Ronnie Blade, d'un caractère enjoué, est volontiers ironique. Mais même si le premier semble évoluer dans l'ombre du second, les propriétaires de la Baker-Bade Import-Export Co, l'une des plus importantes firmes commerciales de l'Empire interstellaire terrien, sont les meilleurs amis du monde, soudés par des liens quasi fraternels forgés dans l'adversité, en des moments dramatiques de leur existence aventureuse.

En raison de leur récente nomination au titre d'administrateurs de la commission d'expansion du commerce extérieur, les deux hommes se sont vu charger, au début du roman, d'une mission officielle - d'ordre économique - au cours du voyage d'exploration sur K.215B.C., une planète déserte dont le gouvernement central de l'Empire confédéré a pris possession. Déserte ? C'est ce qu'ils pensaient. Mais à peine le pied posé sur son sol, les personnages réalisent que, non loin des ruines de la cité jadis bâtie par une civilisation disparue, vit une tribu primitive.

Blade et Baker tournent en rond, brassent de l'air, joue à la baballe avec une ridicule créature endémique, tuent le temps, et les pages se remplissent de vide. Enfin, après un premier tiers inutile et d'une affligeante niaiserie, le roman décolle pour de bon. Le peuple primitif pourrait ne pas l'être tant que ça et le danger à la fois plus proche et plus réel qu'il n'y paraît. Alors l'intrigue se met en place et l'action démarre. Il était temps ! Le roman déroule alors un scénario classique, sans surprise, mais efficace.

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Jimmy Guieu

Les forbans de l'espace

Ed. Fleuve Noir 

 
Jimmy Guieu Les forbans de l'espace Fleuve Noir anticipation
Blade & Baker embarquent de nouveau sur le Baroudeur pour se rendre sur une planète perdue, L'Kaound-Gha, sur laquelle ils ont obtenu d'intéressantes concessions. Cette fois-ci, leur trajet ne sera pas perturbé par une attaque extraterrestre mais par un mouvement massif de grève. La majeure partie du personnel cesse le travail et nos héros réalisent que le mouvement dépasse largement le cadre du vaisseau : la planète entière est à l'arrêt. C'est d'autant plus étonnant que cette pratique a disparu depuis des siècles...  
 
Contrairement à ce que j'ai d'abord espéré, Jimmy Guieu ne nous offre pas avec Les forbans de l'espace un roman sur les conditions de travail, les syndicats, le droit de grève ou le rapport de force entre grévistes et employeurs. Il ne soulève aucune question de cet ordre, n'exploite pas son idée de départ et se contente de l'utiliser pour mettre en scène ses personnages récurrents face à un groupe de pirates. Dommage, le roman reste basiquement prosaïque, ne creuse aucune piste de fond et n'offre qu'un moment de divertissement - agréable certes mais paresseux.

C'est d'ailleurs un constat que l'on pourrait établir pour les trois premiers volumes du cycle. Et pour les suivants ?

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Bien que le troisième fasse rapidement allusion au premier, les romans sont indépendants et chacun se termine par une chute. Pas d'accroche de fin de volume et donc aucun scrupule à laisser de côté le duo de commerciaux, d'autant plus que le début du cycle n'est que moyennement convaincant, à l'image des personnages qui lui donnent son titre.





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FNA n°145, 199 & 224

mercredi 13 mai 2020

Jimmy Guieu - Projet "King"

Jimmy Guieu 

Projet "King" 

Ed. Fleuve Noir 


Jimmy Guieu Opération "King" Fleuve Noir anticipation
Dans quelques jours, le major Sheridan prendra les commandes du vaisseau qui doit, pour la première fois, se poser sur Mars. Bien entendu, cette mission est ultraconfidentielle. Il a donc de quoi être surpris quand il rencontre une mystérieuse jeune femme qui non seulement lui donne tous les détails de la mission mais en plus lui demande de l'annuler. Le vaisseau décolle malgré tout et le pilote réalise que les russes sont sur le coup également.

Projet "King"
, paru en 1963 et largement influencé par la course aux étoiles que se livraient à l'époque les deux superpuissances, est un récit de conquête spatiale au vocabulaire résolument - voire abusivement - rétro-futuriste. Correctement ficelé, il réserve des surprises bien senties mais, mâtiné d'un soupçon d'espionnage, il perd en crédibilité en prêtant à son espionne des compétences inouïes et des ressources invraisemblables.

Bien que l'auteur ait confié un rôle clé à une femme, notons toutefois sa misogynie. Il ramène souvent - toujours ? - les caractéristiques des personnages féminins à leur aspect physique et multiplie les remarques sexistes. De même, quand les deux protagonistes sont ensemble, il est toujours question du pilote et de sa compagne, jamais de la scientifique et de son compagnon. Étrange, n'est-ce pas ? Et quand il tente de se rattraper aux branches en se lançant dans un discours égalitaire, le naturel revient au galop et glisse des allusions qui déstabilisent son projet :

"Lilian Gaynor et Mary Waller, botaniste et chimiste de notre expédition, n'ont pas été choisies pour leur beauté, assez remarquable, je le reconnais, ni pour agrémenter notre isolement de leurs charmantes personnes. Elles ont été sélectionnées pour leurs compétences scientifiques et ont subi, tout comme nous, le même entraînement, les mêmes épreuves."

Mais bon.

Bref, les capacités improbables de l'espionne font prendre un sérieux coup à une trame peu cohérente mais qui reste très efficace. L'intrigue est fluide, les rebondissements bienvenus et le livre se lit d'une traite, jusqu'à une chute heureusement antimilitariste, malheureusement moralisatrice.




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FNA n°231