Nicolas Chemla
L'ensorcelé
Ed. Le Cherche-Midi
Il y a des livres qui vous happent, vous remuent, vous transforment, à l'image de Monsieur Amérique & Murnau des ténèbres, les deux premiers romans de Nicolas Chemla. Et puis il y a ceux qui vous laissent dans un état d’apesanteur critique assez fascinant, où l’on contemple sa propre incapacité à formuler le moindre avis construit. L’Ensorcelé appartient, pour moi, à cette seconde catégorie. Je l’ai lu, oui. Je l’ai refermé, également. Entre les deux, quelque chose s’est produit, sans doute, mais quoi exactement ? Mystère. Peut-être est-ce là, finalement, la véritable magie promise par le titre : un sortilège discret qui suspend le jugement.
L'abstraction générale de ce roman n'aide pas à en faire un résumé. Alors, qu'en dire ? L’intrigue ? Elle se déroule. Le style ? Il existe. Le personnage ? Il passe. Rien ne heurte, rien ne transporte, et dans cet entre-deux se niche une forme de neutralité presque provocante. J'aurais voulu pouvoir m’accrocher à un détail, un agacement, un enthousiasme... mais tout glisse. Il ne me reste qu'à admirer cette capacité à désarmer toute velléité de commentaire. Aussi, je brode, je tourne autour, j'évoque l’atmosphère, le contexte, l’intention supposée, autant de manières élégantes de masquer ce vide critique qui, au fond, devient le véritable sujet. Donc, que reste-t-il à faire quand on n'a rien à dire ? Eh bien, écrire quand même, comme pour prouver - et on le constate au terme de ces deux paragraphes - que le silence, lui aussi, peut être remarquablement bavard.

J'aurais bien commenté cette chronique mais je ne sais pas quoi dire.
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