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mardi 7 avril 2026

Agatha Christie - L'affaire Protheroe

Agatha Christie 

L'affaire Protheroe 

Ed. Audiolib 



Agatha Christie L'affaire Protheroe Audiolib
St Mary Mead est un village anglais dont l'harmonie paisible est dérangée par un assassinat : le colonel Protheroe est retrouvé mort dans le bureau du Pasteur, un endroit peu propice à l’irrégularité morale. De fait, le lieu du meurtre, d'une inconvenance frappante, est presque plus scandaleux que le meurtre en question. Il faut dire que la victime, autoritaire, cassante, volontiers insupportable, n’était pas précisément un homme que l’on pleure avec excès. Sa disparition suscite davantage de soupirs soulagés que de sanglots éplorés.

Bien entendu, tout le monde ou presque avait une raison d’en vouloir à Protheroe. Alors que les rancunes apparaissent et que les hypocrisies se précisent, les petites mesquineries prennent un relief inattendu. Et c'est là qu'entre en scène Miss Marple. Cette vieille demoiselle à l’apparence inoffensive, tricoteuse assidue, observatrice redoutable, appartient à cette catégorie de personnages qui voient tout sans jamais sembler regarder. Elle raisonne moins en termes d’indices spectaculaires qu'en analogies sociales. Chez elle, pas plus de flamboyance que de théâtralité, seulement une connaissance aiguë de la nature humaine, acquise au fil des commérages et des après-midis tranquilles. 

En révélant les failles derrière les façades bien tenues, les rosiers impeccables et les tasses de thé, Agatha Christie ne se contente pas de divertir : elle esquisse une ironique et lucide cartographie des âmes ordinaires. La romancière y orchestre une intrigue d’une apparente simplicité. Elle multiplie toutefois les fausses pistes. Indeed, la vérité est rarement là où on la cherche. Tout a beau être sous ses yeux, le lecteur est dupé tout au long du roman. Dupé mais avec élégance, en particulier dans cette version audio, très réussie, précise sans être froide, habitée sans excès. L'interprétation de Stéphane Ronchewski donne aux personnages une présence tangible et restitue à merveille l’ironie feutrée ainsi que les nuances psychologiques chères à l'autrice du Train de 16h50.

Quant à la chute, bien entendu, elle est impossible à deviner. Comme toujours avec Agatha Christie, fallait-il le préciser ?

samedi 3 août 2024

Agatha Christie - Le train de 16h50

Agatha Christie 

Le train de 16h50 

Ed. Le Masque 


Même si je n'ai pas été complètement convaincu par Enquête sur la disparition d'Emilie Brunet, ce roman d'Antoine Bello sera au moins parvenu à me communiquer son enthousiasme pour Agatha Christie. À peine refermé ce polar, j'en ouvre donc un signé de la "Reine du Crime", classique d'entre les classiques, Le train de 16h50.

Agatha Christie Le train de 16h50 Le Masque
Le 16h50 à destination de Brackhampton dans lequel a pris place Elspeth McGillicuddy se fait doucement doubler par un autre train. La passagère regarde défiler les wagons qui finissent par se stabiliser à sa hauteur. Là, horreur, elle aperçoit un homme, de dos, étrangler une femme aux yeux exorbités. Le train reprend de la vitesse et disparaît, emportant la victime et son assassin. Arrivée à destination, notre témoin se rend chez son amie, Miss Marple, et lui relate les évènements, toujours sous le choc de ce à quoi elle vient d'assister.

La première moitié du roman est visuelle, très graphique, et laisse une grande place à la spéculation. La seconde, beaucoup plus classique et parfois un peu confuse, prend ses distances avec la voie ferrée et se déroule dans une vaste demeure habitée par une famille noble un brin dégénérée. Les différents membres qui la composent correspondent à des clichés attendus, entre le vieux rapiat, la fille dévouée et le fils artiste, autour desquels papillonne le petit personnel. C'est là que la liste des suspects se met en place.

Comme d'habitude chez l'autrice de Cinq petits cochons, il semble plus sage de faire preuve de modestie et ne pas chercher à trouver le fin mot de l'histoire avant qu'il ne soit servi sur un plateau. En effet, disposer de toutes les pièces du puzzle n'est pas suffisant pour pouvoir les imbriquer. Encore faut-il pouvoir dompter la logique très singulière à laquelle l'assemblage obéit. Mieux vaut donc prendre le temps d'apprécier l'ambiance, la subtilité de la plume, le brillant travail de dialoguiste, et surtout se laisser guider par la maîtresse des lieux, en particulier lorsque celle-ci installe Miss Marple aux commandes. Ceci-dit, trop âgée pour prendre part à l'enquête, "la détective en fauteuil" délègue beaucoup. D'ailleurs, Lucy Eyelesbarrow, la jeune femme qui la seconde, lui vole la vedette. Dotée d'un joli sens de la répartie, d'aplomb et de dynamisme, elle investit le devant de la scène et, offrant un contraste saisissant avec le reste des protagonistes, elle vient heureusement rehausser la distribution.

Le lecteur, passif, assiste à l'enquête jusqu'à ce que le/la coupable soit démasqué/e lors de la scène finale. La révélation est évidemment impossible à prévoir. Du moins pour moi.

dimanche 28 mars 2021

Agatha Christie - Cinq petits cochons

Agatha Christie

Cinq petits cochons 

Ed. Audiolib 


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Caroline Crale a été condamnée pour avoir empoisonné son mari, le fameux peintre Amyas Crale. Les preuves étaient irréfutables, les témoignages accablants, le mobile évident, et l'épouse de l'artiste, unique suspecte, n'a jamais réellement cherché à se défendre du meurtre dont on l'accusait, quand bien même elle a toujours nié l'avoir commis. De plus, Caroline Crale est morte derrière les barreaux un an après y avoir été enfermée. Le dossier est donc classé depuis belle lurette. Mais pas pour tout le monde.

Seize ans plus tard, la fille du couple Crale passe la porte du bureau d'Hercule Poirot avec une lettre rédigée par sa mère peu de temps avant son décès et dans laquelle elle clame son innocence. La jeune femme, qui n'était qu'une enfant au moment des faits, demande au détective s'il veut bien reprendre l'affaire et prouver que Caroline Crane a été envoyée en prison a tort. Le belge moustachu décide de relever le défi ! C'est une mission de taille : il n'y a plus de preuve et le temps risque fort d'avoir fait son office sur la mémoire des personnes impliquées...

Si Hercule Poirot commence par interroger les officiels de l'époque, l'avocat, le procureur, le greffier et le commissaire, c'est surtout sur les cinq témoins qu'il concentre son enquête. Ceux-ci font tour à tour le récit des évènements puis en rédigent, à la demande du détective, la version la plus précise possible. De fait, le funeste épisode est relaté une bonne dizaine de fois, toujours sous un angle légèrement différent et avec des versions personnelles plus ou moins interprétées ou altérées. Ces nuances suffisent à ne jamais donner l'impression que le récit se répète mais invitent au contraire à trouver le hic. Bien malin qui peut y parvenir : après avoir orienté ses lecteurs vers une fausse piste, l'auteure de Dix petits nègres annonce une révélation totalement alambiquée, cohérente mais vraiment trop biscornue pour être devinée avant la chute, lors d'un chapitre final à la mise en scène très étudiée.

Pour être honnête, j'ai préféré faire preuve d'humilité plutôt que de me donner la peine de chercher un(e) coupable. Ne pas être trop présomptueux est une attitude qu'il est sage d'adopter lorsqu'on se lance dans une enquête d'Hercule Poirot : l'intrigue est tordue, c'est une caractéristique basique. Pour autant, on s'y plonge avec plaisir, d'autant plus que la langue est raffinée, les décors élégants, les dialogues ciselés et les personnages soignés - dans Cinq petits cochons, les protagonistes (auxquels Samuel Labarthe, le comédien qui lit cette version audio, rend justice et incarne parfaitement, en particulier le flegmatique Poirot) ont des personnalités marquées, voire appuyées. Pour autant, ils ne tombent pas dans la caricature, malgré la quantité non négligeable d'idées préjugées et attendues qu'ils alignent sur l'art en général et la peinture en particulier. N'oublions pas qu'Amyas Crale était peintre. Un peintre mort avant d'avoir donné l'ultime coup de pinceau à son chef d’œuvre qui, par conséquent, restera inachevé. Mais n'est-ce pas le destin de tous les peintres tourmentés ?

mardi 30 octobre 2018

Agatha Christie - Dix petits nègres

Agatha Christie 

Dix petits nègres 

Ed. Le Livre de Poche 


Il y a quelques années paraissait un ouvrage de Pierre Bayard intitulé Qui a tué Roger Ackroyd. Cet essai littéraire s'interrogeait sur le genre policier en général et le délire d'interprétation en particulier. Il détricotait Le meurtre de Roger Ackroyd d'Agatha Christie et, après avoir démontré qu'Hercule Poirot s'était trompé dans son verdict, il pointait du doigt le vrai meurtrier. J'avais été bluffé par ce livre, par l'intelligence de son propos, par l'inventivité du procédé et par son côté ludique.

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Il récidive aujourd'hui avec La vérité sur "Dix petits nègres". Sa quatrième de couverture annonce qu'"aucun lecteur sensé ne peut croire en la solution invraisemblable proposée à la fin du célèbre roman Dix petits nègres. En donnant la parole au véritable assassin, ce livre explique ce qui s'est réellement passé et pourquoi Agatha Christie s'est trompée". Bien entendu, dès sa parution (en janvier prochain), je compte bien me lancer dans ce livre. Mais d'abord, relire ce classique de "la Reine du crime" déjà lu il y a quelques années. Je me souvenais vaguement de quelques détails et en partie de la chute. Et c'est presque plus intéressant de lire ce livre en connaissant la solution. On peut alors réinterpréter les éléments, les mettre en perspective et savourer l'ambiance pesante et résolument horrifique de ce huis-clos machiavélique. Car, contrairement à l'image un brin aseptisée que j'en avais gardé, Dix petits nègres est une intrigue tordue et une ambiance presque malsaine. Surtout, bien malin (ou particulièrement dément) qui pourrait démasquer le/la meurtrier/e avant que l'épilogue ne révèle son identité. Agatha Christie offre là une idée inédite, totalement invraisemblable et son roman, d'une redoutable efficacité, révolutionne le whodunit.

À la perspective du livre de Pierre Bayard, j'ai cherché la faille. Et, concentré sur d'éventuelles incohérences, focalisé sur la ou les erreurs, j'ai trouvé... bah, rien du tout... Je me demande bien ce que l’essayiste et psychanalyste aura débusqué. J'attends maintenant avec impatience de savoir quelle solution alternative il propose.