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mercredi 4 mars 2026

Stephen King - Écriture

Stephen King 

Écriture - Mémoires d'un métier 

Ed. Albin Michel 


Stephen King Écriture Albin Michel le livre de poche
Sous-titré Mémoires d'un métier, cet essai de Stephen King est présenté comme un recueil de conseils pratiques sur l'art d'écrire et de construire une histoire. On s’attend donc à une leçon. Mais, l'essentiel du livre étant très autobiographique, on reçoit d’abord une vie. Et quelle vie : cabossée, opiniâtre, cousue de refus éditoriaux et d’accidents absurdes - une existence américaine somme toute assez typique, mais portée par une obstination peu commune. L'auteur de Ça parle de son enfance avec nostalgie, de sa mère avec une tendresse bourrue, de son épouse avec amour, de ses débuts avec une humilité presque suspecte, et de ses échecs avec une franchise désarmante. Ces pages-là sont irrésistibles. Car lorsque Stephen King parle de lui, il est passionnant. Mieux : touchant. Le conteur supplante la légende, et l’on découvre qu’avant d’être une marque mondiale, il fut un homme qui tapait ses histoires dans la buée du doute.

Puis vient le moment où le conteur range la madeleine et sort le sécateur. Alors le mémorialiste laisse place au législateur et on découvre vite que le romancier a des principes. Oh, il en a. Les adverbes ? À l’échafaud. La voix passive ? Au pilori. La phrase trop grasse ? Mise au régime sec. On entend presque la sentence tomber avec la netteté d’un couperet syntaxique. Que ses conseils soient judicieux, nul n’en doute. Ils sont même souvent frappés au coin du bon sens. Mais ce bon sens prend parfois des airs de doctrine. Et ils sont servis avec une assurance qui transforme l’expérience personnelle en une distribution des tables de la loi stylistique. Quand il raconte sa vie, il fascine ; quand il édicte des règles, il dogmatise. 

Au fond, et c’est là toute la malice, la plus belle leçon d’écriture que donne Stephen King n’est pas celle qu’il énonce, mais celle qu’il incarne. On croyait ouvrir un manuel ; on referme le portrait d’un homme au travail. Moins qu’un code, Écriture est un exemple. Et ce qui demeure, finalement, ce n’est pas une méthode mais une voix, et cette injonction simple, presque austère : s’asseoir. Écrire.

jeudi 12 septembre 2024

Stephen King - Ça

Stephen King 

Ça 

Ed. Albin Michel 


J'allais partir du principe que tout le monde sait de quoi Ça retourne. Mais il y a peut-être encore, ici ou là, des âmes égarées qui ignorent tout de ce livre emblématique du Maître de l'Horreur. Pour ceux-là, et pour faire court, disons que ce gros pavé raconte l'histoire d'enfants qui, terrorisés par une créature maléfique et liés par une promesse, décident une fois devenus adultes de revenir s'en débarrasser. Bien entendu, en un bon gros millier de pages, il se passe beaucoup plus de choses que ce que cette présentation succincte pourrait laisser penser. Patiente, je vais développer. Mais, d'abord, un petit retour dans le temps.

Stephen King Ça Albin Michel j'ai lu
Je me revois, et je vous laisse vous en faire le tableau, freluquet âgé de treize ou quatorze ans, boutonneux, allongé sur mon lit, plongé dans ma lecture de Ça. J'en avais alors englouti les trois volumes en autant de jours, à ne rien faire d'autre 
de ce long week-end pluvieux que lire. Lire - et m'interroger sur une étrangeté de la couverture du dernier tome : on y voit des membres de l'autoproclamé "Club des Ratés" se battre contre leur cauchemar. L'un des enfants a un bras arraché, lequel dépasse de la gueule du monstre. Or, s'il manque le bras gauche au garçon, c'est une main droite que la créature tient entre ses dents. Bizarre autant qu'étrange. Je me souviens m'être alors interrogé à ce sujet avant de finalement abandonner cette piste, dont j'ai logiquement repris le cours une trentaine d'années plus tard, en retombant sur ces illustrations. À ce jour, je n'ai pas de meilleure théorie que celle d'une simple étourderie de l'artiste. Je suis preneur d'une explication plus satisfaisante. Bref, revenons au présent.

Plus souvent debout dans le métro que pelotonné sous ma couette, moins gringalet qu'alors et surtout moins acnéique, il m'a fallu plus de trois jours pour relire ce classique qui, toutefois, conserve son aspect totalement addictif - encore aujourd'hui avec un regard d'adulte, le mien. Même si j'y ai parfois décelé quelques maladresses et même si certaines scènes paraissent improbables (à l'image d'un passage orgiaque final que je peine à justifier), le scénario est d'une grande efficacité, sa narration également. Le décor est immersif, certaines scènes sont incroyablement visuelles, la construction ne laisse aucun répit au lecteur et, surtout, le méchant est aussi graphique que les personnages sont attachants. Il est d'ailleurs difficile de quitter ces derniers. Pourtant, de prime abord, ils semblent trop caricaturaux pour être crédibles, en particulier lorsqu'ils sont enfants. Ils sont même souvent réduits à leur fonction - Bill, le bègue ; Ben, le gros ; Bev, la fille ; Richie, le binoclard ; Eddie, l'asthmatique ; Mike, le noir ; Stan, le juif. Mais malgré cela, ils restent convaincants. L'effet de groupe n'y est pas étranger ; ils sont soudés, complémentaires, cohérents et le lecteur est régulièrement tenté de se dire qu'il aurait aimé intégrer une telle bande pour faire face à l'adversité.

Cette bande imaginée en 1986 contribuera à définitivement inscrire Stephen King comme l'un des grands metteurs en scène d'enfants de la littérature de genre. Et qui dit enfance dit regard sur le monde adulte d'une part et sentiment de nostalgie d'autre part. Là aussi, le romancier américain tire largement son épingle du jeu. Il analyse avec finesse la défiance des jeunes à l'égard des vieux, tous plus tordus les uns que les autres, et le regard que ceux-ci, du moins ceux auxquels il reste une once de lucidité, posent sur leur propre passé. À elle seule, l'ultime scène du livre illustre parfaitement ce propos : Bill ravive son amie en lui faisant enfourcher le vélo de son enfance. Tout un symbole. Le décor contribue à ce sentiment de nostalgie. Les vêtements, la musique, les voitures, toute l'époque est parfaitement retranscrite. De même pour les préoccupations, les enjeux et les problématiques de l'enfance qui sont au cœur du récit.

Ce livre est donc bien plus qu'une simple histoire d'horreur. Toutefois, il ne faut pas négliger cet aspect. Le monstre est effrayant et si nous avons tous peur des clowns, ce n'est pas pour rien. Celui du roman est tout simplement flippant, aussi bien dans sa version basique imaginée à l'économie de moyens que dans ses épouvantables variations plus stylisées. La scène d'introduction aura marqué tous les lecteurs, et pour cause ! Ce garçon attiré dans les égouts par un clown ! Quelle inventivité ! Impossible aujourd'hui de plier un bateau en papier sans y penser... Impossible également de poser le livre une fois ce passage lu !

mercredi 15 mars 2023

Stephen King - Magie et Cristal

Stephen King 

Magie et Cristal (La Tour Sombre - IV)

Ed. J'ai lu

 
Stephen King  Magie et Cristal La Tour Sombre J'ai lu
Voilà, à trente ans d'intervalle,
après avoir traversé pour la seconde fois les mornes plaines à la poursuite de l'Homme en Noir dans Le pistolero,  assisté à l'affrontement contre les homarstruosités dans Les trois cartes puis embarqué à bord du train fou dans Terres perdues, j'ai posé mon premier pas dans l'inconnu, enthousiaste à la perspective de découvrir la suite, enfin ! Mais... mais... comment dire... ça n'a pas été simple...
 
J'ignore s'il manque dorénavant la nostalgie qui a agi lors de ma relecture des trois premiers volumes, si j'ai pris un coup de vieux ou si je suis devenu blasé, si le livre ne correspond pas à mes attentes ou s'il n'est tout simplement pas à la hauteur, toujours est-il que j'ai tiré la langue. Il faut dire que, sur le bon millier de pages que compte ce quatrième volume, l'auteur en consacre facilement six ou sept cents à un épisode de la vie de Roland à côté duquel je suis complètement passé : comment, jeune homme, il a rencontré Susan, comment il en est tombé amoureux et en quoi cela a impacté sa relation avec Alain et Cuthbert, son Ka-Tet de l'époque.
 
Ainsi, presque exclusivement axé autour de la jeunesse du Pistolero, Magie et Cristal ne rapproche pas réellement nos personnages de leur objectif et ne fait pas même avancer la trame. Le livre s'ouvre là où le précédent se refermait, dans le monorail lancé à vive allure, alors que Roland et ses camarades s'apprêtent à affronter la machine dans la joute d'énigmes annoncée. Après l'avoir vaincue, ce qui clôture un très bon passage, ils en descendent et découvrent une ville en ruine, ravagée par une épidémie. C'est là que Roland décide de se lancer dans le récit de son souvenir.
 
Et c'est long. Très long. Trop long.
 
L'auteur, qui n'est pas à son meilleur dans ce registre, donne l'impression de tirer à la ligne et ne parvient pas réellement à convaincre de la nécessité d'un retour en arrière de cette envergure. Je ne suis pas opposé à ce que le romancier sorte d'un scénario linéaire, bien au contraire, et je suis même adepte des sentiers de traverse qui élaborent et creusent les personnages. Mais ça ne peut pas fonctionner à tous les coups et, dans ce cas précis, je pense qu'une évocation elliptique aurait suffi, d'autant plus qu'on comprend rapidement où il veut en venir. Bref, c'est long. À tel point que j'ai fini par sauter des pages et des pages et des pages. À tel point que je me demande même si je vais m'aventurer dans celles qui composent Les Loups de la Calla. C'est vous dire si je me suis ennuyé.

lundi 13 février 2023

Stephen King - Terres perdues

Stephen King 

Terres perdues (La Tour Sombre - III)

Ed. J'ai lu

 
Stephen King Terres perdues La Tour Sombre J'ai lu
Depuis que, derrière l'ultime porte des
Trois cartes, le Pistolero a empêché Mort de tuer Jake, le garçon vit deux réalités à la fois, celle de New York et celle dans laquelle Roland chemine vers la Tour Sombre en compagnie d'Eddie et Susannah. Je ne vous refais pas tout le déroulé des évènements qui amènent Jake à rejoindre ses compagnons de route, d'autant plus que le récit comporte quelques longueurs ainsi même qu'une scène assez... surprenante... durant laquelle Susannah distrait un démon en l'aguichant et dont je ne me risque pas à extraite la substance en quelques phrases. Bref, si vous voulez en connaître les détails, lisez le livre ! Sinon, sachez juste qu'il utilise une clé, franchit une porte et retrouve le groupe d'individus auquel il est lié par le destin, son ka-tet
 
Après de nombreuses péripéties, dont l'enlèvement de Jake par un étrange personnage pour le compte de l'Homme Tic-Tac et sa délivrance par Roland, le groupe au complet, accompagné d'un animal malin et loyal nommé Ote, monte à bord d'un monorail doté d'une intelligence artificielle mais dont la raison a cédé en même temps que certains de ses systèmes. Lancé à pleine vitesse, Blaine, c'est le nom du train, annonce à ses passagers que leur survie dépendra d'une épreuve à laquelle il les soumet. C'est sur cette accroche que se termine l'épisode...
 
La train et ses devinettes sont assez fidèles à mon souvenir. Durant ma lecture de la scène du passage de Jake d'un monde à l'autre ou encore de celle de la confrontation avec l'Homme Tic-Tac, qui sont des épisodes marquants, bien fichus, et qui font à la fois avancer l'intrigue et creusent la personnalité des protagonistes, je me suis interrogé sur le fait d'avoir gardé en mémoire la scène finale plutôt que certaines des précédentes. C'est en refermant ce troisième volume que j'ai réalisé l'évidence : la réponse est dans la question. C'est la scène finale ! En effet, je suis resté sur cette accroche tout ce temps et c'est maintenant seulement, trente ans plus tard, que je vais en connaître la suite - et, à terme, la chute !

C'est le moment d'avancer vers l'inconnu, d'entamer Magie et Cristal.

mardi 31 janvier 2023

Stephen King - Les trois cartes

Stephen King 

Les trois cartes (La Tour Sombre - II)

Ed. J'ai lu 


Stephen King Les trois cartes La Tour Sombre J'ai lu
Il a beau ne s'être déroulé que le temps d'un claquement de doigts dans l'action entre le premier et le deuxième volume, la transition ressemble plus à un cut violent qu'à un fondu enchaîné. Et pour cause, que ce soit dans le style, dans le ton, dans le rythme et dans la langue, on pourrait presque penser que ce ne sont pas les mêmes auteurs qui tiennent la plume du Pistolero et des Trois cartes. Et c'est tant mieux ! Les flottements laissent place à la tension, les longueurs à l'action, les personnages vaguement détourés à des protagonistes plus nuancés.

Il ne s'est déroulé que le temps d'un claquement de doigts dans l'action, disais-je. L'expression est plutôt adaptée : le pistolero, qui se réveille sur une plage infestée de homards géants, parvient à sauver sa vie au prix de l'index et du majeur de la main droite. Cette main ne tiendra plus jamais de revolver. Blessé et malade de l'infection de ses doigts amputés, il sent sa fin proche. Fiévreux, il arpente alors la plage et tombe  bientôt sur une porte. La première d'une série de trois, s'ouvrant toutes sur la ville de New-York, à différentes époques. D'abord, 1987. Le pistolero en ramène Eddie, un jeune toxico. La deuxième porte donne sur l'année 1964. Il en revient avec Odetta - ou Detta - et bientôt nommée Susannah, une femme noire et schizophrène, privée des deux jambes et vissée à son fauteuil roulant. Il franchit la troisième porte, qui mène en 1977, et la repasse seul mais prêt, avec ses deux nouveaux alliés, à se lancer dans sa quête.

Univers parallèles, dépendances aux drogues, traumatismes de l'enfance, politique, luttes sociales et pop culture, on retrouve certains des thèmes chers à l'auteur. On retrouve également plusieurs de ses tics d'écriture, notamment l'insertion dans la narration de pensées décousues, mais on retrouve surtout sa capacité à rendre le lecteur captif, à lui conter une histoire à la fois cohérente et invraisemblable, redoutablement efficace. Maintenant, ça y est, le cycle est bel et bien lancé et il annonce la couleur ! Vite, la suite : Terres perdues !

mardi 24 janvier 2023

Stephen King - Le pistolero

Stephen King 

Le pistolero (La Tour Sombre - I)

Ed. J'ai Lu

 
Stephen King Le pistolero tour sombre j'ai lu
Au début des années 90, déjà gros lecteur, j'avais lu à peu près tous les romans de Stephen King, dont les trois premiers tomes parus de La Tour Sombre, son grand œuvre inspiré d'un poème de Robert Browning et influencé par les livres de Tolkien et les films de Leone, mais malheureusement inachevé à l'époque. La fin du troisième tome m'avait laissé exsangue. Le temps que paraisse le suivant, presque dix ans plus tard, la frustration avait laissé sa place à l'acceptation et j'étais passé à autre chose. Pour autant, je m'étais toujours promis d'y revenir un jour. Ce jour est arrivé !
 
Je me souviens, j'avais alors quatorze ou quinze ans, je me souviens que j'avais difficilement entamé ce cycle. Le premier tome était lent et long - alors qu'il est de loin le plus court. On y suit le quotidien d'un pistolero taiseux poursuivant un homme en noir à travers un vaste décor de western, dans un monde qui ressemble à une version alternative du nôtre. On ne sait pas vraiment qui ils sont ni ce qui les motive. Peu importe. Trente ans plus tard, je ne l'ai pas du tout relu du même œil. Je l'ai même trouvé passionnant et l'ai dévoré rapidement, quand bien même il ne se passe effectivement pas grand chose. J'y ai découvert une subtilité qui m'avait échappée ainsi qu'une ambition fascinante et une grande maturité. J'imagine qu'il me manquait les références, à moins qu'il ne m'ait simplement manqué la garantie, dont je dispose aujourd'hui, que la suite sera à la hauteur de mes attentes. Car, de mémoire, les tomes suivants, du moins les deux autres que j'ai lus, m'avaient alors embarqué dans une fresque romanesque magistrale dont certaines images sont encore gravées dans mes souvenirs. Autant il ne me restait presque rien du Pistolero, autant les crabes géants et les doigts amputés du deuxième tome, Les Trois Cartes, ou le jeu des devinettes dans le train fou du troisième, Terres Perdues, sont des épisodes encore frais et vivants dans ma tête. Je verrai vite s'ils correspondent à la réalité ou si ma mémoire me joue de sombres tours...

mardi 17 septembre 2019

Stephen King - 22/11/63

Stephen King 

22/11/63 

Ed. Albin Michel 


Stephen King 22/11/63 Albin Michel audiolib
Fin du collège, début du lycée, j'ai lu beaucoup, beaucoup de Stephen King. Je pense que j'ai lu la majorité de ses romans parus avant, disons, 1995. En gros jusqu'à Bazaar - que j'avais adoré - voire un peu au-delà. Mais depuis, à part une relecture de Shining il y a quelques années, je n'y suis jamais revenu. Dans mon souvenir, Stephen King ce n'est pas un grand styliste mais c'est indéniablement un excellent raconteur d'histoires, un type qui sait vous tenir en haleine et vous empêcher de dormir. En revanche, j'étais peut-être trop jeune pour m'en rendre compte, à moins qu'il n'en ait pas été question jusqu'alors, mais je ne me souvenais pas que ses romans traitaient de politique. C'est le cas, là.

Et pour cause. Pour une raison ou pour une autre, il existe, au fond du restaurant d’Al, un passage qui mène directement en 1958. Le vieil homme veut le mettre à profit pour modifier le cours du temps en empêchant l'assassinat de Kennedy. D'après lui, cet évènement est la cause plus ou moins directe de la guerre du Vietnam, des tensions raciales, de la fracture sociale et de la crise morale qui rongent les États-Unis. Al étant trop malade, c'est son ami Jake, un professeur du Maine, qui part dans le passé. Il doit alors respecter quelques contraintes : chaque fois qu'il passe de l'autre côté, il se retrouve toujours au même instant en 1958. Ainsi, chaque voyage compte pour le premier et annule tout ce qui aurait été modifié précédemment. Quand il revient, quel que soit le temps qu'il a consacré au passé, il ne s'est écoulé que deux minutes dans le présent. Et il faut bien entendu veiller à éviter les paradoxes et garder en tête que tout acte commis dans le passé entraîne son lot de répercussions.

L'assassinat ayant lieu en 1963 et la faille le menant en 1958, il a cinq ans devant lui pour étudier la situation, observer les protagonistes, préparer son plan ainsi que, comme on peut l'imaginer, s'interroger sur la pertinence de sa présence, ses chances de succès, les éventuelles conséquences et... pour rencontrer une femme et en tomber amoureux. Je ne me suis pas vraiment passionné pour la relation entre Jake et Sadie, la bibliothécaire, même si je reconnais avoir été touché par la tournure qu'elle prend sur la fin. Heureusement, si la romance tient une part non négligeable dans l'intrigue, la majeure partie du roman concerne l'assassinat de Kennedy, l'aspect politique, le portrait du tueur, quelques réflexions sur les théories du complot ou encore des extrapolations sur la suite des événements dans le cas où Oswald n’abattrait pas le président.

Il y a, entre autres, deux choses que j'ai trouvé particulièrement intéressantes dans ce pavé d'un bon millier de pages à la narration d'une redoutable efficacité. La première, c'est la façon qu'a Stephen King de traiter le voyage temporel et à donner de la substance à la courbe du temps, alors que le passé est tenace et cherche constamment à s'harmoniser. La deuxième c'est sa reconstitution de l'époque. Le contexte historique et politique est très bien rendu, la peinture de la société, baignée dans une ambiance de nostalgie générale, voire de mélancolie, est frappante de réalisme. L'auteur s’est fait plaisir en faisant circuler de vieilles voitures, en multipliant les références à la musique, aux vêtements, aux coiffures ou encore au langage de l'époque. Ce dernier aspect est d’ailleurs très bien rendu dans la version audio interprétée par François Montagut.

Enfin, avant de saluer Jack Finney qui, d’après Stephen King, aurait écrit "LE grand récit de voyage dans le temps", la postface qui conclut le livre apporte des éléments précieux sur le travail de recherche indispensable à la rédaction d'un tel ouvrage ainsi que sur les différentes tendances complotistes et la place du 22/11/63 dans la mythologie américaine. Et voilà qui apporte une note finale instructive.